Le blog d'André Thomann

  • APPEL AU MEURTRE

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    Attention, on se calme, ça n’est pas moi qui appelle. Si j’utilise ce titre racoleur, c’est pour être sûr d’attirer votre attention sur un sujet qui me préoccupe et vous sans doute aussi : la liberté d’expression fout le camp.

    Pour illustrer mon inquiétude, je vais prendre deux exemples et vous verrez que mon titre n’est pas du tout fortuit. Il s’agit d’abord de Joseph Deiss qui fut professeur de math mais surtout conseiller fédéral. Il s’est exprimé récemment en disant que ce qui pouvait arriver de mieux à la Suisse, c’est de devenir membre de l’U.E. Avec le respect que je dois à un ancien C.F., je lui dirais qu’il a tout faux. Il me fait penser à une pub qui irait ainsi : ‘Il reste des cabines libres sur le Titanic. Vous pouvez réserver en appelant...’

    Parce que je ne sais pas si Deiss s’en est aperçu, l’Europe en ce moment tangue dangereusement et ce n’est surtout pas le moment de monter à bord. Les articles lucides de Pascal Décaillet, mon voisin de blog, vous confirmeront cette vue pessimiste. Mais cela ne doit pas empêcher Deiss d’émettre cette opinion. Sauf que cela n’est pas de l’avis de tout le monde : un certain nombre d’abrutis (nous en avons aussi en Suisse) lui ont envoyé des menaces de mort.

    Une menace de mort est l’arme de la toute petite intelligence, celle qui est incapable de produire un argument contradictoire et qui est bien obligée de recourir à ce moyen sordide. Faut-il souhaiter retrouver les coupables ou les laisser croupir dans un anonymat mérité ? Nous avons en Suisse je crois peu de menaces de mort et encore moins de passages à l’acte. À part le tueur fou de Zoug, je ne vois pas.

    La situation fâcheuse de Deiss m’a rappelé un souvenir heureux. Mes collègues de géographie m’avaient invité à me joindre à eux pour une visite du remarquable Institut topographique suisse à Wabern, banlieue de Berne. En en revenant, nous nous sommes encore promenés sous les arcades de la Ville fédérale. Nous y avons croisé un monsieur souriant qui nous salua. Il portait aux deux bras des sacs de provisions qu’il venait d’acheter au supermarché. C’était Jean-Pascal Delamuraz, conseiller fédéral. Il faisait ses courses à pied mais de près ou de loin, on ne voyait nul garde du corps. Je me félicitai alors d’être de ce pays où les hauts magistrats sont en sécurité et ne subissent pas le sort d’un Kennedy, de Sadi Carnot, de Paul Doumer, sans oublier Henri IV. Où ils ne sont pas de surhommes mais simplement primi inter pares. On y vit mieux, avec plus d’oxygène.

    Le second exemple à l’appui de ma thèse, c’est Zineb El Rhazoui, une jeune femme franco-marocaine (père marocain, mère française), née et élevée au Maroc, dans une théocratie (ce sont ses mots) mais qui a choisi de vivre en France où elle exerce l’activité d’emmerdeuse. J’emploie ce mot vulgaire mais irremplaçable sans intention péjorative, la démocratie a besoin d’emmerdeurs, a besoin d’un Éric Zemmour, d’un Alain Finkielkraut, d’un Michel Onfray, d’un Franz Weber. Il s’agit de faire pièce à l’innombrable tribu des béni-oui-oui.

    Zineb est devenue athée donc apostate aux yeux de l’islam. Elle critique avec virulence la religion qui l’a vue naître. Elle déclare que l’islam doit se soumettre à la critique, à l’humour et aux lois de la République. Rien que ça. Parler d’islamophobie, c’est commettre une imposture intellectuelle. Les burkinis dans une piscine de Grenoble, c’est une infiltration de la société occidentale, bref ses attaques sont nombreuses et s’occupent de tout. Vous pouvez en juger vous-même en cliquant sur Zineb El Rhazoui, et pour vous encourager à le faire, j’ajoute que c’est une très belle personne, au regard gentil, sauf quand elle se met à parler, où il devient vite percutant.

    Avec une telle panoplie d’arguments, il était évident qu’elle allait être la cible d’abrutis, français cette fois, et peut-être musulmans, allez savoir, qui ont déversé sur elle des torrents d’insultes grossières et surtout des menaces de mort, si bien qu’elle est depuis quatre ans sous protection policière. La liberté d’expression existe encore, mais il faut faire attention à ce qu’on exprime.




    Pour ma coda, deux mots du camarade Voltaire :
    Écrasons l’Infâme.
    Le tout c’est de s’entendre sur l’identité de l’Infâme.
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  • EXPRIMONS-NOUS GAÎMENT

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    Je regardais récemment sur internet un débat sur la liberté de critiquer l’islam. Il y avait Philippe Val, ex-Charlie Hebdo, Dounia Bouzar, anthropologue, Bayrou, maire de Pau, un théologien musulman et un théologien chrétien. Et un imam. Que des pointures. Avec un tel panel, il est évident que le débat allait rouler sur les Caricatures. On ne sera pas surpris de savoir que tout le monde était pour cette liberté, y compris l’imam, qui mit cependant un bémol à son approbation. Si cette liberté devait avoir pour conséquence une insulte faite à deux milliards de musulmans, elle devrait être interdite.

    À quoi un des participants lui vola dans les plumes et en réponse à son bémol lui décocha quelques dièses bien sentis. Il lui fut reproché justement de faire un amalgame et de considérer les musulmans de la planète comme une unité compacte qui aurait sur tout les mêmes sentiments et les mêmes indignations. Or, les imams et beaucoup de musulmans ont horreur des amalgames et lorsqu’on mentionne par exemple les djihadistes, ils vont sous le slogan ‘l’islam, c’est pas ça’.

    Il n’est pas exclu en effet que sur les deux milliards, il y en ait eu une dizaine et peut-être même plus qui aient accueilli la caricature du Prophète d’un simple haussement d’épaules. Qu’un seul dessin ne valait pas qu’on descende dans la rue et qu’on brûle le drapeau danois. Il faudrait d’ailleurs se demander si les musulmans n’en font pas un peu trop avec leur dévotion au Prophète. J’ai entendu un musulman dire qu’il vénérait Mahomet plus que son propre père. (Oui, j’ai entendu ça). Plus fanatique, tu meurs.

    Surtout si l’on considère que l’existence de ce personnage est loin d’être avérée. Certains pensent avec des arguments plausibles qu’il s’agit d’une fiction inventée postérieurement. On nous avait déjà fait le coup avec Guillaume Tell et avec Jésus. Avec Tell, on avait même inventé cette jolie histoire de la pomme sur la tête du fils de cet arbalétrier. Avec Jésus, on n’a pas lésiné pour rendre crédible son existence : on exposait dans plusieurs édifices religieux de l’Occident la relique du Saint Prépuce (ce bébé exceptionnel en avait donc plusieurs).

    Notez que je ne force personne, si des nonnes veulent prier le Sacré Cœur de Jésus, c’est leur décision. Si vous pensez que la couronne d’épines qui a ceint la tête de Jésus avant son exécution est une authentique relique qui se trouve dans Notre-Dame de Paris, je ne saurais vous détromper.

    De même, si un musulman, ayant lu le Coran, déclare que la Terre est plate et que le Soleil lui tourne autour, on le laissera goger dans son erreur, mais on se permettra de critiquer l'islam pour sa conception erronée de l’astronomie.

    On peut donc critiquer toutes les religions mais aussi se moquer de leurs adeptes qui croient aux billevesées que ces religions leur enfoncent dans le crâne. Ça n’est pas de la haine raciale, comme définie par des juristes inattentifs, mais un rire libérateur.

    Justement, on ne manquera pas de s’exprimer gaîment aussi sur le monothéisme juif et ses interdictions risibles.




    Hosannamazeltovakbar
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  • BIENSÉANCE

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    J’ai connu une époque où la bienséance allait de soi, on l’apprenait tout petit et elle nous suivait tout au long. Gamin, on savait qu’il fallait ‘dire bonjour à la dame’, qu’il ne fallait pas parler à un adulte les mains dans les poches. Ça n’était pas contraignant, cela faisait partie d’un savoir-vivre acceptable.

    Dans certaines circonstances, il fallait se découvrir, on n'allait pas en consultation médicale le chapeau vissé sur la tête. Idem devant un supérieur, pour marquer son respect. De même en entrant dans une église ou au passage du corbillard. C’était machinal.

    À l’école, il était impensable qu’un garçon arborât une casquette en classe ou qu’une fille ne montrât pas ses cheveux. Ça ne serait venu à l’idée ni à l'un ni à l’autre. Faut dire qu’au temps où j’enseignais il n’y avait pas de loulous de banlieue pas plus que de musulmanes.

    Désormais il faut une loi pour obtenir tant bien que mal le même résultat. L’UDC du Valais lance une initiative pour que dans toutes les écoles du pays les élèves se présentent nu-tête en classe. Cela ne paraît pas exorbitant, ce qui l’est c’est qu’il faille légiférer pour quelque chose qui va de soi.

    Cette initiative a déjà un défaut majeur : elle émane de l’UDC, le parti à abattre. Les attendus du rejet, tant des autorités valaisannes que du Tribunal fédéral appelé à la rescousse semblent confirmer cette impression : l’initiative porterait une atteinte disproportionnée à la liberté de religion, garantie par la Constitution fédérale. ‘Vous vous rendez-compte, l’UDC est contre la liberté de religion, ah, on a bien raison de la classer à l’extrême-droite !’ Et le tour est joué.

    En réalité il n’en est rien, l’initiative ne mentionne pas les signes religieux ni le sexe des contrevenants. Un enseignant actuel me signale qu’il a souvent affaire à des garçons qui ‘oublient’ d’enlever leur casquette en entrant en classe. La bienséance fout le camp. Maintenant, que les initiateurs ciblent spécialement les mijaurées musulmanes arborant abusivement leur piété à deux balles, c’est l’évidence. Et alors ? Les groupies de Mahomet sont-ils empêchés de construire des mosquées (sans minarets, faut pas pousser !), de les fréquenter, Nicolas Blancho n’a-t-il pas le droit de fonder un club d’adhérents à l’islam ?

    Faut arrêter de nous pomper l’air avec cette antienne de la liberté religieuse. Elle ne saurait être absolue. Imagine-t-on un Mexicain descendant d’une branche aztèque qui demanderait chaque soir un sacrifice humain pour être sûr que le soleil se lèverait le lendemain. On aurait tôt fait de lui signaler qu’il descendait à la prochaine.

    Prenons un second exemple : soit le croyant d’une autre religion qui ne saurait manger une viande provenant d’un animal qui n’aurait pas été égorgé selon les rites qui prévoient une cruelle absence d’anesthésie avant le coutelas du boucher. (Où donc Thomann va-t-il chercher ça ?) Lui interdire cette obligation péremptoire serait bien une atteinte disproportionnée à sa liberté de religion.

    Or, cette loi d’interdiction existe bel et bien. Elle date, permettez, de 1894. La bienséance concerne aussi les animaux. À cette époque, elle ne concernait que les juifs qui poussèrent alors les cris de protestation attendus mais rien n’y fit, la loi est toujours en vigueur. Tout au plus, dans un besoin d’apaisement, le C.F. autorise l’importation de viande casher (et hallal désormais), ce qui est une belle hypocrisie.

    Il faut se faire à cette réalité, les religions, si on les laisse faire, sont féroces, il faut les tenir en laisse. Calvin était un pitbull, responsable de meurtres et de persécutions. Une rue à Genève porte son nom ; bon, on ne va pas changer mais il faut se rappeler que la bienséance, c’était pas son truc.

    Donc, pour des raisons de bienséance, de politesse si vous préférez, et même si une certaine religion y voit quelque tribulation, on suivra avec approbation les efforts de l’UDC pour rendre ce monde un peu plus civilisé.


    Ma coda de cette semaine est triste :
    J’ai appris avec stupeur la mort de Pierre Losio : les élèves ne devraient pas mourir avant leur prof. À dix-sept ans, Losio était un garçon vif, intelligent, déjà assis sur de solides convictions, un élève que tout enseignant est heureux d’avoir dans sa classe. Pour ce qu’il a été alors et pour ce qu’il est devenu, je lui rends ici ce tardif hommage.

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