Le blog d'André Thomann

  • VARIATIONS SUR L’HUMOUR

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    Pour qu’on soit bien au clair sur cette notion d’humour, je vais citer mon cas personnel, histoire aussi de me faire mousser. J’avais enseigné en tant que junior assistant des notions de conversation française dans une grammar school anglaise à de jeunes élèves anglais dont j’étais à peine l’aîné. À la fin de mon année, je sollicitai du directeur un certificat de travail satisfaisant. Ce que j’obtins mais sur lequel figurait ceci : ‘...et nous avons apprécié l’humour de mister Thomann’. J’étais interloqué : ce directeur me prenait-il pour un rigolo ? Je montrai le document à un ami anglais qui me rassura : ‘Avec ça, tu peux te montrer partout’. J’appris ainsi que l’humour est une qualité anglaise qui est digne de figurer sur un certificat au même titre qu’une aptitude pour les langues ou les sciences.

    Mais pas qu’anglaise. J’écoutais naguère sur une radio française une série consacrée justement à l’humour et cette semaine-là il était question de l’humour allemand. Alors on entendit d’abord une petite voix murmurer ‘mission impossible’. Pas du tout, il y a un humour allemand bien sûr, et même un humour qui prenait des risques. Il y avait ce que j’ai appelé la roulette nazie : vous racontiez une blague un peu anti-régime devant six personnes et il pouvait y en avoir une (la balle dans le barillet !) qui allait cafter à la Gestapo.

    Pour l’humour teuton, je citerai trois noms incontournables : Karl Valentin, cabaretiste munichois qui œuvra jusqu’au nazisme en employant des ruses de sioux pour faire passer ses saillies devant un public complice mais à la barbe de la Gestapo qui surveillait ses incartades. Ensuite Eugen Roth, poète philosophe, munichois lui aussi, qui met son humour en rimes malicieuses, et dont voici un savoureux exemple :

    Ein Mensch bemerkt mit bittrem Zorn
    Dass keine Rose ohne Dorn.
    Doch muss ihn noch viel mehr erbosen,
    Dass sehr viel Dornen ohne Rosen.

    Puis plus près de nous Loriot, un aristocrate prussien dont l’oiseau de son pseudo figure sur ses armoiries. Vous cliquez sur ces trois noms pour une belle cure de rires et de sourires.

    Il faut préciser ici que l’humour ne doit pas provoquer le rire mais un sourire de bon aloi. Le rire est le résultat d’une blague, d’un witz, d’un joke, d’un scherzo plus ou moins gras, plus ou moins bien amené. Apprécier l’humour est une manifestation discrète.

    Le fondateur de l’humour moderne, c’est évidemment Voltaire (avec Diderot pas loin derrière). Vous ouvrez Candide et vous avez un trait d’humour dès les premières lignes : ‘le château du baron de Thunder-ten-Trunkh était un beau château car il avait une porte et des fenêtres.’ Et ça continue au gré des pages, en rafales : ‘La mousqueterie ôta du meilleur des mondes dix mille coquins qui en infestaient la surface’. On sort de la lecture de Candide avec un sourire qui ne nous a pas quitté et qu’on a hâte d’offrir à son prochain.

    L’humour est une donnée universelle. Il nous est aussi indispensable que l’air qu’on respire et que l‘eau qu’on boit. Sans en avoir la preuve, je suis convaincu qu’il y a un humour inuit et un hottentot. Je me demande même si les perroquets entre eux...

    Allez, une petite dernière. Il y avait à l’autre bout du boulevard que j’habite un quincaillier connu pour sa malice et son sens de la repartie. Je lui demandai un jour s’il avait des boules de pétanque pour gauchers. Lui du tac au tac : ‘Je les ai commandées, je les attends.’ Avec ça, pas un sourire, juste un mouvement à peine détectable des commissures et surtout dans le regard une étincelle de complicité qui est le propre de l’humour. J’avais atteint mon but.



    Nous sommes sur cette terre pour y rire. En enfer, ça ne sera pas possible, et au paradis, ça ne serait pas convenable.
    (Jules Renard).


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  • DE TOUT UN PEU

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    Les médecins, les nutriologues, tous nous intiment de beaucoup boire pendant les grosses chaleurs, de l’eau bien sûr, et en quantités. Sauf qu’une bière bien fraîche, ça devrait aussi être permis de temps à autre.

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    Telle localité du canton de Fribourg va autoriser un cimetière musulman. Je ne sais pas pourquoi, cela me rappelle la chanson de Boris Vian ‘j’suis snob’.

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    Notre hymne national est un cantique, mais attention, ça n’est pas un requiem. Son exécution lentissime par certains chœurs fait penser à une… exécution. Le soleil censé annoncer un brillant réveil paraît singulièrement flapi, ensuite on croit entendre ‘au ciel montent paresseux’ les accents émus… La musique de notre hymne est pimpante si on sait s'y prendre et les paroles sympa, car elle ne mentionnent ni le sang ni les féroces soldats (suivez mon regard). Faudrait en tenir compte.

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    Les musulmans pieux ne lisent pas le Coran, ils le psalmodient. C’est le meilleur moyen de ne pas tenir compte des horreurs qu’il contient.

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    Grâce à l’accord avec le Canada, le CETA, les Européens vont bientôt manger du bœuf aux hormones avec pour résultat qu’aux femmes il va pousser un zizi et que les hommes vont pouvoir arborer une poitrine opulente. On parie ?

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    Cela dit et blague strictement sous la commode, cet accord ignominieux va entre autres méfaits sonner le glas de l’élevage français dont les exigences sanitaires sont autrement sévères. Injecter une hormone de croissance dans un bovidé pour que la bête arrive plus dodue et plus vite à l’abattoir pour faire encore un peu plus de fric est une de ces saloperies du capitalisme mondialisé. Le petit prince de l’Élysée qui a voulu cet accord et les députés à sa botte qui l’ont voté ont droit à notre sincère mépris.

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    Un margoulin corse a inventé le vin bleu, pour la plus grande joie des Parisiens à la mode, ravis de se taper un pichtegorne à 35 euros la bouteille. Sauf que la justice va s’en mêler : la législation française sur le vin est très stricte ; on n’a pas le droit d’ajouter du colorant au vin. C’est clair et sans appel. Alors tant pis pour les bobos.

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    Je fais mienne cette déclaration opportune : le racisme, c’est ne pas dire d’une conne qu’elle est conne parce qu’elle est noire. Nadine Morano, qui est de droite mais qui n’a semble-t-il pas un portefeuille à la place du cœur, a critiqué la porte-parole du gouvernement, une Sénégalaise devenue fraîchement française, disant qu’elle disait des âneries, ce qui est avéré et se montrait en costume de clown, ce qui est visible. Elle a eu droit à une volée de bois vert de la part de la bien-pensance, à quoi elle a répondu : Alors on ne peut rien dire parce qu’elle est noire ? Bravo, excellent, Nadine.

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    Un journaliste français se plaint d’avoir l’interdiction de pénétrer en Hongrie par décision du gouvernement de Bucarest. Devant un tel exploit géographique, le gouvernement de Budapest a peut-être raison de se méfier de la compétence de ce monsieur dont le métier est d’informer.

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    Des journalistes peu au fait du sens des mots écrivent que les candidats aux prochaines élections fédérales ont commencé à battre la campagne. Cette expression décrit l’activité d’un quidam un peu ou beaucoup déconnant, divagant, à côté de ses pompes. La bonne expression est ‘faire campagne’.

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  • JE NE POURRAIS PAS ÊTRE FRANÇAIS

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    Pas assez intelligent.

    La France a un régime des retraites qui compte quarante-deux variantes dans lesquelles il faut patauger pour trouver celle qui s’applique à soi. La France a une loi sur le travail qui compte trois mille articles (le volume fait trois kilos !), ce qui permet aux seuls avocats de s’y retrouver et de laisser le citoyen lamda à quai, ce qui arrange pas mal de monde. Quant à moi, ayant la comprenette difficile, je serais complètement perdu dans ce marasme. Il faut avoir un QI du niveau d’Einstein pour être un retraité, un contribuable ou un entrepreneur français.

    La France semble être un pays boulimique de législation. Il ne se passe guère d’évènement qui ne soit suivi d’une loi pour le combattre, loi le plus souvent inutile. Ainsi après des manifestations qui ont vu des trublions casser des vitres ou incendier des voitures, comme ça, pour le plaisir ou en vue de chaparder dans des vitrines, et qu’on a baptisés ‘casseurs’, ça n’a pas manqué, il a fallu une ‘loi anti-casseurs’.

    Mais elle est inutile. Dans tout code pénal il est dit que celui qui endommage ou détruit volontairement le bien d’autrui est passible de la loi. Suffit d’appliquer la loi existante. Sauf qu’alors le gouvernement se prive du tam-tam médiatique qui accompagne toute nouvelle loi qui rassure les Français à qui on fait comprendre qu’en-haut on ne reste pas les bras croisés : les casseurs seront appréhendés et punis. On emploie le futur, ce qui veut dire qu’ils ne le sont pas encore. Ceux qui ont dit que tout allait bien ont dit une bêtise, il fallait dire que tout allait au mieux.

    Mais il y a encore autre chose. Nous Suisses, nous sommes lents de nature, moi le premier, sans que nous nous en apercevions mais les Français nous le signalent parfois. Ainsi nos voisins fend-la-bise parlent à toute vitesse en estropiant des mots. J’avais naguère intitulé un blog ‘Rélution française’ pour avoir entendu cette phonétique. Encore récemment, j’ai entendu ‘Écation nationale’. On arrive juste à comprendre.

    Pour vous donner des exemples, prenons deux parleurs, un de chaque pays. Le Français Michel Onfray a beaucoup de choses à dire alors il précipite le débit et ne prend pas le temps d’articuler (il vaut mieux lire ses livres). Le Suisse Hani Ramadan a une diction parfaite et s’exprime à une vitesse normale, on comprend chaque mot. Il va sans dire que je préfère les doctrines du premier à celles du second.

    Les Français voient la démocratie différemment, ce système qui permet à chacun d’exprimer librement son opinion en vue d’une décision éventuelle. Jusque là on est d’accord. Mais les Français pensent que cette opinion peut/doit se faire jour en même temps que celle de l’adversaire. Prenez un plateau de télévision ou une table de débat peuplés dans les deux cas de participants intelligents. Au bout de peu de temps, un premier intervenant intelligent se voit la parole coupée par un second qui ne l’est pas moins et qui ne conçoit pas qu’il faille attendre que le premier ait fini pour qu’il puisse contrer ce qu’il entend. Mais le premier continue imperturbable, ce qui fait qu’ils sont deux à parler en même temps, sous l’oeil impavide du meneur de jeu qui loin de calmer les deux démocrates va jusqu’à se mêler au débat. On est déjà à trois et cela peut s’aggraver encore et aboutir à un chaos sonore dans lequel, surtout si on est suisse et peu habitué à ce rugby vocal, il est difficile de comprendre quoi que ce soit.

    Moralité : je reste suisse et je me distrairai avec Infrarouge, où les dérapages verbaux sont rares.


    J’ai mentionné plus haut le nom d’Einstein. Alors pour ma coda une anecdote savoureuse où il apparaît :
    Notre mathématicien véritablement aimé des dieux était également excellent violoniste et jouait de la musique de chambre avec des amis. Mais il avait ce défaut, paraît-il, de commencer souvent avant les autres, ce qui lui valu un jour cette remarque d’un musicien à la fois irrité et malicieux : Albert, tu sais quand même compter jusqu’à quatre. (Il savait !)

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