21/04/2015

Zygomatiques, mode d'emploi

Un ami me déclara un jour ceci : les Genevois ne sont pas souriants. Mais à voir la gueule qu'il tirait en disant cela, je ne pus m'empêcher de lui rétorquer qu'il pourrait essayer de donner le bon exemple, d'amorcer la pompe en quelque sorte. Car il n'y a en principe pas de sourire sans réciproque. Ensuite, le sourire n'est pas une affaire de citoyenneté. Il doit y avoir des Japonais qui ne dérident pas et des Cariocas moroses. C'est toujours une affaire personnelle. Mais je constate, quelquefois simplement en sortant de chez moi, que la première personne que je croise laisse se décontracter les commissures, l'air de dire « bonjour, nous sommes voisins, nous habitons la même planète ».

On trouve le sourire également chez les fonctionnaires, souvent qualifiés de grognons (par les grognons !). Les rares fois où j'ai affaire à l'État, je suis reçu aimablement. Il m'est même arrivé cette jolie chose. J'allais faire renouveler mon passeport, une opération qui, si on évite la période de pré-vacances, se fait en quelques minutes. J'avais septante ans et pour rigoler, je dis à la jeune préposée : vous me le faites pour une durée de trente ans, après, je verrai. Sourire navré mais complice de la préposée qui regarde ensuite mes documents et constate : mais c'est votre anniversaire aujourd'hui, allez, je vous fais la bise. Et de joindre le geste à la parole. Ce sont des souvenirs qui vous marquent. Faut-il préciser qu'une telle initiative ne saurait venir d'une directive d'un chef soucieux de l'image de son service. Et encore moins d'un physique de playboy que je n'ai jamais eu.

Ceci encore : contrairement à ce que pensent des fanatiques d'une morale rigide, ces sourires réciproques ne sont jamais le prélude à une activité sexuelle torride. Les numéros de téléphone ne sont jamais échangés. De quoi tempérer les espoirs des vrais playboys.

 

10:55 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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