30/04/2015

Mots maudits

La France étant notre plus proche voisin, il est tentant de regarder par-dessus la haie pour voir ce qui se passe dans son jardin, et, à regarder la paille qui est dans son œil, on peut oublier pour un temps la poutre qui est dans le nôtre.

Ce qui frappe chez nos voisins, c'est leur sacralisation du mot, le mot devient la chose même et certains mots doivent être éliminés comme de la mauvaise herbe. Ainsi, certains départements ont souffert d'une appellation malencontreuse : d'Inférieure, la Loire est devenue Atlantique, la Seine Maritime. Lasses d'être Basses, les Pyrénées sont devenues Orientales. Le pompon revient aux Côtes-du-Nord, devenues Côtes d'Armor. Sauf qu'en celtique, « armor » veut dire « pays du littoral », c'est-à-dire la côte, les Côtes d'Armor sont les côtes de la côte, une bévue.

Seuls les Alsaciens du Bas-Rhin semblent s'accommoder de leur sort. Faut dire qu'ils ne sont pas tout à fait français, certains parlent même un dialecte teuton.

De même, en Basse-Saxe, et, plus grave encore, les Bataves, qui pourtant habitent un pays bas, et on ne sache pas que les habitants de ces pays se soient suicidés par déprime sémantique.

On aimerait savoir ce que pensent de tout ça les citoyens du Petit-Lancy.

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21/04/2015

Zygomatiques, mode d'emploi

Un ami me déclara un jour ceci : les Genevois ne sont pas souriants. Mais à voir la gueule qu'il tirait en disant cela, je ne pus m'empêcher de lui rétorquer qu'il pourrait essayer de donner le bon exemple, d'amorcer la pompe en quelque sorte. Car il n'y a en principe pas de sourire sans réciproque. Ensuite, le sourire n'est pas une affaire de citoyenneté. Il doit y avoir des Japonais qui ne dérident pas et des Cariocas moroses. C'est toujours une affaire personnelle. Mais je constate, quelquefois simplement en sortant de chez moi, que la première personne que je croise laisse se décontracter les commissures, l'air de dire « bonjour, nous sommes voisins, nous habitons la même planète ».

On trouve le sourire également chez les fonctionnaires, souvent qualifiés de grognons (par les grognons !). Les rares fois où j'ai affaire à l'État, je suis reçu aimablement. Il m'est même arrivé cette jolie chose. J'allais faire renouveler mon passeport, une opération qui, si on évite la période de pré-vacances, se fait en quelques minutes. J'avais septante ans et pour rigoler, je dis à la jeune préposée : vous me le faites pour une durée de trente ans, après, je verrai. Sourire navré mais complice de la préposée qui regarde ensuite mes documents et constate : mais c'est votre anniversaire aujourd'hui, allez, je vous fais la bise. Et de joindre le geste à la parole. Ce sont des souvenirs qui vous marquent. Faut-il préciser qu'une telle initiative ne saurait venir d'une directive d'un chef soucieux de l'image de son service. Et encore moins d'un physique de playboy que je n'ai jamais eu.

Ceci encore : contrairement à ce que pensent des fanatiques d'une morale rigide, ces sourires réciproques ne sont jamais le prélude à une activité sexuelle torride. Les numéros de téléphone ne sont jamais échangés. De quoi tempérer les espoirs des vrais playboys.

 

10:55 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |