16/07/2015

GENFEREI

Une lettre ouverte

 

Genève, mi-juillet 2015

Messieurs de ma Caisse de Prévoyance,

J'ai bien reçu votre lettre dans laquelle vous désirez prendre de mes nouvelles. J'ai trouvé sympa.

À mon âge (85), on est toujours heureux de savoir que les jeunes générations ont encore une pensée pour les vieux. En fait, vous voulez savoir si je vis encore. La réponse est oui. Mais je trouve votre demande superflue, étant donné que quand je mourrai, vous en serez informé par l'État civil qui enregistre, si j'ai bien compris (mais il y a un risque) les naissances et les décès. Et, entre deux, les mariages.

Si vous ne faites pas confiance à cette pourtant excellente institution de l'État, vous pouvez procéder autrement. En me lançant un coup de fil, par exemple, le son de ma voix est une preuve évidente que je suis encore en vie. Ou alors, vous pouvez procéder à une enquête de quartier. En passant par exemple chez mon pharmacien où je me procure régulièrement les remèdes qui repoussent la date de mon trépas. Ou chez la marchande de cigarettes où j'achète ce qui le fait se rapprocher. Vous leur demandez s'ils ont vu Thomann récemment et ils ne pourront que répondre par l'affirmative. Il y a aussi quelques bistros où je suis honorablement connu.

Vous me demandez de me présenter à la mairie de ma commune avec une pièce d'identité et, j'imagine, en faisant quelques mouvements qui attestent que j'existe réellement et qu'ils n'ont pas affaire à un zombie. Alors là, je vous le dis carrément, c'est hors de question. D'abord, c'est trop loin, et j'en suis à privilégier des buts de proximité, le marché de Plainpalais qui est à deux pas de chez moi et les grandes surfaces également proches. Et puis, en accédant à votre demande, j'aurais l'impression d'être victime d'une Genferei, bref, de me trouver un peu cucul.

Cela dit, écrit plutôt, je n'hésite pas à vous proposer mes salutations distinguées.

(Vive) André Thomann

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