29/07/2015

LA BARRIÈRE DES RŒSTIS

EN GUISE DE DISCOURS DU PREMIER AOÛT (donc long)

C’est une manie qu’ont les nations de vouloir ériger des barrières. Certaines sont faites de pierre ou de béton, en Écosse la muraille d’Hadrien (puis plus tard et plus septentrionale celle d’Antonin), la Grande Muraille de Chine, le Mur de Berlin, celle qui va protéger les USA du Mexique, une autre qui séparera le bon grain israélien de l’ivraie palestinienne (ou l'inverse), sans parler du Rideau de Fer qui marquait où se trouvaient les vraies démocraties. D’autres sont virtuelles mais n’en sont pas moins réelles. Les Basques, les Irlandais, certains Flamands, s’en sont créé une. Les Cypriotes aussi, qui, sur un tout petit territoire, réussissent à ne pas s’entendre entre Grecs et Turcs alors que les olives et les agrumes poussent indifféremment des deux côtés des antagonismes. Faut dire que les uns et les autres parlent une langue qui est incompréhensible à l’ « ennemi ».

Pour ne pas être en reste, la Suisse, ce pays paisible dont les habitants ont décidé qu’ils étaient compatibles les uns avec les autres, a décidé  qu’elle aussi avait droit à une barrière, celle des rœstis. On notera d’abord que les Alémaniques parlent de Graben, de fossé. On reste dans l’idée d’un obstacle qui doit empêcher les chars blindés d’un des camps d’envahir l’autre !

Mais de toutes façons, c’est une notion arbitraire et simplificatrice. La Suisse est ce conglomérat de 25 cantons dont aucun ne ressemble à l’autre, de mille vallées avec chacune sa propre identité et sa propre fierté. Nous sommes un pays intelligent (enfin disons moins bête que beaucoup d’autres) qui a réussi à transformer des inimitiés, voire des hostilités malfaisantes en des rivalités positives. Nous n’avons pas de problème basque, de problème flamand, de problème irlandais. Donc pas de poseurs de bombes, nous avons horreur de ça. Si barrière il devait y avoir, ça n’est pas une mais quelques dizaines qu’il faudrait dénombrer. Les Vaudois passent aux yeux des Genevois pour des poussifs, lents dans leur parler comme dans leurs actes. À l’inverse, les Genevois sont des agités dont rien de réfléchi ne peut sortir. Et une barrière des longeoles, une ! Les Saint-Gallois se plaignent de l’arrogance des Zurichois, des parpaillots au surplus qui ne vénèrent aucun saint mais seulement le fric. Et une barrière des schubligs, une ! Entre Zurich et Bâle, c’est à qui représente la vraie culture. Et dans chaque cas, c’est à qui surpassera l’autre. Barrière des leckerlis ? Mais on n’en vient jamais aux coups, jugés incompatibles avec le système démocratique.

On pourrait multiplier les exemples de cette bonne mésentente. Nous avons des cantons catholiques et des cantons protestants, des cantons mixtes, mais pas de barrière des hosties. Nous avons des régions agricoles et des régions urbaines, les premières étant généralement conservatrices, les autres progressistes, tout cela étant naturellement schématique. Nos vignerons, par exemple contraire, sont la plupart du temps à la pointe de la modernité,  ils font leurs vins selon des méthodes non plus empiriques mais scientifiques. Ils savent ce qu’ils font et pourquoi ils le font. Pas ici de querelles entre les Anciens et les Modernes, donc pas de barrière non plus.

Tout cela peut paraître idyllique, ça ne l’est pas. L’État idyllique ne se trouve que dans les livres. La réalité est toujours entachée de vices de fonctionnement. Mais dans ce monde d’intempéries et de salauds, on peut dire que nous avons fait un maximum. Seulement, cette harmonie qui nous donne pleine satisfaction, elle ne nous est pas tombée du ciel. Ce sont des hommes raisonnables qui l’ont créée, des hommes qui tout bêtement préféraient la vie paisible, et pas forcément ennuyeuse comme on veut nous le faire croire, à la bagarre. Pas tant ceux de 1291, encore largement soudards et prêts à en découdre, fût-ce avec des voisins proches, que ceux de la Constitution de 1848, qui nous fait entrer dans l’époque moderne. C’est une entreprise humaine dont il s’agit, et quand Dieu s’en est mêlé de façon intempestive dans la guerre du Sonderbund, c’est un humaniste, Guillaume-Henri Dufour, qui y mit le holà en décrétant que la guerre devait être courte, qu’elle devait faire le moins de victimes possible et qu’il fallait être équitables avec les blessés. Ils sont comme ça chez nous, les généraux. Du reste, Dufour ne fut général qu’avec un CDD, il avait d’autres activités bien plus gourmandes de son temps : il était cartographe, pontifex, en français pontife, soit constructeur de ponts, et dans ce domaine il était souverain (ouah, le gag !), créateur de chemins de fer et finalement président de la Croix-Rouge nouvellement créée. Une vie bien remplie. À la fois de Gaulle, Gustave Eiffel, Vidal-Lablache et l’abbé Pierre. En France, il serait au Panthéon des grands hommes. La Suisse, sagement, n’a pas de grands hommes, seulement des bons serviteurs. Cela nous évite des hommages qu’il faut corriger lorsque l’Histoire manie son balai qui va dans les coins. Dufour a sa statue à Genève sur un socle inamovible. Et personne n’a jamais songé à débaptiser la Pointe Dufour, le plus haut sommet des Alpes suisses, ainsi nommée en hommage au topographe. Tandis que les Adolphe-Hitler Platz ont eu tôt fait de changer de nom en 1945. Un malveillant a dit que nous n’avons pas en Suisse de grands criminels. Que des coucous ridicules. Bon, ça va ! Nous n’avons pas non plus de guerre de religions, enfin plus, et la brusque poussée de fièvre du Sonderbund était un épisode navrant mais temporaire dans un corps autrement en bonne santé. Mais la bonne santé est devenue une sorte d’arrogance. Comme l’était celle de nos pères fondateurs de 1848, qui, dans une Europe monarchisée à mort, décrétaient crânement à la barbe des rois et des tsars que la Suisse resterait une république, et de leur faire un bras d’honneur. Mais attention, pas une république de droit divin. Il y a bien, dans notre premier Pacte une invocation au Tout-Puissant (?), mais c’est un archaïsme dont tout le monde se fout. Nous ne révérons plus une idole invisible, nos passions sont tournées, comme dans tous les pays, par exemple vers le sport. Les stades se remplissent mieux que les églises. Nous y réussissons d’ailleurs petitement. C’est encore une de nos supériorités. Nous pourrions, petit pays, vouloir gonfler notre gabarit de roquet pour devenir aussi grand que le pitbull. Mais chez nous, pas de petites gymnastes dont on aurait arrêté la croissance ou de nageuses virilisées qui brillaient sur les podiums du monde. Nos activités sportives propres sont dénuées de cruauté. Les combats de reines se font sans effusion de sang. Nos fêtes fédérales sont sans autre prétention que d’être une fête, justement. Celles de chant ont une autre gueule que ces Eurovisions de la Chanson, bastringues commerciales sans intérêt artistique. Ici, on chante juste, qu’on soit Männerchor (Steffisburg !), Frauenchor ou chœur mixte. Nos fêtes de tir ne se font pas sur des cibles humaines. Et nos fêtes de lutte sont un excellent moyen de décharger son énergie sans recourir à la guerre. On pourrait d’ailleurs imaginer qu’on impose à nos petits sauteurs hitlerophiles qui en viennent à casser du noir, du juif et des vitrines pour se défouler, un stage de lutte au caleçon. On les guérirait peut-être de leur stupidité agressive. Rêvons !

L’ensemble de ces traits helvétiques font que notre pays est, je crois, profondément laïque dans son essence. Libre penseur dans ce sens étendu que chacun est libre de penser selon le choix de sa chapelle (ou d’absence de chapelle) sans que persécution s’ensuive. La phrase, abusive dans le Coran, « pas de contrainte en matière de religion » est ici en vigueur.

Nous ne pouvons dès lors, du haut de notre modeste suprématie, qu’être irrités de ces guerres subintrantes qui ont pour cause la religion, plus précisément les religions, puisqu’il y en a plusieurs dont les sectateurs n’ont qu’une idée : foutre sur la gueule de celui qui prie le même Dieu selon un rite qui ne lui convient pas. L’intelligence limitée que nous avons à notre disposition (encore un fois, gardons-nous de nous monter le bobéchon) nous permet cependant de dire que nous avons réussi un prototype qui devrait être désormais construit en série. Lorsque, sous les arcades de Berne, je croise un monsieur jovial ayant à chaque bras un sac de supermarché et qui salue gentiment le petit groupe dont je faisais partie, et que je reconnais en lui un conseiller fédéral non suivi de gorilles qui en assurent la sécurité, je me dis que le suffrage universel est la chose la plus naturelle du monde et qu’il vaut mieux vivre ici que dans certains pays de cinglés (suivez mon regard, vous n’aurez aucune peine) ou le bulletin de vote est remplacé par une balle de fusil. (Bhutto butée, par exemple).

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Je vous vois venir, benoît lecteur : qu’est-ce que c’est que ce paysage en rose ? On vous avait connu plus virulent, plus pourfendeur ! Ben oui, je suis virulent parce que les circonstances m'y obligent, mais ça n'est pas ma vraie nature. Je ne suis négatif que forcé. Quand je vois autour de nous des guerres concrètes ou larvées, quand je vois des hommes assassinés (Theo van Gogh) pour leurs opinions justifiées, je m'insurge et je crie « sus au fanatisme ! ». Mais quand je constate que je vis dans un pays qui ne connaît pas ce fanatisme ni les crimes qui vont avec, je le dis aussi. Vous voudrez bien me pardonner mon optimisme d'un jour.

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16/07/2015

GENFEREI

Une lettre ouverte

 

Genève, mi-juillet 2015

Messieurs de ma Caisse de Prévoyance,

J'ai bien reçu votre lettre dans laquelle vous désirez prendre de mes nouvelles. J'ai trouvé sympa.

À mon âge (85), on est toujours heureux de savoir que les jeunes générations ont encore une pensée pour les vieux. En fait, vous voulez savoir si je vis encore. La réponse est oui. Mais je trouve votre demande superflue, étant donné que quand je mourrai, vous en serez informé par l'État civil qui enregistre, si j'ai bien compris (mais il y a un risque) les naissances et les décès. Et, entre deux, les mariages.

Si vous ne faites pas confiance à cette pourtant excellente institution de l'État, vous pouvez procéder autrement. En me lançant un coup de fil, par exemple, le son de ma voix est une preuve évidente que je suis encore en vie. Ou alors, vous pouvez procéder à une enquête de quartier. En passant par exemple chez mon pharmacien où je me procure régulièrement les remèdes qui repoussent la date de mon trépas. Ou chez la marchande de cigarettes où j'achète ce qui le fait se rapprocher. Vous leur demandez s'ils ont vu Thomann récemment et ils ne pourront que répondre par l'affirmative. Il y a aussi quelques bistros où je suis honorablement connu.

Vous me demandez de me présenter à la mairie de ma commune avec une pièce d'identité et, j'imagine, en faisant quelques mouvements qui attestent que j'existe réellement et qu'ils n'ont pas affaire à un zombie. Alors là, je vous le dis carrément, c'est hors de question. D'abord, c'est trop loin, et j'en suis à privilégier des buts de proximité, le marché de Plainpalais qui est à deux pas de chez moi et les grandes surfaces également proches. Et puis, en accédant à votre demande, j'aurais l'impression d'être victime d'une Genferei, bref, de me trouver un peu cucul.

Cela dit, écrit plutôt, je n'hésite pas à vous proposer mes salutations distinguées.

(Vive) André Thomann

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14/07/2015

CE J'HAINE SAIS QUOI

Ça ne manque jamais, dès qu'on se met à critiquer l'islam, vient alors un quidam courroucé qui crie à la haine. C'est le chant plaintif des Ramadan, Houardiri, Chebel and Co : pourquoi tant de haine ?

Or, l'islam est critiquable, comme toute doctrine, même s'il se couvre du manteau de la religion.

Lorsque Mireille Vallette relate un fait gravissime, celui de la fillette prise d'un malaise par déshydratation en plein ramadan et qui refuse de boire pour ne pas rompre le jeûne, soutenue dans son entêtement par sa mère, elle n'agit pas par haine mais par colère et indignation. Colère contre cette mère qui laisserait mourir son enfant par pur fanatisme et pour ne pas perdre son droit au paradis des bons Croyants ; indignation devant une religion qui provoque ces dérives criminelles.

Je vais critiquer moi aussi : le ramadan est une aberration diététique, médicale et sociale. Pendant cette période, les musulmans mangent plus que pendant les autres mois, par fringale irrésistible quand vient le coucher du soleil ; les privations de nourriture et surtout de boisson pendant de longues journées chaudes peuvent engendrer des pathologies graves ; enfin, affaibli par ce régime, le musulman accepte de faire faire le travail par les mécréants (qu'on maintient alors en vie pour l'occasion), ce qui me paraît être un manque de camaraderie, pour ne pas dire plus.

Il ne s'agit pas là d'une triple opinion du Suisse de souche que je suis (passeport zurichois s'il vous plaît !) mais de faits avérés. Les hôpitaux comptent plus d'urgences qu'en période normale, les accidents de la route sont plus nombreux, mais les journaux aux ordres ne publient guère ces statistiques dérangeantes pour la paix des ménages. Il s'agit pourtant d'un problème de santé, et même de santé qui concerne les jeunes. Justement, à ce propos, un petit fait vrai : les autorités de santé de Genève avaient fait descendre sur les écoles du canton une équipe de spécialistes dans le but louable d'expliquer aux élèves comment conserver la santé en se nourrissant de façon adéquate. Rien à dire. Mais dans un établissement, un doyen vicelard fit observer qu'il serait bon de mettre particulièrement en garde les élèves musulmans contre les effets pernicieux que le ramadan pouvait avoir. L'objection fut rejetée, il ne fallait pas discriminer les croyants d'une seule religion. Alors que c'était justement en les laissant goger dans leur jus théologique délétère qu'on les discriminait. Les mécréants recevaient de judicieux conseils, les petits musulmans pouvaient bien crever, on ne pouvait rien pour eux, la religion l'interdisant.

Resterait la chirurgie par ablation. L'interdiction pure et simple du ramadan pour les raisons que j'ai évoquées supra. Proposition, je le sens, qui va provoquer un sacré ramdam (justement). Mais je ferai remarquer que la Suisse (plus le Danemark et la Norvège, trois pays à la démocratie exemplaire) interdit déjà l'abattage hallal, cela par la volonté de ce nom de dieu de peuple suisse qui préférait entendre quelques soupirs de juifs aux rituels obsolètes plutôt que les cris d'animaux qu'on égorge. Comme on dit dans les contes, c'était au temps où les bêtes parlaient, c'était en 1893 déjà.

Mazel tov !

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