14/09/2015

MALHEUR AUX BARBUS

RaduLupu.jpg

 

Mais pas à tous, disons. Il y a une vingtaine d'années, j'en avais entendu un qui m'avait subjugué.

Cela ne se passait pas dans une mosquée, où je crois que je n'aurais pas le droit de pénétrer même en me déchaussant, mais dans une salle laïque qui peut, en de certaines occasions, offrir une transcendance palpable à ceux qui s'y trouvent réunis, c'est le Victoria Hall à Genève. Ce soir-là, on vit arriver un barbu, donc, le cheveu plutôt hirsute, une démarche un peu d'homme des bois, mais cet aspect quelque peu défavorable disparut vite quand il mit les mains sur les touches du piano. Il commença son récital (ah, je me rends compte que je n'ai pas encore dit son nom : Radu Lupu, un tout grand pianiste roumain) avec la Fantaisie en ré mineur de Mozart, une œuvre facile, sans grande virtuosité, sans gestes grandioses, et par là même difficile car tout est dans l'intériorité. Le public ne s'y trompa pas, nous avions affaire à un grand bonhomme qui plaçait la délicatesse avant les effets de manches.

Je pensais à cet admirable barbu l'autre jour et il m'est revenu l'image de son contraire, l'imam de Brest, barbu également, soigné de sa personne, vêtu avec recherche, souvent en « lin » blanc, mais sans « probité candide », comme l'aurait souhaité Victor Hugo. Et pour la gestuelle, alors là, il met le paquet, les mains n'arrêtent pas de bouger, souvent l'index est tendu vers le ciel pour indiquer qu'Allah est là et nous regarde. La voix est forte fff, le débit rapide prestissimo con fuoco, un virtuose, quoi !

Mais c'est ce que dit notre savonarole qui nous intéresse. Alors que Radu Lupu nous fait comprendre que la musique, qu'on la joue ou qu'on l'écoute, nous plonge dans une heureuse ferveur, notre imam est d'avis contraire : la musique, c'est haram, impur, elle empêche de se concentrer sur la seule activité licite pour un musulman, l'adoration d'Allah. Il se fonde sur les hadiths du Prophète qui sont péremptoires : n'a-t-il pas dit que celui qui écoute une chanteuse aura du plomb versé dans les oreilles ? J'ai lu ça quelque part. On a même vu notre homme s'adresser à des gamins et gamines de peut-être dix ans, mais les petiotes déjà voilées, et leur expliquer que s'ils continuent à écouter de la musique, ils iront en enfer. Cela sans que la police intervienne pour faire cesser cette violence faite à des enfants.

Le problème avec ces tonitruants prédicateurs, ça n'est pas tant qu'ils croient en Allah, ça, c'est pas grave, après tout Claude Vorilhon (encore un barbu, on n'en sort pas) croit aux extraterrestres sans que cela surprenne personne, mais qu'ils en font une sorte de Gestapo céleste (schnell, schnell, Achtung, aufhören) qui envoie se faire exterminer les moindres contrevenants. L'enfer musulman est une sorte de camp d'extermination, on n'en sort pas vivant. Alors, à ce barbu énergumène je préfère mon barbu gentleman du début. Mon choix est fait.

Le monde est tout petit pour ceux qui aiment Allah d'un aussi grand amour. (Presque le Prévert des Enfants du Paradis).

08:00 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

Les commentaires sont fermés.