26/10/2015

VOCABULAIRE NAUSÉABOND

Dans notre démocratie directe, l'expression officielle de l'appel à la volonté du peuple s'appelle 'votation populaire'. Mais il y en a qui débinent le truc lorsqu'il y a des exigences qui ne leur plaisent pas, et 'populaire' devient alors 'populiste'. Je trouve le mot nauséabond. Cela voudrait dire qu'il y a un bon peuple qui vote 'bien', selon ce que la politique demande de raisonnable, et une frange importante de demeurés qui suivent le discours de tribuns discutables aux comportements fascistes. Ainsi, le parti radical-libéral est une droite acceptable qui reçoit le vote des beaux quartiers, lesquels savent de quel côté leur tartine est beurrée, tandis que l'UDC est stigmatisée par l'appellation 'extrême droite', quasiment proche du national-socialisme. Or, l'UDC n'est rien de tout ça. Elle ne prône pas le parti unique, le culte du chef, le blinder Gehorsam (l'obéissance aveugle), la soumission à la doctrine unique ni un nationalisme racial forcené. Si on veut des exemples d'extrême droite, il faut voir en Allemagne et en Autriche, où le culte du Führer est encore bien vivant chez certains groupuscules au crâne rasé. En Grande-Bretagne, curieusement, c'est l'islam qui personnifie l'extrême droite : on n'y hurle pas 'Sieg Heil' comme les néo-nazis mais 'Allahou Akbar', ce qui revient au même ; on y a le respect fanatique d'un chef mort pourtant depuis plusieurs siècles ; on se réfère à un seul livre et on brûle les autres ; on souhaite enfin la mort de la démocratie, qui doit être remplacée par une théocratie musclée ; les nazis exaltaient 'das Volk', dans lequel l'individu devait se fondre, les musulmans prônent la 'oumma', même topo. Mais pas question de fêter tout ça à la bière.

Certains commentateurs serviles vont jusqu'à dire que notre système qui permet toutes les 'dérives' est imparfait et demande de la régulation. Mais si on va par là, la seule conclusion possible, c'est une loi faite non pas par des hommes mais par Dieu, connu en l'occurrence par son sobriquet, Allah. Et ça s'appelle la charia, laquelle est parfaite puisqu'elle a été créée par un être parfait. Seulement, nous préférons patauger dans notre bourbier imparfait plutôt que de nous soumettre à une loi inhumaine, c'est le cas de dire. Nous sommes là dans la précaution et bien nous en prend. Parce qu'en Angleterre, dans certaines villes à fortes populations musulmanes, la charia est déjà en vigueur et que l'habeas corpus y est relégué aux oubliettes. Les Anglois n'ont pas eu assez de bons votes populistes !

Qui plus est, ceux qui emploient 'populiste' abusivement prétendent aussi que le peuple se trompe. Évidemment, si vous êtes de gauche et que le peuple vote à droite, vous considérez qu'il se trompe. La réciproque est aussi vraie. Mais on peut penser que le peuple ne se trompe pas plus souvent que les autorités qui le tiennent sous sa coupe. Nous sommes, cette fois je m'inclus, un peuple raisonnable, éduqué dans de bonnes écoles dès le primaire, capable de raisonner juste et de faire la différence entre la réalité et ce que les médias nous proposent. Ces commentateurs, au nom de la liberté d'expression, ont le droit de s'exprimer ainsi, mais au nom de ce même principe, j'ai, membre de ce peuple, le droit de dire qu'ils peuvent aller se faire voir. On se plaint, ce sont les mêmes, de la faible participation. Je pense au contraire que s'il y a jusqu'à un Suisse sur deux qui prend la démocratie au sérieux et seulement cinquante pour cent (à peu près les chiffres de ces dernières fédérales) de ploucs paresseux et indifférents, cela est au contraire réjouissant. Ne votent que ceux qui ont une opinion, bonne ou mauvaise, les ploucs ne feraient que gêner.

Soyons optimistes, ça ne tue pas.

Avanti popolo, bandiera rossa, bandiera rossa...

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21/10/2015

PRUDENCE, PRUDENCE

Si on réfléchit, mais on ne le fait pas toujours, on se dit que l'Arabie Saoudite fait bien de refuser d'accueillir des réfugiés. Voilà un pays qui fonctionne à la perfection, où seuls les hommes sont autorisés à conduire, ce qui évite de nombreux accidents ; la femme à la place du mort, d'ailleurs il y en a trop, des musulmanes insouciantes continuent à mettre au monde des filles. La plupart iront en enfer, Mahomet les y a vues.

Un pays où la décapitation se fait en plein air, ce qui évite un malaise éventuel à un condamné sujet à la claustrophobie. On fait dans la délicatesse. Un pays où on ne peut (en principe) conduire en état d'ivresse. Un pays où liberté = soumission à Allah (la thèse rigolote de Hani Ramadan), donc la toute vraie liberté. Un pays sans homosexuels, comme tous les pays musulmans d'ailleurs. Et quand il y en a, il n'y en a tout de suite plus. Devant un parterre d'étudiants d'une université U.S.A, Ahmadinejad avait déclaré qu'il n'y en avait pas en Iran, ce qui avait provoqué l'hilarité. Ces Américains, un rien les fait rire ! Un pays où les pompiers ne sont pas soumis à la vue dégradante de lycéennes en petite tenue voulant se sauver des flammes. Bref, si j'ai bien compris (mais il y a un risque), un pays où tout va bien, non, j'ai dit une bêtise, j'aurais dû dire que tout allait au mieux.

Alors, pas question de se laisser envahir par des hordes de bougnoules (on est toujours le bougnoule de quelqu'un) dont certains pourraient même être chiites, allez savoir, qui feraient tache dans la pureté sunnite de cette monarchie sunnitement immaculée. Sans parler d'éventuels chrétiens, dont les femmes ne sont même pas voilées, s'introduisant frauduleusement jusque dans les lieux saints et qui seraient capables de faire exploser la Kaaba. On sait ce que les chrétiens peuvent avoir l'audace de faire, rien n'arrête cette engeance cruelle.

Donc à Riyad, on a eu un réflexe de prudence bien compréhensible. Il n'y a pas de honte. Enfin si, un tout petit peu tout de même.

Haut les cœurs, ou haut-le-cœur, c'est selon.

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12/10/2015

LA SIMMENTHAL ET LA MONTBÉLIARDE

Dans un article très fouillé où apparaissent les mots biométrie, phénotype, allèle, génome qui en rendent la lecture ardue, la biologie nous explique que la notion de race n'existe pas. Elle a peut-être raison d'un point de vue biologique. Elle nous explique que nous avons à 98 % les mêmes gènes que le chimpanzé, ce qui doit en inquiéter plus d'un ; que nous avons tous du sang rouge, des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Et de conclure : dans l'espèce humaine, l'idée de race ne sert à rien. Péremptoire. Ce qui signifie que pour un biologiste Ella Fitzgerald kif-kif (mot d'origine arabe, pardonnez-moi) Elisabeth Schwarzkopf, Duke Ellington kif-kif Alfred Brendel, Louis Armstrong kif-kif Maurice André. Mais non, ils sont de races différentes, à talent égal au demeurant. Le seul avantage de cette théorie, c'est qu'il n'y a plus de délit de sale gueule puisque nous avons tous la même.

Que la notion de race ait donné lieu à des débordements criminels, c'est avéré. Les massacres des Tutsis, ceux des Juifs de la Shoah, des Tziganes, des Roms, des Kurdes, ah, il y en a eu et ça continue, à petite ou grande échelle. Mais cela ne veut pas dire qu'il faille supprimer le mot, lequel apparaît dans la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, cette avancée de l'humanité, à l'article 2. Qu'un président français veuille supprimer le mot dans la constitution de son pays, libre à lui et à ses élus réunis en assemblée, mais cela montre les limites de sa culture. La France a l'obsession orwellienne de l'euphémisme et du langage correct. La France n'est plus jamais en guerre, elle procède à des opérations militaires. On n'arrête plus les malfrats, on les interpelle : « Hep, vous là-bas ! ». On ne les incarcère plus, on les met à la disposition de la justice. C'est-y pas plus joli comme ça ?

Ainsi, on a voulu remplacer 'race' par 'ethnie'. C'est dire l'ignorance. Ethnie et race sont deux choses différentes. Une ethnie est un groupe plus ou moins nombreux lié par des rites, par un langage spécifique, par une cuisine et par un sentiment d'appartenance. Elle ne s'occupe pas de savoir si on a la peau bistre, les pommettes saillantes ou les cheveux crépus, elle demande simplement qu'on s'adapte si on vient d'ailleurs. Il n'y a pas de race juive, ça serait donner raison à Hitler et à Rosenberg, mais il y a une ethnie juive, répartie sur tout le globe où on respecte le sabbat, on emploie des expressions yiddish et où mange des gefilte fisch. De même, il y a une ethnie suisse divisée en sous-ethnies cantonales. J'entendais naguère un Biennois candidat à je ne sais quel poste politique et qui était un nègre (foin de vocabulaire correct, en Amérique on emploie négro et cela est spiritual). Je l'entendis faire suivre les mots 'après que' de l'indicatif, comme le demande la grammaire, une règle que bien des francophones ignorent. Je me disais que voilà un homme qui, bien que ne pouvant pas changer de peau, entrait sans problème dans l'ethnie biennoise à qui il avait demandé de l'accepter. Je suis d'ailleurs toujours admiratif du maniement respectueux et irréprochable de notre langue française de certains Africains francophones. Un apport de la colonisation !

La décision du président français est donc une cuistrerie. Elle ne concerne au demeurant que les humains mes frères. Les éleveurs continueront à parler de la race simmenthal et de la race montbéliarde. Il y a encore des races de chien, le bouvier bernois ne ressemble guère au loulou de Poméranie (un boche). Il n'y aurait en revanche pas de races d'homme, c'te blague.

Il nous faut un mot pour distinguer un Thurgovien d'un Japonais, un Vaudois d'un Gabonais. Simplement, il ne faut pas que le mot hiérarchise la chose. Éric Zemmour, lors d'un débat, était confronté à une négresse (voir plus haut). Il en vint à signaler, cela faisait partie du débat, qu'elle avait la peau noire et lui la peau blanche. La dame saute au plafond et parle de racisme. Notre homme eut beaucoup de peine à lui faire comprendre qu'il n'avait pas dit qu'elle lui était inférieure mais seulement différente. C'est le drame de ce mot, on lui prête des significations qu'il n'a pas. Nadine Morano a été victime de cette perversion. On lui cherche des poux dans ses cheveux (blonds) alors qu'elle n'a employé race que dans son sens neutre et acceptable. « Je suis de race blanche ». Et alors ? Elle a prononcé une évidence : la France est un pays de race blanche, l'Europe aussi. Cela n'est pas niable, même si le biologiste Axel Kahn dit que c'est faux, arguant qu'un Norvégien n'a pas la même peau qu'un Italien, ce qui n'est pas niable non plus. Sauf qu'il s'agit de nuances d'une même couleur de peau et qu'un Italien, même très bronzé, ne ressemble pas à un Bantou. On s'étonne qu'un savant réputé ne voie pas les choses comme ça. N.M. a ajouté que ses racines étaient judéo-chrétiennes, ce qui n'est pas répréhensible non plus. Elle aurait pu mentionner qu'elles sont également gréco-latines, puisque sa langue maternelle est principalement issue du latin et que la démocratie à laquelle elle participe nous vient de Grèce. En plus, elle a émis le vœu de ne pas devenir musulmane, une ambition négative que nous sommes nombreux à avoir.

Ces propos donc acceptables n'ont pas plu, la classe politique s'est déchaînée, c'était la danse du scalp. On a parlé de 'déclaration exécrable', et autres invectives pas faites dans la dentelle, on l'a décrite comme une poissonnière lepéniste (c'est vrai qu'elle ne parle pas 'beaux quartiers'). C'était à qui, dans cette lapidation, lui jetterait la plus grosse pierre.

Le plus virulent dans la critique a été Nicolas Sarkozy, dont N.M. fut naguère une groupie. C'est que Sarkozy est de race magyare (!) et que cette toute blonde, je ne sais pas, ça ne collait pas. Il doit être jaloux.

Ce qu'on constate, c'est que Morano est une emmerdeuse. Et ce que les Français et surtout ceux qui les dirigent ne comprennent pas, c'est qu'un pays à besoin de ces rebelles, ils nous sont aussi indispensables que la flore intestinale. Sans eux, la digestion sociale ne se fait pas. La France, au cours de son histoire en a connu : Vauban, qui se permettait de critiquer la politique fiscale de Loulou XIV ; Zola, qui défendait un juif dans un pays alors profondément antisémite, Péguy, qui prétendait qu'il fallait gueuler la vérité ; Jaurès, qui se déclarait pacifiste alors que la France rêvait de guerre pour reconquérir deux provinces, dont l'une était germanophone. Ces hommes (il y a eu des femmes aussi, Olympe de Gouges, qui était féministe avant l'heure et qui paya ce culot par l'échafaud), sont l'honneur d'un pays. Un Franz Weber est l'honneur du nôtre.

Bien qu'ainsi elle doive renoncer à l'investiture de son parti aux prochaines élections, Nadine Morano a refusé de s'excuser. Ça la rend sympathique.



Un soir à la Havane / un tout petit négro / jouait dans sa cabane / du banjo

(Chanson connue des anciens)

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