07/12/2015

LES SINGES, LES COCHONS ET... BEETHOVEN

Tel soir, j'écoutais sur internet la sonate à Kreutzer. Le plus, dans internet, c'est qu'on entend les artistes mais aussi on les voit, ce qui augmente notre attention. En l'occurrence, c'était la violoniste moldave Patricia Kopatchinskaja, dont le regard en disait long sur sa connivence avec la musique qu'elle interprétait ; et le pianiste turc Fazil Say. (Comment peut-on être turc ? disait à peu près un personnage de Montesquieu ). Notre homme est célèbre à deux titres : il est un pianiste remarquable dont le sens musical que sa virtuosité autorise n'empêche pas un sens de l'humour affirmé : sa Marche turque jouée en jazz est irrésistible.

Mais il est aussi un trublion, un monsieur qui ne craint pas de se moquer d'un compatriote imam de son métier, cela dans un pays où le dictateur qui en est le chef ne tolère pas qu'on plaisante avec la religion. Un pays d'autre part qui aimerait bien entrer dans l'Europe (on ne rigole pas). Say est ainsi condamné à la prison, avec sursis tout de même, mais à la moindre incartade, c'est le gnouf. Donc, Say, c'est le talent plus le courage, alors turban, je veux dire chapeau.

La sonate Kreutzer est bien ce qui a été composé de plus impressionnant, de plus imaginatif, de plus virulent pour piano et violon. Ça ne se discute pas. J'en étais donc là, avec mon intense émotion comme chaque fois, savourant chaque note mais en me dépêchant car le presto initial n'attend pas les voyageurs, quand je me suis souvenu avec terreur que selon l'imam de Brest, qui est chargé sur cette Terre de la com de l'islam, la musique, c'est haram, impur, et que ceux qui s'y adonnent, activement ou passivement, peu importe, seront transformés en singes et en cochons. Et si ça valait aussi pour les non-musulmans ? J'eus bientôt l'occasion de m'en apercevoir : la transformation commençait, elle est maintenant achevée, un jour sur deux, en alternance, je hurle simiesquement ou je grogne porcinement, rien ne peut me sortir de là. Ah oui, la photo qui figure sur mon site, c'était avant, par égard pour le lecteur, je ne vais pas la remplacer. Pauvre de moi.

Sérieusement maintenant. L'islam est hostile à la musique, à l'art en général. C'est un système (je n'emploie pas le terme religion, c'est un faux-nez) austère, sans joie, sans plaisir hédoniste. Tout est fondé sur l'au-delà, où alors le croyant pourra prendre sa revanche au milletuple. Sauf que le non-croyant, celui qui ne croit pas à ce phantasme, est bien obligé de prendre son plaisir ici-bas dans sa courte vie, et un de ces plaisirs, c'est d'écouter n'importe quelle production de Ludwig van (chez qui il n'y a rien à jeter), de George Gerschwin, de Jacques Brel, de Modeste (?) Moussorgski et de quelques autres également créateurs de chefs-d'œuvre. D'admirer Rembrandt, Miró, Rodin, Brancusi et quelques autres également créateurs de chefs-d'œuvre. Voire de lire un ou plusieurs livres qui ne seraient pas le Coran. Cet homme-là, certes il ne peut pas allonger sa vie, mais il peut la multiplier, l'élargir, de façon à créer lui aussi son petit chef-d'œuvre. Il sera tantôt Candide, Panurge, ce bon Sancho Panza, Sherlock Holmes (ou Watson), Faust (ou Méphisto !) ; elle sera Anna Karénine, Emma Bovary, la Princesse de Clèves. Soit une vie multipliée, riche de sensations et d'émotions.

En face, le musulman strict, celui qui obéit au doigt et à l'œil aux ukases de l'imam, se gardera de toutes ces turpitudes, car il y a non seulement le paradis auquel il aspire mais aussi l'enfer qu'on lui a aussi décrit, sous les couleurs les plus noires, les plus sadiques. Sa vie ne peut donc être qu'étriquée, pas de concerts, pas de musées, pas de cinéma. Vous voyez Hani Ramadan aller au Grand-Théâtre écouter Carmen ou les Noces de Figaro ? D'autant plus qu'il serait exposé à des voix féminines, on est dans le double haram !

C'est donc le choix de tout musulman de formater sa vie comme il l'entend, mais comme son système a pour but le califat universel, le risque qu'on nous impose un mode du plaisir qui nous répugne est présent. Défendons-nous. Moi, par exemple, les voix féminines, celle de Fidelio, celle de Constan-anze, (le prénom de Frau Mozart) dans l'Enlèvement, et bien d'autres, me donnent des frissons de bonheur. C'est mon choix, singe ou cochon nonobstant.

 

 

Elementary, my dear Watson.

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Commentaires

Bon, ben il ne vous reste qu'à nous donner le lien vers cette oeuvre de Beethoven, histoire de faire la nique aux terroristes, pardon aux islamistes.


"austère, sans joie, sans plaisir hédoniste."

Comme les calvinistes quoi. Et dire que cet assassin est toujours honoré dans notre ville...

Écrit par : Johann | 07/12/2015

Bonne idée, j'ai donc rajouté le lien, première ligne de mon texte.


Quant à Calvin, n'est-il pas enterré dans le même cimetière que Grisélidis Réal, pour ses péchés?

Bien à vous.

Écrit par : andré thomann | 07/12/2015

Merci!


"Quant à Calvin, n'est-il pas enterré dans le même cimetière que Grisélidis Réal, pour ses péchés?"

Je ne sais pas, mais si c'est le cas, une bien mauvaise compagnie pour Grisélidis. Les péchés de Calvin, donc?!

C'est d'un plaisir de lire qqn avec une grande culture et qui écrit fort bien.

Écrit par : Johann | 07/12/2015

non mais sans blââaaaague!

Michel Simon a juste frémit.

Écrit par : suisse & geevois déshérité | 07/12/2015

@;Monsieur Thomann on ne peut qu'approuver la dernière phrase si l'on sait qu'en tout homme sommeille un petit cochon!
Très belle journée pour Vous Monsieur et Joyeuses fêtes de fin d'année

Écrit par : lovejoie | 08/12/2015

"Vous voyez Hani Ramadan aller au Grand-Théâtre écouter Carmen ou les Noces de Figaro"

Oui, Si le Grand-Théâtre devenait la "grande mosquée de Genève" où le coran serait récité en boucle 24h/24 et 365j/an...Je sais c'est de l'humour noir ! Très très noir...

Mis à part cela, il faut relever ,une fois encore, votre fraîcheur d'esprit et votre grande lucidité car vous avez clairement identifié les ennemis de notre culture et de notre démocratie.

Écrit par : Exprof | 08/12/2015

Comme vous nous le rappelez, il faut se méfier des gens d'un seul livre. Car un seul livre, c'est le triomphe de l'ignorance.

Écrit par : Mère-Grand | 08/12/2015

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