21/01/2016

PAUV' BÊTES

J'étais tel jour dans le tram et un aveugle* est venu s'asseoir non loin de moi, avec son chien à ses pieds. J'admirai le chien, lumineux d'intelligence et semble-t-il conscient de la tâche qui lui était assignée. Un chien digne des meilleurs hommes.

Puis je me suis mis à gamberger, une manie chez moi.

Pourquoi, me disais-je, faut-il qu'un milliard d'individus, suivant un ordre d'un prophète sans grande humanité, déclarent le chien haram, impur. Comment font les aveugles en pays de stricte musulmanité ? Qui les guide ? Cet opprobre visant la gent canine est tout à fait incompréhensible. Il y a pire, en Arabie saoudite, où ils sont très stricts sur le dogme, ils n'ont pas non plus de chiens d'avalanches, c'est tout dire. Cela me fait penser à un personnage désireux de briller dans un 'dîner en ville' et qui y alla d'un bon mot destiné à la postérité : « Je préfère les chats aux chiens car il n'y a pas de chats policiers. » Ce que notre brillant causeur oubliait, c'est que justement, il n'y a pas non plus de chats d'aveugles ni de chats d'avalanches.

Les religions, toutes, sont obsédées par le pur et l'impur, par le satanique et le sacré. Voyez les juifs (avec ma minuscule, je parle bien de religion et pas d'autre chose) qui tremblent à l'idée de manger tel aliment qui ne serait pas kasher. J'avais acheté un jour de la graisse d'oie, laquelle donne aux pommes rôties un goût unique. Sur l'étiquette, j'avais pu lire que le produit avait été approuvé par le rabbin de Strasbourg, ce qui me faisait une belle jambe, mais rassurait le consommateur juif craignant la colère de Yahvé et son carnet à souche.

À l'autre bout, il y a donc les animaux sacrés, les vaches en Inde. Là, il faut se retenir pour ne pas pleurer. Pour un temps, les vaches sont dorlotées, on les décore de fleurs et de colliers, on va jusqu'à les maquiller. Mais pour un temps seulement. Avec l'âge, elles deviennent moins productrices de lait et deviennent une charge pour leurs propriétaires. Elles sont alors priées de quitter les pâturages et d'aller tenter leur chance en ville. Comme qui dirait une sorte d'exode rural. Et nos naïfs occidentaux de s'extasier sur une religion qui permet aux bovidés de circuler entre les voitures et d'en sortir indemnes, les automobilistes faisant attention de ne pas les bousculer. Quelle merveilleuse civilisation !

Sauf que la réalité est un peu différente. Ces bêtes quoique vieillissantes n'ont pas perdu le besoin de manger et si on les trouve en ville, pittoresque surprise, c'est que c'est là qu'on trouve les poubelles où elles trouveront maigre pitance. Ça devient moins pittoresque. Mon adjectif à moi, c'est 'dégueulasse'.

Mais il y a un autre aspect qui sent son hypocrisie à plein nez : toutes les bêtes ne subissent pas ce sort misérable ; certaines sont exportées, illégalement, vers le Bangladesh, pays surtout musulman où on ne mange pas de cochon mais où on a le droit de se régaler de rosbif, un apport de protéines animales bienvenu. Là, elles sont abattues selon le rite musulman, pas vraiment indolore, au moment de mourir le regard tourné vers la Mecque, une consolation.

Alors, la sagesse de l'Inde, le rituel folklorique de l'islam, vous savez ce que j'en fais.


 

*On dit aveugle, c'est écrit sur l'identité du chien, et pas non-voyant, euphémisme dégradant.

 


Qui veut faire l'ange fait la bête.

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Commentaires

Article très subtile et le texte très léger à lire donne vraiment envie de parcourir le billet jusqu'au bout !
très bonne journée

Écrit par : lovejoie | 23/01/2016

J'adore !

Écrit par : norbert maendly | 23/01/2016

Merci A. Thommann ! Que Dieu (pardon) vous prête longue vie et bonne plume !

Écrit par : Exprof | 24/01/2016

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