29/01/2016

MAX FRISCH PAS MORT, ARTICLE SUIT

On trouve cela chez les grands dramaturges : quand ils nous décrivent ce qui est, il nous disent ce qui sera. Quand Shakespeare nous peint Lady Macbeth, il nous indique qu'il y aura des Imelda Marcos, des Elena Ceaucescu, des Evita Peron.

Ainsi, Max Frisch a eu, il y a plus de cinquante ans maintenant une prémonition, incroyable si l'on songe que les Trente Glorieuses étaient, en 1958, en plein essor et en pleine euphorie. Plus rien ne pouvait plus nous arriver.

Et voilà que comme Cassandre, Frisch nous met en garde, et comme Cassandre, ses prédictions ne seront pas crues. Il écrit « Monsieur Bonhomme et les Incendiaires » (Biedermann und die Brandstifter).

La pièce à grands traits : Bonhomme, riche bourgeois confortablement installé, apprend que sa ville est en proie à des incendies criminels. Cela ne le concerne pas car ça se passe toujours ailleurs. Il reçoit la visite d'un inconnu qui se plaint d'être pris lui-même pour un des incendiaires. Bonhomme, sur sa bonne mine et son beau discours, lui offre l'hospitalité pour découvrir, mais trop tard, qu'il est en fait un des incendiaires, qu'il a apporté des fûts de benzine dans la soupente où il logeait. Finalement, la maison brûle, elle explose et la ville avec.

En fait, Frisch décrit la situation actuelle, avec un précision stupéfiante. Certaines phrases prononcées par Bonhomme sont les mêmes qui sortent des bouches contemporaines. S'il ne prononce pas le mot 'amalgame', il demande néanmoins qu'il ne faut pas penser le pire de tout le monde. Quand un policier lui demande s'il n'y aurait pas de la benzine dans le grenier, il ment effrontément. Tout se passe comme si Frisch décrivait les paroles et les comportements après-coup, en reporter. Car maintenant nous savons que les incendiaires sont parmi nous, et nous sommes bien embêtés. Les auditeurs de Frisch-Cassandre n'ont pas voulu le croire, ils ont invité les incendiaires à leur table (certains, des gourmets, ont trouvé la nourriture pas bonne !), ils les ont logés et même leur ont, comme Bonhomme, fourni les allumettes.

Pire, nos Bonshommes (pluriel de Bonhomme) nous abreuvent de discours moralisateurs : la Suisse a peur, la Suisse se recroqueville, la honte. Bien évidemment que nous avons peur, nous sommes entourés de pays qui subissent des attentats et nous pensons que cela peut nous arriver aussi. Et si nous nous recroquevillons, c'est le réflexe sain de tout propriétaire de villa qui ne laisse pas la clé sur la serrure et qui regarde qui prétend pénétrer chez lui. Tous les pays devraient faire de même. Il ne s'agit pas de fermer nos frontières (autre mensonge de la propagande) mais de les contrôler et de savoir quels hôtes nous recevons. Si ce sont des Syriens qui fuient les bombardements, là, nous avons un devoir d'humanité, lequel nous a rarement fait défaut.

Mais s'il s'agit de petits jeunes gens venant de pays qui ne sont pas en guerre et qui viennent nous voir avec souvent dans leur musette une religion inacceptable, nous avons aussi le devoir de préservation de les refouler. Cela n'est ni raciste, ni xénophobe comme les Bonshommes essayent de nous le faire croire. Ni populiste non plus.

 

Il y a pire que le bruit des bottes, c'est le silence des pantoufles. (Max Frisch justement)

19:01 | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Bravissimo!

Écrit par : Lucretius | 29/01/2016

C'est nos "Bonshommes" qu'on devrait expulser on ferait ainsi d'une pierre deux coups.

Écrit par : norbert maendly | 30/01/2016

"La vérité, c'est drôle: personne n'y croit !" ) Max Frisch in Monsieur Bonhomme et les incendiaires. Citation en aparté de l'incendiaire...avant sa mise à feu...)

Écrit par : Jacques-André Widmer | 31/01/2016

Aimez-vous les bricelets ?

Écrit par : Mlle Jacqueline Dupont-Dubout | 02/02/2016

Affirmatif, mais je ne vois pas le rapport avec ce que j'ai écrit.

Écrit par : andré thomann | 04/02/2016

Les commentaires sont fermés.