26/02/2016

LETTRE D'UN PRÉSIDENT

Chers amis* suisses,

Je vous lance un SOS. Je suis embourbé dans une histoire de référendum dont je ne sais pas comment me sortir. Il s'agit de ce maudit aéroport de Notre-Dame des Landes. Vous avez vos tunnels, moi, président, j'ai mon aéroport. J'ai prié Notre-Dame, mais elle ne m'a pas aidé. Pire, j'ai dans mon gouvernement un certain Ayrault qui est farouchement pro-aéroport, c'est même lui qui est à l'origine du projet ; plus trois écolos qui sont encore plus farouchement contre. Il y a de la bagarre en vue.

D'abord, un référendum, je ne sais même pas comment ça s'organise, qui doit voter, comment l'intituler, et qu'est-ce qu'on fait après. Il paraît que vous savez faire tout ça, vous organisez des référendums plusieurs fois par année et ça marche tout seul. Vous êtes vraiment forts, les Suisses. Si nous n'étions pas le nombril du monde et que nous ne regardions pas que lui, nous pourrions apprendre des trucs de vous.

Dans le cas présent (on verra par la suite) je vous saurais gré de m'aider, il en va de ma... il en va d'un tas de choses.

Merci d'avance et salutations transfrontalières.

(Signé) F. Hollande, présentement président de la République Française.

 

*du moins je suppose.

 

Et maintenant tous ensemble avec moi :
Allons enfants de la patrie, le jour de gloire est arrivé
Car sur vos monts, le soleil annonce un brillant réveil.

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19/02/2016

OÙ AI-JE MIS MES CLEFS ?

Les langues sont de très vieilles rombières qui ont horreur qu'on les bouscule. Or, voici que le français* est bousculé, que dis-je, attaqué au pas de charge par une jeune ministre qui a encore du lait derrière les oreilles et qui prétend procéder à une (énième) réforme de l'orthographe. Ah mais !

Qu'il soit dit une fois pour toutes, l'orthographe n'a pas besoin d'une réforme venue d'en haut, que ça soit d'un ministre ou d'une académie, car cela finit toujours par un désastre, voyez l'allemand qui doit désormais s'écrire Schifffart, avec trois lettres semblables qui se suivent, à cause que ce mot composé se termine, le premier par deux 'f'' et le second commence par 'f'. Les rombières allemandes ne doivent pas aimer, ni moi non plus.

On parle de simplification, va bien, mais ce qu'il faudrait surtout qu'on cesse, chez les puristes, de montrer du doigt l'auteur de fautes vénielles :

« Vous avez vu cet homme inculte qui écrit 'millepattes' sans trait d'union, je ne le recevrai plus chez moi ! »

Dans une vie déjà longue, il ne m'est jamais arrivé de devoir écrire 'millepattes', mais si le cas s'était présenté, je crois bien que j'en aurais fait un seul mot, quitte à ne plus être reçu dans certains salons.

Si on ne la freine pas dans ses élans, une langue se réforme toute seule. Ainsi, on a longtemps écrit 'clef', avec un 'f' étymologique. Puis la lettre est tombée, n'étant plus prononcée. Ça s'est fait tout seul, sans ukase venu d'en haut. De même, on a longtemps écrit 'roy' (souligné en rouge par mon correcteur !) puis on a opté pour 'roi' sans que ça fasse polémique.

Les langues, surtout la française, ont un autre adversaire, ceux qui font face aux réformateurs : les irréductibles, on ne touche pas à la langue, jamais ! Elle est aussi sacrée que le Coran, c'est dire. Ils ont au moins deux tactiques : soit il nous la font à la nostalgie : un éléfant avec 'f' n'est plus un éléphant. Allons donc, les éléfants finnois, allemands, italiens, continuent à tromper énormément, selon leur habitude.

Soit ils jouent sur l'étymologie : il faut écrire œcuménisme à cause de l'origine grecque. Mais alors, on a tort d'écrire 'économie', qui mériterait le 'œ' pour la même raison.

Tout cela n'est pas raisonnable, la langue bouge sans qu'on s'en aperçoive. Un jour, un quidam écrira 'gajure' par étourderie peut-être (il rendra service à ceux qui prononcent faux !) et dans vingt ans, on ne saurait même plus que ce mot s'écrivait autrement. Sauf quelques nostalgiques.

Une nouvelle réjouissante tout de même : les langues peuvent avoir un côté farceur. À Munich, des musulmans distribuaient, gratuitement, des Corans, avec le slogan 'lies' soit 'lis' (on tutoie le badaud). Un anglophone qui passait par là constatait avec stupéfaction qu'on l'invitait à lire des mensonges. Les musulmans n'y avaient pas pensé.

 


*Des gens très bien se plaignent de la décadence du français : on ne sait plus l'écrire, couinent-ils. Sauf qu'ils écrivent 'Français', avec une majuscule. Les langues prennent une minuscule. Il faut écrire l'anglais, l'espéranto, le samoyède. Ces gémissements perdent alors un peu de leur valeur.

 

Douquipuedonctant ? (Raymond Queneau, Zazie)

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12/02/2016

RACISTE, MOI ?

Doudou Diène est rapporteur spécial de l'ONU sur le racisme. Visitant les pays d'Europe, voici ce qu'il déclare : « J'ai découvert en Suisse un racisme profond. » Et vlan !

Et c'est vrai que certains d'entre nous n'aiment pas – leur vocabulaire ! – les Ritals, les Espingos, les Boches, les Frouzes, les Rosbifs et les Amerloques. Mais cela reste le plus souvent du vocabulaire. Lorsqu'au siècle avant-dernier, les Italiens qui exportaient leur natalité abondante (à l'époque) sont venus en Suisse, il y a certes eu une réaction de méfiance explicable. Mais pas de massacres, ni même de brutalités contre les Tschingge, comme disent les Suisses allemands : on était trop content qu'ils vinssent creuser nos tunnels.

Ce que, par sa phrase, cet expert semble indiquer, c'est que le ver est dans le fruit, que notre racisme est dans nos gènes comme qui dirait. Ab uno disce omnes si j'ai bien compris. Le problème, c'est qu'il n'y a pas de définition du racisme qui soit pertinente. Le racisme va du sentiment intime non exprimé (et que nous avons tous, allons !), en passant par l'imprécation, jusqu'au génocide. Si racisme suisse il y avait, il serait différent de celui des Tutsis. Différent aussi de celui du Sud-Soudan et de plusieurs pays africains où les ethnies se combattent machette à la main. Ou même différent de celui du Maroc, où les Sénégalais, qui sont d'un pays proche, ne sont pas idéalement reçus et où un père de famille arabe dissuade sa fille de vouloir épouser un nègre. Monsieur Diène devrait dans tous les cas le savoir puisqu'il est lui-même sénégalais.

En réalité, ce monsieur qui porte sur nous ce jugement implacable ne connaît rien à la Suisse où il n'a fait que passer et où il a interviewé quelques pontes dont papa Blocher et consulté quelques affiches électorales qu'il a déclarées populistes. Vous avez remarqué qu'une votation populaire, l'expression est officielle, lorsqu'elle déplaît à certains, devient populiste, vouant ainsi à l'opprobre ceux qui l'acceptent. Monsieur Diène aurait pu se mêler aux conversations privées, consulter des citoyens lambda. Il aurait pu me demander mon avis ou celui de mes voisins de palier, un Australien qui a épousé une Française et avec qui je m'entends très bien ;  ou encore les locataires du cinquième qui viennent de la Subsaharie et dont le teint est différent du mien. Nous nous saluons aimablement en attendant l'ascenseur.

Alors non ! je ne suis pas raciste. J'aime le café turc, la salade russe, le gazpacho andalou et l'été indien, c'est dire.

Dès lors, ses jugements à l'emporte-confetti, monsieur Diène est prié de se les garder pour lui, avec son mouchoir dessus.

 
 

Elle est à toi, cette chanson, toi l'étranger... (Brassens)

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