18/03/2016

L'HOMME À LA MITRAILLETTE

Tel matin à sept heures quarante, je me branchais sur la Radio Romande.C'est l'heure ou un journaliste s'entretient avec un invité sur un sujet d'actualité. Ça peut être intéressant, selon ce qui est traité. Il faut cependant accepter que le journaliste parle à une vitesse telle que ses propos sont difficiles à suivre, tout se passe comme si sesphrasesn'étaientséparéesparaucunevirguleaucuneres-
pirationetsedéroulaientcommeuntorrenttumultueuxquerienn'arrête. Or, ce matin-là, il avait trouvé son maître, son interlocuteur avait le même débit monstrueux. C'était à qui parlerait le plus vite, on avait affaire à deux mitraillettes. Ce qui fait qu'après quelques minutes d'un débat inécoutable, j'ai fermé le poste, me privant ainsi peut-être de l'essentiel.

Quelques jours plus tard, masochiste à mes heures, je rouvris le poste pour un nouveau débat. Ce matin-là, le paysage avait changé d'aspect. L'invité était Dick Marty, personnage considérable, procureur au Tessin, conseiller aux États et au Conseil de l'Europe, bref, une pointure. Et voilà que cet homme qui a sur bien des sujets beaucoup à dire sait les dires d'un débit modéré (je ne parle même pas de la maîtrise du français de cet italophone), ce débit que tout homme intelligent devrait avoir, et, face à notre homme à la mitraillette, il nous proposait des choses sensées qui nous font croire un court instant que nous sommes nous-mêmes intelligents. J'ai écouté jusqu'au bout cette fois.

Je suis toujours étonné de la pauvreté de la diction des journalistes, présentateurs (et -trices) de la radio. Il y a par exemple sur France Musique une dame dont l'articulation est si foireuse qu'on ne la comprend absolument pas. Le nom du morceau qu'on venait d'entendre et celui du compositeur, tout ça passe à l'as. Frustration.

On me dit que les radios fourmillent de directeurs aux attributs divers. Il devrait bien s'en trouver un qui s'occupe de ce problème et qui convoquerait les collaborateurs aux prestations critiquables.

— Monsieur, je vous ai fait venir pour vous dire que vous êtes un excellent journaliste. 

— Merci, monsieur le directeur. 

— Que vous maîtrisez les dossiers, que vous savez passer de l'enfance malheureuse aux problèmes du Moyen-Orient ou à la crise du yen avec aisance. Sauf que votre diction est démentielle. Vous boulez vos textes au point qu'on a peine à vous comprendre. C'est à quoi nous allons remédier. Je vous garde à cette condition que vous alliez apprendre le b-a-ba de l'émission vocale. Il y a pour ça des logopédistes, des acteurs, qui vous expliqueront ce que vous faites faux. Je veux des résultats dans disons six semaines déjà. Faute de quoi, il faudra voir un psy. Vous pouvez disposer.

En réalité, ces messieurs (et dames ?) sont indifférents à ce qui sort du poste et comment ça sort. Ils font leur l'axiome de Marshall McLuhan, The medium is the message. Soit : peu importe ce qui est dit, pourvu que quelque chose soit dit. Qu'il y ait une voix qu'on entende, un appareil qui fonctionne, il n'est pas nécessaire d'écouter.

 

 

Ils ont des oreilles mais ils n'entendent point. (Jérémie 5, 21)

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Commentaires

S'il ne s'agissait que du débit ! Pour certains journalistes, leurs connaissances de la langue française est tellement consternante que je m'imagine parfois avoir participé à la rédaction du Petit Robert...

Quelques exemples ?

La géolière (sic)
Les dernières vingt-quatre heures
confusion en points et pourcents
basé - Comme si la vie militaire avait pris le pas sur tout le reste.

Bref, il n'y a pas que le tempo qui laisse à désirer, les fausses notes sont également courantes.

Écrit par : Michel Sommer | 18/03/2016

"Sauf que votre diction est démentielle." Quelqu'un devrait le dire à cette malheureuse Isabelle Moret, vice-présidente du PLR suisse. Une vraie catastrophe...
On dit que Margaret Thatcher n'avait aucun succès. quelqu'un lui a donné l'adresse d'un spécialiste de la diction et elle a eu le parcours que l'on sait. Mais je doute que ce soit possible pour la malheureuse ci-dessus, son cas est trop grave...

Écrit par : Géo | 18/03/2016

Moi j'apprécie un débit rapide D'ailleurs la diction de ces gens me paraît bien plus que correcte. En fait, j'ai bien du plaisir à suivre ces entretiens et débats.

Écrit par : Machin | 18/03/2016

C'est parce que votre français et votre culture générale sont aussi nuls que ces gens, Machin-plouf...

Écrit par : Géo | 18/03/2016

C`est peut-etre parce`que, de nos jours, on a tendance a réfléchir en meme temps que l`on parle et non pas avant. Cela donne beaucoup de matiere mais aussi beaucoup de bruit. Le bon coté de la chose est la convivialité et la spontanéité qui empeche les casse-pieds de pontifier et de faire des grandes phrases soporifiques; en contrepartie, parfois, une certaine superficialité de la pensée.

Écrit par : jean murat | 19/03/2016

Comme quoi, il est préférable de s'exprimer par écrit ...

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 19/03/2016

S'exprimer par écrit, M. d'Hôtaux ? Oui, certes. Mais quand je lis, par exemple, qu'en fumant, nous avons 3 CHANCES sur 5 d'être victimes d'un cancer, je m'interroge !
Tout comme je m'interroge lorsque les journalistes sportifs affirment sans broncher que l'équipe suisse de football RISQUE de gagner.

Si j'ai bien compris, il vaut mieux être victime d'un cancer que de gagner un match de football.

O tempora, o mores

Écrit par : Michel Sommer | 20/03/2016

@ Michel Sommer,

On est certes pas plus à l'abri des fautes de syntaxe à l'écrit qu'à l'oral, mais pour les fautes d'orthographe c'est autre chose, l'oral les ignore ...

Dans mon commentaire, je faisais allusion au débit intense de parole dont parle notre hôte dans son billet.
Mon élocution ne me permettrait sans doute pas d'être un bon journaliste de radio ou de TV. Je me garderai donc de les critiquer sur ce plan-là. Pour l'écrit le talent me fait défaut. Toutefois dans les deux cas ce qui me dérange le plus ce sont les approximations, voire les erreurs factuelles flagrantes que je relève. Je constate malheureusement que certains journalistes ne maîtrisent tout simplement pas le sujet qu'ils prétendent traiter. Est-ce un manque de rigueur, un manque de connaissances des sujets traités ou plutôt le manque de temps pour pondre un article ? Car j'imagine qu'il doit y avoir des pressions énormes exercées par les rédacteurs en chef sur leurs équipes, surtout lorsque l'actualité l'exige, ceci sans parler de la concurrence entre les médias.

Pour la petite histoire, je ne fume plus depuis 35 ans, donc mes CHANCES de mourir d'un cancer des poumons partent en fumée si je puis dire. Tant pis pour moi ...

Quant à mon intérêt pour le football spectacle, il dépend beaucoup des inepties de Christian Constantin, telles qu'elles nous sont rapportées par cette même presse. Il va de soi qu'avec de tels propos je ne RISQUE pas de m'attirer la sympathie des Valaisans, nombreux à fréquenter ce site ...

On vit une époque formidable !

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 20/03/2016

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