03/07/2016

DE BELLO ADJECTIVORUM

Dans une précédente chronique (La laïcité...), j'écrivais que le mot laïcité n'avait pas besoin d'adjectifs, qu'il se suffisait à lui-même. Mais voilà-t-il pas que l'écrivain et philosophe Jean Romain embouche la même trompette. Dans un débat avec l'indestructible Hani Ramadan, il déclare que « dès qu'on ajoute un adjectif à laïcité, c'est un piège ».

Me trouver sur la même longueur d'onde, avec les mêmes mots que Jean Romain dont j'admire les positions lucides m'a fait chaud au cœur. Nous nous trouvons, avec d'autres, en face d'un adversaire qui a bien la foi, mais il l'a mauvaise. Il veut nous empêtrer dans une laïcité fumeuse qui nous propose justement un adjectif sauveur, la laïcité inclusive, relevant, je cite, « de l'esprit de Genève ». Il faut le rappeler, l'esprit de Genève, dans l'esprit des créateurs de la formule, c'est Calvin (hmm !) Rousseau (re-hmm !) et Henri Dunant. Que H.R. se réfère à l'esprit de Genève fait venir chez moi un commencement de mouvement des commissures, mais qui va s'accentuer lorsqu'il fait appel à la Déclaration des droits de l'homme. Je rigole, douloureusement, car s'il y a un système (abusivement classé 'religion') dont il est le héraut à Genève, qui s'assied sur la DDH à l'occidentale, c'est bien l'islam, qui propose une version islamique de ces mêmes droits (le texte en est ahurissant).

On peut imaginer que le vœu le plus cher de H.R. serait que la Suisse adhérât à cette déclaration islamique, mais comme cela n'est pour l'instant pas possible, il se contente de ce que Strasbourg lui offre. Et de se réclamer de l'article 18 qui donne licence à chacun de manifester sa foi, même en public, avec le déguisement de son choix. À quoi Jean Romain rétorque que « l'idée de laïcité impose une retenue dans l'affirmation des signes convictionnels de la religion ». C'est l'évidence même. Je le répète ici, on n'affiche ni ses convictions politiques (pas de salut hitlérien, même si vous en avez envie), ni ses orientations sexuelles, ni, surtout, ses convictions religieuses. Je me répète ? Parce que c'est utile. Point.

À propos d'adjectifs, j'aimerais citer cette phrase de Clemenceau, qui fut également directeur de journal. Il rappelait à ses journalistes qu'une phrase, c'était un sujet, un verbe et un complément, Et il ajoutait, rigolard : « si vous avez besoin d'un adjectif, passez à mon bureau ».

 


Se non e vero, e ben trovato.

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Et s'ils ont besoin d'infos qu'ils regarde cette vidéo:

https://youtu.be/ga-Jp5Wnqh8

Écrit par : Patoucha | 09/07/2016

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