22/09/2016

THOMANN, D'EXTRÊME DROITE !

Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également en leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.

Et ceci encore :

...et des esclaves nus tout imprégnés d'odeurs
Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes
Et dont l'unique soin était d'approfondir
Le douloureux secret qui me faisait languir.

Ces vers sublimes de Baudelaire, je n'ai pas été chercher dans mon édition des Fleurs du Mal, je les avais dans ma petite tête. Je les savais par cœur.

Or, voici qu'Oskar Freysinger, toujours lui, a demandé dans un de ses dérapages dont ses adversaires font leurs choux gras, que l'apprentissage par cœur soit repris (il avait été supprimé ?) et encouragé. Cette demande à laquelle je souscris évidemment devrait normalement faire l'unanimité. Elle est de bon sens. Mais non, il y a des voix discordantes qui voient d'abord dans toute parole d'O.F. une manifestation de l'extrême droite. Comme j'approuve cette démarche, cela me fait donc un suppôt de ce Satan-là. J'en prends mon parti.

Il faut cependant des arguments pour contrer cette proposition. Selon des spécialistes, apprendre par cœur surchargerait la mémoire. L'imbécillité de cet argument m'a rappelé un souvenir. J'étais adolescent et j'avais eu cette chance d'assister à deux des récitals de Wilhelm Backhaus qui donnait l'intégrale des sonates pour piano de Beethoven. Je ne sais pas si vous voyez ce que cela représente. Elles sont 32, la plus prodigieuse, la Hammerklavier, a une durée d'exécution de 45 minutes. Eh bien, notre homme jouait tout cela par cœur. Il devait en outre connaître également les cinq concertos et Pour Élise en plus. Sans parler d'autres compositeurs. Un vorace, je vous dis. Alors l'argument de la surcharge ne tient tout simplement pas. Dire que nous n'avons plus besoin d'apprendre par cœur parce que nous avons des ordinateurs qui nous donnent le renseignement immédiatement est une balourdise. Car ce que nos balourds oublient, c'est que nous apprenons tout par cœur naturellement à commencer par notre propre langue. L'enfant écoute les adultes, entend des mots, puis de phrases et se les approprie dans sa mémoire, selon ses dispositions, devenu adulte il enrichira ses acquisitions ad infinitum, il peut avoir un vocabulaire sans limites imposées.

Que ferions-nous sans ce par cœur ? Nous serions muets. Lorsque je salue quelqu'un en disant 'bonjour madame', c'est un truc qui sort tout seul, je n'ai pas besoin de sortir un calepin où je trouverais la formule.

On peut distinguer le par cœur nécessaire, son numéro de téléphone, le code de son immeuble, du par cœur simplement utile dans certains cas. Collégien, j'avais appris cette séquence : cesauticaclauné-galbovi-vestido. Keskeceksa ? C'est un moyen mnémotechnique pour se rappeler les douze premiers empereurs romains : César, Auguste, Tibère, Caligula, Claude, Néron, etc. Un bon moyen de se rappeler que Titus a succédé à Vespasien et non l'inverse.

Reste enfin le par cœur du plaisir, celui d'un poème qu'on a retenu et qui, remémoré, nous donne un moment d'émotion, car

apprendre par cœur demande un effort, certes,
mais savoir par cœur est une récompense.

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Commentaires

C'est comme vouloir remporter un marathon en restant dans son fauteuil en guise de préparation.

Écrit par : Charles | 22/09/2016

On est bien d'accord avec notre ami Thomann, c'est juste du bon sens. Je rencontre souvent d'anciens élèves que j'ai eu au collège et qui sont maintenant à l'université: en médecine et en droit par exemple, on leur demande un par coeur phénoménal. Ils en sont tout surpris au départ.

Bémol: on évitera cependant de soutenir les bienfaits de l'apprentissage par coeur pour ce qui concerne le Coran! On ne vise ici que le par coeur qui rend intelligent.

Écrit par : Christian | 22/09/2016

Votre démonstration est imparable !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 22/09/2016

Apprendre par coeur peut être utile, à condition, que cela serve réellement dans le quotidien. Plus jeune, j'ai eu une prof d'allemand qui nous imposait une récitation chaque semaine sur du vocabulaire différent. Ca me barbait tellement que j'avais toujours des 1 ou des 2 comme note! Apprendre des listes de mots pour les oublier deux semaines plus tard. Cela ne me servait à rien! Alors souvent ont avait un professeur qui nous donnait des trucs mnémotechnique pour mieux retenir des mots. Des astuces pour mémoriser des informations inutiles. Je ne sais pas si la démarche était intelligente.... J'en doute.

Écrit par : Riro | 22/09/2016

La mémoire, ça s'exerce, Riro. Et pour la plupart des gens, avoir une bonne mémoire est très utile...

Écrit par : Géo | 22/09/2016

Apprendre par cœur est une tâche ingrate et bien stérile si elle ne s’accompagne d’une puissante motivation. Vous trouvez vos vers sublimes. Voilà la véritable raison pour laquelle vous avez été capable de les retenir par cœur, même si vous pour cela vous avez du bûcher un peu. Même chose pour votre pianiste. Et aussi pour les exemples donnés par les commentateurs y compris celui du musulman fanatique qui voudrait réciter son « sublime » Koran.

Donc d’accord à condition de justifier pleinement son « utilité » à chaque cas. Autrement c’est une démarche bête. Apprendre la démonstration d’un théorème (en maths) par cœur sans en comprendre le sens ne vaut rien. Comprendre est non seulement bien mieux qu’apprendre par cœur mais aussi aide énormément à retenir les choses en mémoire.

Écrit par : Moshe | 22/09/2016

Apprendre par coeur ? Oui sans réserve !
Et cela prouve en outre que quel que soit le parti auquel les élus appartiennent, ils ne peuvent pas dire que des conn..ies.

Écrit par : Michel Sommer | 22/09/2016

Mais oui Moshe a raison: apprendre par coeur sans aucun objectif est absurde, sauf que c'est quand même l'entraînement et l'habitude qui forment aussi l'objectif de l'exercice. Le comédien sait par coeur son Avare ou son Misanthrope et il en tire un plaisir total, qu'il transmet aux spectateurs, sinon pourquoi serait-il comédien? Dans un autre registre, un étudiant qui passe ses examens ou un avocat pénaliste connaissent leur code pénal par coeur à force de l'avoir compulsé, et ils le consultent juste pour vérifier. Leur objectif est la maîtrise de leur sujet et la rapidité d'action. Ce sont ces gens-là qui seront toujours supérieurs à ceux qui ne comptent que sur la mémoire des ordinateurs, et ne gardent rien en tête. Suffit déjà que le PC tombe en panne et c'est la panique...

Écrit par : Christian | 23/09/2016

Après une longue carrière de prof d'Allemand, je ne ferai pas semblant d'ignorer que les élèves détestent apprendre le voc par cœur.
Il n'est pas non plus difficile de s'imaginer, qu' Outre-Sarine, les élèves alémaniques ont le même problème avec le français. Et en bonus, ils doivent se confronter douloureusement à l'orthographe, qui peut apparaître comme totalement arbitraire aux yeux des enfants habitués à davantage de "logique" et moins de lettres non-prononcées.
Je ne comprends pas bien, pourquoi l'apprentissage des mots d'une langue étrangère serait " sans objectif" ? A moins de se destiner à vivre sur son lieu d'origine et dans un périmètre assez restreint, on va être confronté à d'autres idiomes !
Ainsi, l'objectif de l'apprentissage par cœur ( ou la mémorisation, ce qui sonne tout de suite plus moderne et moins rébarbatif...) est au contraire assez limpide : arriver à comprendre une nouvelle langue et même : à la parler !
Le fait qu'on ait été obligé d'apprendre une certaine langue, plutôt qu'une autre ( plus simple) est un autre problème.
On ne peut imaginer communiquer en cherchant, sur Google traduction, chacun des mots qu'on voit, entend ou a besoin de prononcer.
Les didacticiens ont inventé de multiples stratagèmes pour rendre cet apprentissage moins rébarbatif et avec les nouvelles technologies, on arrive à des solutions relativement attractives.
De tout temps, des élèves ont cherché à éviter l'effort intellectuel. L'école doit se battre encore davantage de nos jours pour affirmer la pertinence de certains apprentissages, certes rébarbatifs, mais qui amènent en définitive une liberté et une maîtrise du monde réel.
On peut renoncer à apprendre le livret, en faire une acte de rébellion, mais suite à ça, on sera toujours tributaire d'une calculatrice et d'une panne de batterie. Ce n'est pas la fin du monde, mais je vois du sens dans le fait d'avoir appris mon voc dans plusieurs langues, le livret, la carte du monde en plus de celle de la Suisse, les capitales, des dates historiques.
Élève, j'ai pesté, comme tous mes camarades. Adulte, je ne renie pas l'intérêt de la chose.

Écrit par : Calendula | 23/09/2016

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