05/10/2016

AUX PETITS SOINS

Bien sûr que la ponction, pas lombaire, sur nos bourses, pas anatomiques, des cotisations de l'assurance-maladie va faire mal. Nous allons devoir payer un max pour nos soins médicaux et beaucoup de nos concitoyens vont la trouver abusive, voire saumâtre, et difficile à maîtriser.

Mais il y a un autre aspect que j'aimerais décrire. À la suite d'une petite alerte à ma santé, j'ai eu recours à des soins médicaux poussés. Je vous fais le film des événements. Constatant un symptôme un peu inquiétant, j'ai commencé par faire appel à SOS-médecins. Bien qu'ayant signalé qu'il ne agissait pas d'un cas urgent, je vis arriver un sauveur dans l'heure qui suivait mon appel. Après un premier examen, il décida qu'il ne pouvait rien faire d'immédiat et qu'il fallait que je sois reçu aux urgences, et qu'il s'occupait de mon transport, lequel eu lieu dans les minutes qui suivirent. Je n'en menais pas large.

Aux urgences, je fus reçu tout de suite avec amabilité et compétence, si bien que je n'ai pas eu à recourir à la violence, fréquente à ce qu'il paraît. Dès lors, un processus s'enclencha sur lequel je n'eus plus barre : prise de sang, radios, tout le toutim et résultat des courses : on vous garde (moi qui voulait le soir boire un verre avec des copains !). Et le lendemain, même garde à vue renforcée et la conclusion que j'étais bon pour des examens plus poussés mais qui auraient lieu dans un autre lieu, soit l'établissement des Trois-Chêne, qui est celui, mais le mot n'a jamais été prononcé, de la gériatrie. Eh oui, du haut (vertige !) de mes 87 ans dans quelques jours, je suis désormais passible de la gériatrie. Et là, j'ai vu des choses stupéfiantes.

D'abord une prise en charge minutieuse, efficace et qui me fit bien augurer de la suite. On s'occupait de moi, médicalement et avec une hospitalité trois-étoiles. Ayant l'œil ouvert, j'ai pu voir comment le personnel, médecins, infirmiers-ières, aide-soignantes, aides au ménage, faisaient leur boulot avec patience, bonne humeur et avec un sourire qui n'était pas de commande. Il y avait des patients qu'il fallait aider à prendre leur douche, à faire leur grosse commission, à nourrir à la main aidante, à ré-apprendre à marcher tant bien que mal, tout cela se faisait dans un élan d'humanité qui était à l'honneur de ceux qui le pratiquaient. On était dans ce qu'on appelle en anglais beyond the call of duty, soit plus que le strict devoir demandait. À preuve, je passais mes journées à lire (et à fumer sur le balcon*), profitant de l'été indien (je ne suis pas raciste, j'aime l'été indien). À l'heure des repas, quelqu'un me disait « Restez où vous êtes, je vous l'apporte ». J'étais choyé sans que je le demandasse. Si bien que lorsque je pus regagner mes aîtres, je regrettais presque ce séjour bienfaisant. Je précise, même si ça n'intéresse que moi et quelques proches qui me veulent encore du bien, que je suis sorti de là avec un bulletin de santé positif et que mes neurones répondent encore au doigt et à l'œil.

Ergo : nous sommes dans un système cher qui devrait mieux tenir compte de ceux qui peinent à y faire face, peut-être en s'inspirant de l'AVS, qui fait participer tout le monde et qui se soucie peu de faire le beurre des assureurs-maladie. On entend désormais des voix qui le demandent. J'y souscris. Car ce système, qui ne demande qu'à continuer à être viable, est un bon système. Il permet ce prolongement de la vie dans de bonnes conditions. Nous sommes nombreux à avoir cette scandaleuse volonté à ne pas vouloir mourir trop tôt. Surtout ceux qui pensent que l'enfer et le paradis sont des notions fumeuses. Comme dit le philosophe Comte-Sponville, l'éternité, c'est maintenant.

 

*À la pause, des infirmières peu soucieuses de leur propre santé, rauchen is tödlich, il fumo uccide !, venaient me rejoindre pour tirer sur leur clope et faire un brin de causette.

 


Et surtout la santé...

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Commentaires

Après ton passage historique aux Trois-Chênes, ils pourraient rebaptiser l'établissement "Aux Quatre-Chênes", non:-) ?

Longue et belle vie à toi, prince du "tongue-in-the-cheek" !

Écrit par : Jacques-André Widmer | 05/10/2016

Tant mieux que cette alerte n'ait été qu'une alerte et non une menace sur votre santé! Donc trop tard pour vous souhaiter une total rétablissement de manière à profiter encore très longtemps de votre sagesse!

Ceci dit je ne serai pas aussi élogieux que vous, en ce qui concerne certains soins, il est vrai dans un autre établissement public. Ce que j'y ai vu a été proprement scandaleux et a montré non seulement de l'incompétence, mais un total mépris des patients.

Écrit par : Charles | 06/10/2016

Heureux d'apprendre que mon ancien prof d'anglais est toujours en bonne santé et que sa plume est aussi alerte qu'à l'époque de ses chroniques théâtrales.
Christian Stalder

Écrit par : Stalder | 08/10/2016

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