09/12/2016

LA BONNE BOUFFE LA MALBOUFFE

On connaît ces trois questions philosophiques qui angoissent l'Homme depuis toujours : qui sommes-nous, où allons-nous et qu'est-ce qu'on bouffe à midi ?

Oui, qu'est ce qu'on mange, qu'est-ce qu'on a le droit de manger, qu'est-ce qu'on ne doit manger sous aucun prétexte ? N'y a-t-il pas un site Internet qui nous met en garde contre le danger de boire du lait ? Il y a aussi bien sûr les interdits religieux, nombreux et pas toujours justifiés, il y a notre goût personnel, nos moyens financiers, qui font qu'on doit se contenter des œufs de lump alors que nous aurions préféré le caviar. Puis il y a une sorte de diététique 'officielle' qui nous enjoint, nous somme, nous conjure de manger cinq (pas quatre, pas six) fruits et légumes par jour. Cette arithmétisation de notre nourriture a fait rire un quidam qui s'est exclamé : ils nous font rire, moi, à la troisième pastèque je cale.

On peut dire, je crois, que nous mangeons de nos jours de la façon la plus abominable qui soit. La faute en est à l'industrie (quel aveu !) alimentaire qui bourre nos assiettes de produits trop riches en graisses et en sucre qui les rendent attrayants mais qui provoquent nos suppléments de poids. Il s'agit de vendre toujours plus et de se faire du blé. Ces messieurs se défendent bec et ongles à Bruxelles pour qu'on ne mette nul obstacle à leur activité perverse.

Mais d'autre part, si on se donne la peine de bien choisir, nous mangeons également du végétal, du carné et du vineux de premier ordre, du goûteux et du sain, comme jamais. Le mérite en revient à des producteurs perfectionnistes, honnêtes, inventifs, découvreurs. Des exemples, que je prends d'abord du marché de Plainpalais, que je fréquente depuis toujours. Il y a là un maraîcher qui a décidé de faire ses propres endives, prêtes dès fin janvier et pour une durée limitée. Elles sont un peu ébouriffées, elles n'ont pas le galbe de top-modèle des endives importées, mais quelle saveur unique ! Les clients connaisseurs lui liquident sa récolte en moins de rien.

Un autre est fouineur. En plus de ses propres produits, il complète sa gamme en important ce qui lui paraît le plus tentant des autres pays. Il a par exemple, mais dépêchez-vous, saison limitée là aussi, de l'échalote grise, qui est bien le condiment le plus enthousiasmant à émincer dans une salade. Ou des racines de céleri, de l'oignon des Cévennes. Oui, il y a dans les Cévennes des producteurs d'oignons si succulents qu'on a envie de les croquer comme on ferait d'une pomme. Le choix est grand et chaque fois tentant.

Il y a encore le viandeux, la chair animale. Il fut un temps où le poulet était devenu immangeable, il sentait le poisson avec lequel on l'avait nourri. Mais il ne se vendait plus, le consommateur, s'il aimait le poisson, demandait qu'on le lui serve à part. Le poulet, désormais mieux nourri, est redevenu comestible. Itou le cochon. Je connais des charcutiers où le jambon est de première car venant de suidés en stabulation libre et dont la faim est apaisée par des mets choisis. Bon, il faut être chrétien ou athée pour en manger.

Et que dire du vin ? Jadis, et même naguère, le corbières était un pichtegorne bas-de-classe. Puis sont venus de jeunes (accent sur jeunes) vignerons 'qui en voulaient'. Ils décidèrent qu'il n'y avait pas de raisons de faire un vin médiocre quand on pouvait en faire un bon. Désormais, le corbières est devenu un vin dont j'ai toujours quelques bouteilles dans ma cave et qui est apprécié de ceux qui en boivent chez moi. Il faut préciser que les vignerons, de nos jours, ont fait des écoles viticulto-œnologiques et s'activent en connaissance scientifique du produit à obtenir. Je ne serais pas surpris si on me disait que nous buvons de meilleurs vins que Louis XIV. Il n'y a pas que le romanée-conti qu'on peut boire sur la planète-vin.

 


Échalote (grise ou non) : famille des amaryllidacées, espèce allium cepa. Ne me remerciez pas.

 

18:59 | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Il serait tout de même dommage de perdre de vue les deux autres grandes questions existentielles:

• Qui sommes-nous?
Réponse:
1) des omnivores;
2) des ovni morts en puissance.

• Où allons-nous?
Réponse:
1) à table;
2) à selle.

Écrit par : Mario Jelmini | 09/12/2016

Entièrement d'accord, mais nous ne devons pas devenir des omnivoraces, il faut de la mesure en toute chose.
Et puis, quand vous parlez de selle, je crois comprendre qu'il ne s'agit ni d'équitation ni de cyclisme.

Bon week-end à vous, Thomann

Écrit par : andré thomann | 10/12/2016

Quand vous passez à table vos pensees vont au moment d'aller à la selle? LOL de quoi vous couper l'appétit! Bon appétit quand même...... :)

Écrit par : Patoucha | 13/12/2016

Les commentaires sont fermés.