26/01/2017

UNE POLÉMIQUE, UNE !

Chez nos voisins français, la polémique fait partie du paysage, même qu'elle déborde quelquefois chez nous. La polémique a remplacé le débat, pour lequel ils ne sont pas doués. Lors d'un débat, au bout de trois minutes, ils parlent tous en même temps, sous la houlette impuissante du maître de jeu. Il me semble que nous sommes ici un peu plus raisonnables, ainsi, à Infrarouge, si on excepte les insupportables interruptions de Memerbachi, chacun a droit à la parole sans être immédiatement attaqué par un opposant.

Le débat, c'est l'échange civilisé, la polémique, c'est tout de suite la bagarre. L'étymologie de polémique, c'est 'polemos', la guerre en grec. On y va donc, au mieux, de son invective, au pire, de la castagne. Une des fréquentes victimes de polémique, c'est Éric Zemmour, dont on ne contre pas les arguments mais on les déclare sulfureux. Même qu'on voudrait carrément l'interdire de parole, ainsi la socialiste (quoi d'autre ?) Marie-Noëlle Lienemann qui déclare tout de go que Zemmour est une honte pour la France. C'est vrai, ma foi. Zemmour a tous les culots, il s'en prend à l'autorité, qu'elle soit de gauche ou de droite, il s'en prend à un imam qui se dit modéré et lui met le nez dans son caca, il dit le danger que représente l'islam mais le problème, c'est que ce qu'il dit est juste et qu'il s'appuie sur des faits et ça, c'est pas bien. Sous son tapis à lui, il n'y a pas de poussière. On comprend l'indignation de Lienemann et de tant d'autres.

Un des sujets de polémique m'a particulièrement intéressé, c'est celui où Zemmour demandait que les parents étrangers (il pensait évidemment aux musulmans arabes) baptisassent (bon, c'est peut-être pas le bon mot, il faudrait circonconcisassent) leur enfant avec un prénom de consonance française. Il se félicitait que ses propres parents ne lui eussent pas donné un prénom qui corresponde à sa religion (Zemmour est juif) tel que Aaron ou Ézéchiel. Son argument, c'est que si vous donnez un prénom français à votre enfant, vous entrez de plain-pied dans la culture de ce pays qui vous accueille et où vous avez l'intention de vous établir, et vous en adoptez les usages familiers.

Cela me paraît juste et me rappelle des souvenirs de mon enfance à Carouge. L'immigration d'alors n'était pas arabo-musulmane mais surtout italienne. L'épicier s'appelait Luccharini et le quincaillier Tagini. Pour les prénoms : mon camarade Camporini, c'était Jean-Pierre, Fasola, c'était Charles. La maman de Marti ne maîtrisait pas vraiment le français, on l'avait entendue dire 'je poudrais pas vous dire'. Mais elle n'avait pas pour autant appelé son fils Ruggiero, mon copain Marti, c'était Roger, bien sûr. Quant à mes propres parents, germanophones au départ, il ne leur serait pas venu à l'idée de me prénommer Hans ou Helmut. Nous étions tous, mes camarades et moi, 'carougeo-compatibles', rien ne nous distinguait de Gilbert Monnier, d'Albert Bocquet ou de Jacques Faroux. Nous vivions sans heurts. Y avait pas polémique.

 


Garçon, donnez-moi une carougeoise. (À l'époque, si je ne me trompe, trois décis de bière.)

 

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Commentaires

"(...) Infrarouge, si on excepte les insupportables interruptions de Memerbachi": que voilà une remarque judicieuse! D'autant plus insupportables, les sempiternelles interruptions de la mémère, que la solution se trouve dans son prénom: Et-s'-taire (et laisser parler les invités).

Écrit par : Mario Jelmini | 31/01/2017

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