20/03/2017

LA VALSE DES ÉTIQUETTES

Non, il ne s'agit pas ici d'épiciers supermalins ou de grandes surfaces qui voudraient nous enfumer. Je veux parler des étiquettes dont on affuble, dans un but pas toujours avouable, les hommes politiques et aussi les écrivains avec qui on n'est pas d'accord.

Il y a d'abord le positionnement des candidats à des élections. On veut nous faire croire que c'est important et précis. Oyez : il y a l'extrême-gauche, puis la gauche, le centre-gauche, le centre, le centre-droit, la droite et enfin l'extrême-droite, aussi appelée fascisme quand la bonne foi ne nous étouffe pas. Soit sept nuances possibles. On se soucie de savoir si Tartempoire est bien du centre-gauche comme il le prétend ou s'il ne pencherait pas carrément pour la gauche tout court, auquel cas il faudrait s'en méfier et lui préférer Tartempioche dont la position n'est pas ambiguë. On mesure ça sur des balances très précises, mais on a tout de même l'impression qu'on est dans les tons pastel où tout est délicieusement flou. Tout cela fait le bonheur et la crédibilité factice des politologues, qui prennent leur métier très au sérieux. Mais les blogueurs dans mon genre ont tendance à rigoler.

Mais où ça ne rigole plus, c'est lorsque du jugement qualitatif et somme toute inoffensif on passe à l'étiquette invective. Mon voisin blogueur Pascal Décaillet fait justement remarquer que le mot populiste, mot parfaitement honorable (et qui a donné son nom à un prix littéraire, le prix du roman populiste) est devenu péjoratif en peu de temps, à telle enseigne qu'une votation populaire, le terme officiel, devient populiste quand elle déplaît à certains. Dès lors, celui qui soutient certaines positions, on le traite de 'tribun populiste', et on a le droit de le comparer carrément à Hitler. C'est ce qui est arrivé récemment à Robert Ménard. Un énergumène, s'affublant du titre d'humoriste, a voulu le prénommer Adolphe. Indigné à juste titre, Ménard quitte le plateau sous les quolibets des politiquement corrects.

L'insulte suprême, celle qui devrait tuer, c'est dire que tel opposant, tel ennemi, est affligé d'un ego surdimensionné. Ménard a passé par là, évidemment. Mais aussi mon philosophe préféré, Michel Onfray, dont on peut critiquer les positions athées, ses virulentes charges contre les monothéismes (tous les monothéismes !), mais alors on discute, on tente de le contrer au moyen d'arguments convaincants s'il y en a, mais non, on parle, là aussi, de son ego démesuré. Certes, Onfray pratique beaucoup les interviews et les plateaux de la télévision et semble y prendre plaisir. Et alors ? Dans ses interventions, Onfray ne part pas sans biscuit, ce qu'il avance est étayé de textes, d'arguments imparables. Surtout, il a le sens de l'humour, ce qui est dévastateur pour ceux qui ne l'ont pas. D'où leur jugement en porte-à-faux. Il s'en remettra.

Même chose en Suisse. Oskar Freysinger a droit à toutes les étiquettes. Un journaliste français peu au courant de l'histoire récente lui demande si son parti, l'UDC, est d'extrême-droite, mais le ton indique que la phrase, d'interrogative devient affirmative. Il faut en finir avec cette qualification douteuse : l'extrême-droite, c'est les milices armées qui soutiennent une dictature, c'est une presse muselée, c'est les camps de concentration pour les opposants au régime. Oskar Freysinger, pas plus que Marine le Pen en France, ne demandent tout ça. Quant à l'accusation de populisme, on a vu supra ce qu'elle vaut. Mais accuser quelqu'un de la rage peut faire gagner des points lors d'une élection.

On l'a aussi taxé d'arrogance, ce que je n'ai pas remarqué en écoutant ses nombreuses interviews et apparitions sur les plateaux TV. Mais c'est vrai qu'il parle haut et fort, argumente solidement, et si on n'est pas d'accord, c'est le cas d'un très proche ami, on doit l'accepter comme un débatteur valable. Il arrive même à tenir tête à Tarik Ramadan, c'est dire. L'islam ne serait pas un peu d'extrême-droite ? Ne répondez pas tous à la fois.

 


Et ma coda traditionnelle cette fois ne va pas plaire aux imams :

Vox populi, vox Dei. (Proverbe latin, ou romain)

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Écrit par : norbert maendly | 20/03/2017

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