04/06/2017

LE MOT ET LA CHOSE

C'est chez nos voisins français une manie amusante et quelquefois irritante que cette idée que le mot vaut la chose, voire lui est supérieur et qu'il s'agit dès lors de s'attaquer au mot pour modifier une réalité déplaisante ou infamante.

Il y a trois méthodes employées, respectivement l'édulcoration, la modification et même la suppression dans les cas graves. D'abord l'euphémisme, la parole douce. J'en ai déjà parlé : le gendarme, dans sa perspicacité, a détecté un suspect. Mais dans sa taquetaquetique, il ne va pas l'arrêter mais l'interpeller (hep, vous là-bas !), puis ce suspect ne va pas être foutu au trou mais mis à la disposition de la justice. Des termes parlants de jadis ou même de naguère, on en est venu à une nunucherie qui fait qu'on ne sait plus très bien ce qui se passe. C'est voulu.

Ensuite on s'efforcera de changer le mot qui tue ou simplement qui croit-on fait vieillot. Ce sont les chefs qui décident. Ainsi, ceux de la SNCF, conscients de la nécessité de progrès, ont débaptisé le TGV qui s'appellera désormais l'INOUÏ. Ils ont dû manger beaucoup de poisson pour phosphorer de la sorte.

En politique même topo. Tant le FN que le parti socialiste envisagent de changer de nom. Histoire de se débarrasser de casseroles qui faisaient un insupportable tintamarre. Les électeurs suivront-ils ? Qui sait ?

La palme, si on devait en décerner une, reviendrait à ce politicien qui appelait de ses vœux une VIe République. Ils sont déjà à cinq mais apparemment, ça n'est pas suffisant. Il est clair que changer de numérotation, ça changerait tout.

On s'en voudrait de ne pas rappeler aux Français que notre Conseil fédéral n'a pas changé de nom depuis sa création en 1848, que le nombre de conseillers fédéraux depuis plus de cent cinquante ans ne dépasse que de peu la centaine, certains conseillers, n'ayant pas démérité, ayant tenu le poste quinze, vingt ans et plus.

Enfin, changer le mot peut se révéler faible. Dans certains cas, il faut carrément le supprimer. C'est ce que voulait le président Hollande (désormais ex-). Le mot, c'était 'race'. Il est évident que si on interdit le mot, là aussi, la chose disparaît. Les races n'existant plus, le racisme n'existe plus non plus. C'est aussi simple que ça. Moi, je n'y aurais pas pensé, il faut des grands esprits pour mettre le doigt sur un problème et tout de suite le résoudre.

En fait, il s'agit là tout au long de balourdises. Je n'emploie pas un mot plus dru, de peur de me faire moi aussi interpeller.

 


Madame, quel est votre mot
Et sur le mot et sur la chose ?
On vous a souvent dit le mot,
On vous a souvent fait la chose.
(Abbé de l'Attaignant, célèbre poète obscur)

08:30 | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | | |

Commentaires

"notre Conseil fédéral n'a pas changé de nom depuis sa création en 1848"
Mais depuis quelques années nos Conseillers fédéraux ou d'Etat, ainsi que quelques autres responsables de départements divers sont devenus des "ministres" sous la plume de la plupart des journalistes. Il est vrai que cela fait plus court, tout en faisant plus français (de France).

Écrit par : Mère-Grand | 04/06/2017

'INOUÏ?

Oui! C'est INOUÏ que de laisser sa voiture pour le TGV......

Écrit par : Patoucha | 04/06/2017

Benoîts commentateurs,
Je dois me répéter: les commentaires qui forment des blocs qui vont jusqu'à cinquante lignes sans alinéas ne sont pas acceptés. Ils sont pénibles aux lecteurs, dont je suis le premier. a bon entendeur...

Écrit par : andré thomann | 04/06/2017

Mon cher André, Il faut que tu saches qu'il ne sied pas ce vitupérer contre tes commentateurs auteurs de textes "qui forment des blocs qui vont jusqu'à cinquante lignes sans alinéas". Ces pauvres n'y sont pour rien ! Essaie de pondre toi même un texte de 30 lignes et tu verras pourquoi il est impossible de créer des alinéas. Les coupables en sont les informaticiens ! Rendons à César... Je m'arrête ici (sans alinéas !) par crainte de déclencher ton courroux:-) !

Écrit par : Jacques-Andre WIDMER | 05/06/2017

Qu'est ce que tu me chantes là, c't ami? Il n'y a pas de malédiction informatique, dans mon dernier blog, il y a justement trente lignes que j'ai aérées en huit paragraphes pour en rendre la lecture plus agréable. Ce que j'ai pu faire sans difficulté. les commentateurs le peuvent aussi.
Et puis il y a la longueur. Je reçois des blocs immenses où il y a des répétitions inutiles. Certains n'arrivent pas à se discipliner. Faut-il une nouvelle fois répéter que'brevity is the soul of wit' (Polonius, dans Hamlet)?
Quant à courroux, il me paraît exagéré. Je ne suis en colère contre personne. Parlons plutôt d'irritation, ce qui, dans l'échelle des passions, se situe à un degré bien inférieur.
Bien à toi, André

Écrit par : andré thomann | 05/06/2017

mais? professeur Thomann, ne parlez-vous de choux et de ses mutants, les brocolis?

le chiffre V ou suivant de la République française, n'est que le cadre constitutionnel qui en régit ses institutions - et depuis de Gaulle qui a lancé la Ve, le cadre constitutionnel de la Ve a de facto explosé sous les dérives d'application par ses présidents successifs. A l'heure actuelle, un bipartisme, explosé, équilibre des pouvoirs non prévu via bipartisme par le cadre de la Ve.

On a quand même du "réviser" notre constitution plusieurs fois depuis le pacte de 1291

et le refus d'application des votations de février 2014 à Berne est une étape cruciale, malheureuse et charnière, qui va nous obliger à plus ou moins brève échéance, à une nouvelle révision

pour le bizness Euro-mondio-compatible de notre constitution fédérale,
à craindre, le contre-sens des fondements de l'Helvétie confédérale.

Pas marrant mais sur le tapis roulant, ce chapitre constitutionnel.
Tchüss à tous, A ciaò et bonsoir, Monsieur André Thomann

Écrit par : divergente | 07/06/2017

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