29/06/2017

UNE VÉRITABLE BOUCHERIE

Le clitoris, comme chacun sait, ou devrait savoir, est un organe du sexe féminin qui procure aux dames des sensations agréables. Si elles (mais aussi eux !) savent s'en servir. Les civilisations douces ne s'en occupent pas. Mais les civilisations brutales n'ont qu'une idée, en faire l'ablation partielle ou même totale. La raison est simple, il s'agit de faire disparaître ces sensations agréables pour éviter qu'elles n'incitent les femmes, déjà dévergondées par nature, à aller voir ailleurs si d'autres que leur mari auraient autant ou mieux à leur offrir. En un mot, éviter qu'elles ne deviennent des salopes.

C'est un raisonnement d'une parfaite logique, mais qui ne fait pas l'affaire des petites filles de six à huit ans soumises à ce cruel charcutage. Outre l'effroyable douleur pendant l'opération, outre les séquelles durables, difficultés de la miction et lors des règles, douleurs pendant le coït (dont le mâle se fout), il peut arriver que la fillette meure de septicémie à cause d'un rasoir (on opère à la gillette !) plein 'd'impuretés'.

Cette coutume peut avoir des raisons religieuses. Ainsi, Tarik Ramadan vient de s'exprimer sur le sujet. À l'en croire (et pourquoi ne croirait-on pas ce bon docteur ?) l'excision est une tradition de l'islam. Au moins là, il ne dit pas 'c'est pas l'islam'. Elle peut cependant se discuter, entre 'savants' musulmans. Je rappelle ici que savant ici ne veut pas dire scientifique, comme Darwin, Marie Curie ou Humboldt, non, il s'agit de barbus qui font l'exégèse du Coran et des hadiths. Tarik Ramadan, par exemple, est un savant. Il demande justement qu'on discute la chose, car il y a des savants qui seraient opposés à l'opération. Mais attention, précise-t-il, la discussion doit se faire entre musulmans, il ne saurait être question que des mécréants, malintentionnés par essence, s'immisçassent au débat. Des mécréants prétendant insidieusement agir pour défendre les fillettes.

Dans son intervention vidéo de quelque six minutes, on n'a pas entendu une fois T.R. clamer haut et fort (comme il sait le faire souvent) que la clitoridectomie est un acte abominable, bien plus abominable que l'homosexualité par exemple. Pas plus qu'il n'a dit qu'il faut soutenir ceux qui luttent pour son abolition. Avec son frère Hani, lui incapable de déclarer la lapidation barbare, on a affaire à deux personnages sans empathie aucune, et qui font peur.

L'islam qu'ils représentent, avec la mutilation des fillettes, la lapidation, les mécréants qu'on égorge, les homos qu'on jette du haut d'une tour, donne l'image d'une véritable boucherie. Comment les musulmans, ces êtres sensibles qui souffrent à la moindre caricature, supportent-ils tout ça ?

 


Faut qu'ça saigne... (Refrain des Joyeux Bouchers, Boris Vian)

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24/06/2017

DOCTOR LIVINGSTONE, I PRESUME

Ces quatre mots ont fait en son temps le tour de la planète, un peu comme 'alea jacta est' ou 'e pur si muove'. On les rencontre encore de nos jours, un ami que je n'avais pas vu depuis quelque temps venait m'en serrer cinq en disant 'Mr Thomann, I presume'. Et on riait de bon cœur.

Voici l'histoire : le missionnaire et médecin anglais Livingstone, parti en Afrique, n'avait pas donné de ses nouvelles depuis cinq ans. Un journaliste, Stanley, partit à sa recherche et le trouva au bord d'un lac africain. La rencontre Stanley-Livingstone donna lieu à ces mots devenus célèbres. Ils signifient : j'ai de fortes raisons de penser que je me trouve devant le docteur Livingstone, mais j'aimerais que vous me confirmiez la chose.

Mais au-delà de l'anecdote, le mot 'présume' (avec accent en français, mais même sens qu'en anglais) fait problème. Il est employé dans la langue des juges et on m'instruit qu'un prévenu est présumé innocent, même si les charges contre lui sont indiscutables, identité de la balle et du calibre de sa pétoire, sang de la victime sur ses vêtements, présence sur le lieu du crime, tant qu'il n'a pas été reconnu coupable devant un tribunal. Le voilà prévenu !

Sauf que dans la langue et l'observation de tous les jours, la perception est différente. Les policiers de Paris qui se sont fait caramboler leur véhicule par un terroriste n'ont eu aucune hésitation, étant donné le très flagrant délit, à le considérer comme coupable et à l'abattre. Mais malheur : si on s'en tient à la position des juges, ils ont peut-être abattu un innocent potentiel.

Un autre mot fait l'objet d'un usage discutable. Un quidam (qui d'autre ?) fait sauter une valise bourrée d'explosifs dans une gare de Bruxelles, sous les yeux des passants et de la police. On nous signale que le suspect a été mis hors d'état de nuire. Tu parles ! On n'a pas là affaire à un suspect, à quelqu'un dont on pourrait penser, mais on n'est pas sûr, qu'il a commis cette action, il serait l'objet d'un soupçon, pas plus. Ici, il y a des témoins oculaires qui disent qu'il a bel et bien commis cet attentat, il est donc, juges ou pas juges, coupable.

À cause de la crainte des journalistes de se voir traîner devant les tribunaux à cause d'un texte imprudent, on finit par avoir de l'incompétent quand ça n'est pas du risible.

 


Donnez-moi six lignes de l'écriture d'un homme et je me charge de le faire pendre. (Cardinal de Richelieu, mais on n'est pas sûr).

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18/06/2017

AVIS DE DÉCÈS

C'est avec stupéfaction et tristesse que j'ai appris la mort de Natacha Polony. Il ne s'agit bien sûr que de sa mort médiatique, mais c'est déjà beaucoup. Elle est heureusement bien vivante, ce qui réjouira ses admirateurs (dont je suis). Comment ne pas apprécier cette jeune femme lumineuse, cette intelligence qui jette sur la situation du moment un regard lucide et qui annonce, par la petite mèche qu'elle a sur le front, qu'elle est, comme ses cheveux, rebelle.

Plutôt que de vous parler de ce qui fait les qualités de N.P., ce qui serait trop long dans les limites que je me suis imposées, je vous invite à consulter le site 'Natacha Polony rebelle' et ensuite à cliquer sur 'Les journalistes tenus en laisse'. C'est un entretien d'une bonne heure, mais attention, ça n'est pas un pensum, c'est un déferlement d'intelligence, par quelqu'un qui suit son rythme (important !), qui se donne quelquefois le temps de réfléchir à sa réponse, qui ne profère rien qui n'ait été réfléchi.

N.P. a donc été éjectée, sans trop de ménagements, d'Europe 1, où elle tenait la revue de presse. Il est clair que si on se prive des services de quelqu'un dont le talent ne fait aucun doute, il y a une manipulation politique dans les coulisses. Deux explications sont alors possibles. Soit Europe 1, pour plaire au pouvoir, et on sait que les médias, surtout français, ont ce réflexe pusillanime, décide de se séparer de tout collaborateur qui aurait la mèche et le reste rebelle. Soit, c'est le pouvoir qui a fait pression sur la direction d'Europe 1. Vous voyez une autre explication ?

Dans les deux cas, il s'agit d'une atteinte à une démocratie bien conduite, et dans un pays où elle est déjà égrotante. Il faut se rappeler que la démocratie est, si on considère l'histoire de l'humanité, une toute jeune demoiselle, dans certains pays, elle est à peine nubile. L'éviction de N.P. est un danger dont on aimerait que les Français aient conscience. D'autant plus que si la démocratie peut être atteinte d'un virus, comme tout être vivant, rien ne nous dit que ce virus ne puisse pas se transmettre à des êtres vivants du voisinage. C'est fragile, la démocratie, même lorsqu'elle paraît solide comme la nôtre.

 


Vox clamantis in deserto (Évangile Mathieu, III, 3)

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