24/06/2017

DOCTOR LIVINGSTONE, I PRESUME

Ces quatre mots ont fait en son temps le tour de la planète, un peu comme 'alea jacta est' ou 'e pur si muove'. On les rencontre encore de nos jours, un ami que je n'avais pas vu depuis quelque temps venait m'en serrer cinq en disant 'Mr Thomann, I presume'. Et on riait de bon cœur.

Voici l'histoire : le missionnaire et médecin anglais Livingstone, parti en Afrique, n'avait pas donné de ses nouvelles depuis cinq ans. Un journaliste, Stanley, partit à sa recherche et le trouva au bord d'un lac africain. La rencontre Stanley-Livingstone donna lieu à ces mots devenus célèbres. Ils signifient : j'ai de fortes raisons de penser que je me trouve devant le docteur Livingstone, mais j'aimerais que vous me confirmiez la chose.

Mais au-delà de l'anecdote, le mot 'présume' (avec accent en français, mais même sens qu'en anglais) fait problème. Il est employé dans la langue des juges et on m'instruit qu'un prévenu est présumé innocent, même si les charges contre lui sont indiscutables, identité de la balle et du calibre de sa pétoire, sang de la victime sur ses vêtements, présence sur le lieu du crime, tant qu'il n'a pas été reconnu coupable devant un tribunal. Le voilà prévenu !

Sauf que dans la langue et l'observation de tous les jours, la perception est différente. Les policiers de Paris qui se sont fait caramboler leur véhicule par un terroriste n'ont eu aucune hésitation, étant donné le très flagrant délit, à le considérer comme coupable et à l'abattre. Mais malheur : si on s'en tient à la position des juges, ils ont peut-être abattu un innocent potentiel.

Un autre mot fait l'objet d'un usage discutable. Un quidam (qui d'autre ?) fait sauter une valise bourrée d'explosifs dans une gare de Bruxelles, sous les yeux des passants et de la police. On nous signale que le suspect a été mis hors d'état de nuire. Tu parles ! On n'a pas là affaire à un suspect, à quelqu'un dont on pourrait penser, mais on n'est pas sûr, qu'il a commis cette action, il serait l'objet d'un soupçon, pas plus. Ici, il y a des témoins oculaires qui disent qu'il a bel et bien commis cet attentat, il est donc, juges ou pas juges, coupable.

À cause de la crainte des journalistes de se voir traîner devant les tribunaux à cause d'un texte imprudent, on finit par avoir de l'incompétent quand ça n'est pas du risible.

 


Donnez-moi six lignes de l'écriture d'un homme et je me charge de le faire pendre. (Cardinal de Richelieu, mais on n'est pas sûr).

00:59 | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |

18/06/2017

AVIS DE DÉCÈS

C'est avec stupéfaction et tristesse que j'ai appris la mort de Natacha Polony. Il ne s'agit bien sûr que de sa mort médiatique, mais c'est déjà beaucoup. Elle est heureusement bien vivante, ce qui réjouira ses admirateurs (dont je suis). Comment ne pas apprécier cette jeune femme lumineuse, cette intelligence qui jette sur la situation du moment un regard lucide et qui annonce, par la petite mèche qu'elle a sur le front, qu'elle est, comme ses cheveux, rebelle.

Plutôt que de vous parler de ce qui fait les qualités de N.P., ce qui serait trop long dans les limites que je me suis imposées, je vous invite à consulter le site 'Natacha Polony rebelle' et ensuite à cliquer sur 'Les journalistes tenus en laisse'. C'est un entretien d'une bonne heure, mais attention, ça n'est pas un pensum, c'est un déferlement d'intelligence, par quelqu'un qui suit son rythme (important !), qui se donne quelquefois le temps de réfléchir à sa réponse, qui ne profère rien qui n'ait été réfléchi.

N.P. a donc été éjectée, sans trop de ménagements, d'Europe 1, où elle tenait la revue de presse. Il est clair que si on se prive des services de quelqu'un dont le talent ne fait aucun doute, il y a une manipulation politique dans les coulisses. Deux explications sont alors possibles. Soit Europe 1, pour plaire au pouvoir, et on sait que les médias, surtout français, ont ce réflexe pusillanime, décide de se séparer de tout collaborateur qui aurait la mèche et le reste rebelle. Soit, c'est le pouvoir qui a fait pression sur la direction d'Europe 1. Vous voyez une autre explication ?

Dans les deux cas, il s'agit d'une atteinte à une démocratie bien conduite, et dans un pays où elle est déjà égrotante. Il faut se rappeler que la démocratie est, si on considère l'histoire de l'humanité, une toute jeune demoiselle, dans certains pays, elle est à peine nubile. L'éviction de N.P. est un danger dont on aimerait que les Français aient conscience. D'autant plus que si la démocratie peut être atteinte d'un virus, comme tout être vivant, rien ne nous dit que ce virus ne puisse pas se transmettre à des êtres vivants du voisinage. C'est fragile, la démocratie, même lorsqu'elle paraît solide comme la nôtre.

 


Vox clamantis in deserto (Évangile Mathieu, III, 3)

10:37 | Lien permanent | Commentaires (21) | |  Facebook | | | |

10/06/2017

J'ÉCRIS TON NOM, LIBERTÉ

C'est toujours amusant mais un peu paradoxal d'entendre un musulman prendre la défense de la liberté d'expression. Cette fois, c'est H ani R amadan (Achère donc) qui s'y colle. Il se fend d'une conférence intitulée Non à la censure, oui à la liberté d'expression. Tout l'autorise dans notre système à nous de le faire, Achère se vautre dans nos privilèges démocratiques comme dans un lit douillet.

Mais si on réfléchit (et nous sommes plusieurs à le faire), on se dit que notre imam local ne manque pas d'aplomb en demandant une liberté qui n'existe pas dans le système, l'islam, dont il est un des valeureux adeptes. Je dis bien système et non pas religion, car pour l'islam, la religion est un faux nez destiné à tromper son monde et à cacher son caractère totalitaire et conquérant. L'islam, c'est deux parties, le dar al-islam, les pays bienheureux où il règne déjà, et le dar al-harb, ceux qu'il lui reste à conquérir. Achère a cette chance d'être en Suisse, territoire non encore islamisé. Il peut donc emboucher la trompette de la liberté totale.

Ce qu'il ne pourrait pas faire en pays musulman si j'en crois la Déclaration islamique des Droits de l'Homme (?) qui dans son article 22, premier alinéa, dit ceci :

Tout homme a droit d'exprimer son opinion pourvu qu'elle ne soit pas en contradiction avec les principes de la charia.

Autrement dit, il est prié de la boucler.

Faut dire qu'Achère a eu des difficultés en France où il a même été déclaré persona non (poil à) grata. Il a été empêché de donner des conférences (soporifiques) car on a pensé qu'elles pourraient troubler l'ordre public. Sancta simplicitas ! Achère est bien trop avisé pour exprimer en France des opinions qui pourraient fâcher. Depuis le refuge helvétique, en revanche, il ne se gêne pas. Il a récemment, avant l'élection présidentielle, adjuré les Français musulmans de 'bien' voter, en quoi il se mêlait de ce qui ne le regardait pas. C'est une ingérence inadmissible, comme serait celle d'un Français qui me dirait comment voter sur, disons, les minarets. Il est évident que s'il est conséquent avec lui-même, Achère appelle de ses vœux une France qui serait dar al-islam. Alors il n'aurait plus à donner de consignes de vote puisqu'il n'y aurait plus d'élections : on ne vote pas contre Allah. Et il pourrait vanter les mérites de son Prophète, en vouant au jeunes momies ceux qui ne partagent pas son admiration et qui seraient privés justement de cette liberté d'expression qui lui tient tant à cœur.

Pour l'heure, il manque de tact. Mais le tact, Achère ne semble pas connaître, comme le prouve cette visite dans une classe de notre Instruction publique dont il est pourtant tricard. On a tous nos défauts.

 


Liberté, j'écris ton nom. (Poème de Paul Éluard, écrit en 1942, sous l'Occupation.)

 

22:49 | Lien permanent | Commentaires (13) | |  Facebook | | | |