05/03/2018

Le « musée des civilisations de l’islam » ou l’attraction du vide

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Etant toujours hospitalisé mais en bonne voie de rétablissement, j'ai donné mon imprimatur à mon ami Christian Macherel afin d'alimenter quelque peu les populations en souffrance. Il a trouvé le moyen de se rendre à la Chaux-de-Fonds en plein hiver pour explorer le "musée des civilisations de l'islam" de l'inénarrable Nadia Karmous, qui y a pignon sur l'avenue Léopold-Robert -excusez du peu- avec la bénédiction des autorités politiques de la ville." A.T.


La Chaux-de-Fonds, cité de culture et d’industrie, possède depuis 2 ans un lieu étrange. Sur le fronton du superbe bâtiment art-déco, acheté et rénové à des coûts astronomiques, on lit qu’il y a là un musée dit des « civilisations de l’islam ». Cinq étages grandioses, vus de l’extérieur.

J’y ai visité pour la première fois de ma vie un musée sans objets, où l’on se promène dans un espace surprenant, parsemé d’écrans plats, de gadgets infantiles et de bornes numériques, un espace aseptisé qu’on veut nous faire apprivoiser par une architecture intérieure d’un luxe époustouflant, et par une muséologie sonore et visuelle propre à vous endormir debout. Esthétisme minimaliste soft, avec diffuseurs de senteurs, et dans votre casque audio des voix sucrées comme des loukoums qui vous guident vers le meilleur des mondes. On est dans Les Mille et Une Nuits.

Voilà pour l’enveloppe anesthésiante de cet ensemble vide. Reste à questionner le sens de cette vacuité financée par le Koweit et le Qatar.

Car il ne s’agit bien sûr pas d’un musée, mais d’une exposition high-tech à la gloire d’une religion qu’on vous présente comme l’alpha et l’oméga de l’humanité. A lire quelques commentaires du livre d’or, bien des gogos se laissent enfumer. Ils ne sont pas les seuls puisque les politiques de la ville, à majorité de gauche et d’extrême gauche, ont soutenu cette réalisation payée par des puissances du Golfe. On est loin de l’opium du peuple de Marx.

Mais passons au contenu.

Première surprise. L’exposition tient dans six petites salles, trois minuscules au rez et trois autres au sous-sol, à côté des toilettes. A vue de nez, un dixième du volume du bâtiment. Que cachent comme trésors les cinq étages supérieurs qui vous sont fermés? J’ai demandé, pas de réponse claire.

Allons-y pour la visite.

Dans la première salle du rez, l’audio-guide vous donne la clé  de tout le dispositif: avant 622 régnaient l’ignorance et l’erreur, la connaissance apparaît d’un coup avec Mahomet, puis se développe avec les savants musulmans. On connaît ce délire, mais est-il judicieux d’en faire la clé de voûte d’un musée qui se veut sérieux ?

Le visiteur lambda ignore peut-être que les savants de la science musulmane -un oxymore- n’ont rien à voir avec nos physiciens, nos paléontologues ou nos professeurs de l’EPFL Ce sont des théologiens et des politiques spécialistes de l’interprétation du Livre, puis de l’interprétation de l’interprétation et ainsi de suite à l’infini. C’est d’ailleurs ce que nous explique la salle 3 : si vous savez le lire, car il y a 7 niveaux de lecture pour chaque sourate, toute la science se trouve déjà dans le Coran. L’islam, combien de Nobel déjà ?

On apprendra dans la dernière salle, au sous-sol, que cette connaissance du Livre atteindra bientôt la Terre entière et que nous vivrons tous en paix. Au passage, on vous rappelle que l’islam arrive après les deux premiers monothéismes et après les polythéismes, les ennemis de toujours. Pour ce qui est advenu avant le prophète, c’est donc tabula rasa.

Nos étudiants seront ravis d’apprendre que leurs professeurs leur racontent n’importe quoi : en fait, Thalès, Pythagore, Euclide, Ptolémée et compagnie sont des nazes, les Sumériens et les Egyptiens des nuls, les ingénieurs et les architectes de l’Empire romain tous des incapables, Hamourabi un pauvre juriste de la Mésopotamie profonde, Epicure et Lucrèce des athées de la pire espèce.

Et pourtant. L’astronome grec Eratosthène par exemple, à qui Galilée rendra hommage, démontre vers 200 avant JC que la Terre est une sphère qui tourne autour du soleil. A l’aide de son gnomon et de la géométrie il en calcule même la circonférence avec une précision remarquable.

Neuf siècles plus tard, dans le Coran, la Terre est plate et immobile, « comme un tapis » précise une sourate. Elle l’est toujours, puisque le Coran énonce la vérité définitive. L’astrophysicien ( !) saoudien Azis Ibn Baz, grand mufti d’Arabie, président de l’université de Médine et récipiendaire du Prix du roi Fayçal en 1982, écrit dans son recueil « Fatwas de la famille musulmane » édité en français en 2009 aux éditions Al-Madina et disponible sur Amazon : « La terre est plate, celui qui déclare qu’elle est sphérique est un athée méritant une punition. » On n’arrête pas le progrès.

Poursuivons la visite.

Nous sommes devant la section des humanités de la salle 4. On nous explique la transmission des savoirs anciens et les traductions, l’âge d’or de l’islam en Espagne, appellation contrôlée. C’est une duperie pour grands naïfs: le visiteur est amené à confondre arabes et musulmans, invention et transmission, science et religion, raison et croyance. Pour preuve, cet étonnant mur-bibliothèque où dans des encoches sont placés une quinzaine de livres qu’on peut consulter : Aristote, Porphyre, Euclide ou Galien en édition bilingue des Belles-Lettres, et parmi ces monuments de l’héritage classique, tiens mais quelle surprise, pas moins de trois éditions du Coran en français. Allez savoir pourquoi.

J’espérais trouver dans cette salle une référence au grand Averroès, philosophe et médecin. Néant sur le plus fameux représentant de cet âge d’or de l’Andalousie, banni pour hérésie et exilé en Afrique. Tentons une explication : il est à l’islam ce que Spinoza est au judaïsme, un libre-penseur brillant et progressiste.

Sur Naghib Mahfouz, le Nobel de littérature égyptien de 1986, rien. Normal, c’était un mécréant. Il a d’ailleurs été poignardé par un islamiste pour ses positions pacifistes et laïques. Sur les grands auteurs actuels, rien non plus. Normal, on ne va quand même pas rappeler ici que la tête de Salman Rushdie est toujours mise à prix.

Venons-en au terme « civilisation » puisque tel est l’objet de ce prétendu musée. Il y aurait donc plusieurs civilisations de l’islam.

Je m’attendais à les découvrir dans leur variété et leur spécificité, comme on peut le faire avec les collections du British ou du Louvre: l’Asie n’est pas l’Afrique, la Perse n’est pas l’Indonésie, l’empire ottoman n’est pas l’Egypte, qui ne sont pas le Maroc, la Tunisie, l’Arabie Saoudite, le Mali etc. Ici, aucune différenciation n’est exposée. Rien sur les cultures, les langues, les moeurs, forcément très dissemblables d’un bout à l’autre des continents. Aucune perspective historique, anthropologique ou ethnologique. Rien sur les femmes, cela va de soi. Rien sur les organisations politiques, les conquêtes et la charia, ce serait gênant pour ces occidentaux qui s’effraient un peu vite.

Il n’y a en réalité qu’un bloc monolithique, l’oumma, qui apparaît dans la dernière salle, celle des vidéos du futur où le monde est devenu musulman. Houellebecq et Huntington auraient-ils vu juste ? On y voit sur d’immenses écrans des garçons et des filles grandeur nature « issus de la diversité » contemporaine nous inviter à les rejoindre, car nous sommes tous frères et sœurs. Enfin surtout frères…musulmans.

Voilà, le visiteur a terminé son parcours initiatique et incantatoire. Il n’a vu ni musée, ni civilisations, puisqu’il n’y en a pas. Ce qu’il a vu et entendu, c’est une puissance de séduction et un discours de marketing qui rappellent immanquablement frère Tariq, un proche de la directrice Karmous qui vient d’en faire son héros persécuté.

Christian Macherel

 

(N.B. : André Thomann n'ayant actuellement pas accès à son PC habituel, il n'est pas en mesure de traiter vos éventuels commentaires dont il ne prendra connaissance qu'à son retour de convalescence. Merci de votre compréhension.)

 

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Commentaires

Merci!

Écrit par : norbert maendly | 05/03/2018

Tous mes voeux de rétablissement rapide, M. Thomann. Vous me manquez. Mais bravo à M. Macherel pour son compte rendu lucide sur le MUCIVI, que l'on devrait plutôt appeler Musée des civilisations anéanties par l'islam.

Écrit par : Laurence | 05/03/2018

Ouf! Enfin de vos nouvelles!

Je passais éteindre quand j'ai vu ce billet mais pas le temps de le lire... :)

Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter un prompt rétablissement!

À bientôt!

Écrit par : Patoucha | 06/03/2018

Du tout grand Macherel. Merci pour ce grand moment de ma journée.

Écrit par : Pierre Jenni | 06/03/2018

Pour les musulmans il n'y pas eu de civilisations importante avant l'islam dans les pays où est né l'islam, alors que tous ses pays étaient soit juifs soit chrétiens soit les deux! En arabie saoudite on trouve des croix partout dans les fouilles archéologiques! Le site de "l'ISESCO" est aussi très explicité!

Écrit par : dominique degoumois | 06/03/2018

C'est quoi, ce caprice de maladie ? Et je vois qu'on en profite pour faire suer le burnous d'autres plumitifs ingambes ! Reviens-nous vite pour semer ton exquis venin enrobé de sucreries aigres-douces. Comme jadis à Carrefour dans tes facétieux commentaires pour la télé suisse romande. A propos, t'as pas oublié de payer ton BILLAG et de voter comme il faut ? Prends ton lit et...écris !

Écrit par : jaw | 07/03/2018

Un grand bravo à vous M. Macherel. Tout est dit sur ce pseudo-musée, qui est la honte de notre ville, et ce gràce à nos politiques vendus. Ce n'est rien d'autre qu'une usine à propagande.

Et quid de la section de ce dit musée sur la traite arabo-musulmane?

http://afrikhepri.org/afrique-traite-negriere-par-les-arabes-verite-cachee/

et sur les divisions SS musulmanes?

https://fr.wikipedia.org/wiki/13e_division_de_montagne_de_la_Waffen_SS_Handschar

https://fr.wikipedia.org/wiki/23e_division_SS_de_montagne_Kama

créées par Mohammed_Amin al-Husseini et Hitler. Après la guerre, le premier fut caché et protégé entre autres par le grand père de ce "cher" Tariq R.

"Son passif pro-nazi ne l'a pas transformé en un paria après la guerre. A son retour dans le monde arabe, en Égypte à l'été 1946, il a été salué par les masses en tant qu' héros. Abdul Rahman Hassan Azzam, secrétaire général de la Ligue arabe, a persuadé les gouvernements occidentaux de ne pas le poursuivre pour crimes de guerre40. Selon Jeffrey Herf, pour son clan et son parti politique, le Parti arabe palestinien, ses activités durant la guerre « étaient une source de fierté et pas de honte


https://fr.wikipedia.org/wiki/Mohammed_Amin_al-Husseini

Voici aussi un livre qui devrait vous intéresser si vous ne le connaissez pas déjà:

https://www.amazon.fr/Aristote-mont-Saint-Michel-grecques-chr%C3%A9tienne/dp/2020965410

PS: Transmettez nos plus chaleureux voeux de prompt rétablissement à notre si cher M. Thorman.

Écrit par : Alain B. | 07/03/2018

Merci pour ce billet, magnifiquement rédigé.

Écrit par : Mario Jelmini | 07/03/2018

C'est peut-être l'intérieur d'un cerveau reproduit en réalité virtuelle.

Écrit par : Mère-Grand | 09/03/2018

Les commentaires sont fermés.