02/01/2019

MAUVAISE LANGUE

Voilà-t-il pas que me fais asticoter, que dis-je houspiller, tarabuster, les synonymes ne manquent pas, parce que j’ai admis l‘emploi du mot ‘écrivaine’ comme féminin d’écrivain, mais je persiste et signe : ce mot est on ne peut plus acceptable même si certains ont crié que c’était une horreur et que je ne respectais pas la langue française.

Le problème du français, c’est qu’il n’est pas une langue très riche ni très malléable. À preuve le constant recours aux anglicismes en pensant qu’il n’y a pas d’équivalent français. C’te blague ! Un des derniers épisodes, risible, de cette anglomanie, c’est l’emploi de ‘fake news’. C’était dans la bouche de tout le monde, plus ou moins bien prononcé. Si bien qu’il y eut une réaction. Une commission pour l’enrichissement de la langue française (paraît que ça existe) a décidé de frapper un grand coup. Après plusieurs fausses couches, elle a accouché d’un petit monstre : infox, mot-valise comprenant information et intoxication. Ils ont dû manger beaucoup de poisson pour phosphorer de la sorte. Surtout qu’ils n’ont pas réfléchi avant et découvert qu’un mot français existe déjà pour traduire fake news. Vous allez être stupéfait de l’apprendre, c’est le mot mensonge. Ben oui. Un mensonge, c’est une fausse information destinée à intoxiquer celui auquel elle est destinée, donc infox est inutile.

À cela s’ajoute l’inadmissible soumission des Français au mot. Elle se traduit dans les dictionnaires. Ceux des langues que je connais passablement l’anglais et l’allemand sont informatifs, on les consulte pour connaître le sens d’un mot, un dictionnaire français est normatif, il nous signale qu’on a désormais le droit d’utiliser un mot, qu’on est dans la norme. D’où la remarque qu’on me fait quelquefois : ce mot n’existe pas alors que je viens de lui donner vie en le prononçant. Ce que veut dire mon interlocuteur, c’est que le mot n’est pas dans le Larousse ou le Robert.

Le Larousse fait l’objet d’un véritable culte. Quand paraît celui de l’année, en octobre je crois, on se précipite pour savoir quel mot on va pouvoir utiliser désormais. Ni les Anglais, ni les Allemands n’ont cette fièvre. L'anglais est suffisamment riche par sa double origine française et allemande, lisez normande et saxonne. Un paysan élève un ox (allemand Ochs) mais la bête arrivée sur la table du seigneur normand devient beef. Même chose pour calf (Kalb) et veal.

Quant à l’allemand, il se permet de faire n’importe quoi. Si j’écris :

Vierwaldstätterseesdampfschiffahrtsgesellschaftsverwaltungsratspräsidentswitwe* (la veuve du...) mon correcteur me fera de gros yeux mais le lecteur n’y verra pas malice.

L’allemand a en outre les préfixes qui doublent sa capacité. C’est hérité du grec qui a l’alpha privatif, a-tome, qu’on ne peut couper (à ce qu’on croyait), l’allemand a par exemple un-, le contraire de, Kraut la bonne feuille, Unkraut la mauvaise herbe, Mensch, Unmensch, etc.

La réputation des Français est d’être monolingues. Il y a pourtant des Français qui sont devenus de bons bi-, voire trilingues. Je pense à tout ceux qui ont écrit des livres sur la période de Weimar puis sur celle du nazisme et qui ont puisé dans des tonnes de documentation allemande. On ne peut que les admirer et lire leurs livres avec un intérêt passionné.

 


* sauf erreur ou omission !

 


Je me suis aperçu que ces trois langues ont de l’amour une vision pessimiste. En français, on tombe amoureux, en anglais to fall in love, chaque fois l’idée de chute, et l’allemand dit sich verlieben, le préfixe ver- étant celui de l’erreur, exemples : sich verrechnen, se tromper dans ses calculs, verunglückt, avoir un accident, la chance n’était pas avec vous. Alors, méfiez-vous.

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Commentaires

La langue française est une langue immensément riche, au contraire. Le problème relève bien plutôt de l'évolution délétère du cerveau humain dont les fonctions cognitives s'amenuisent comme peau de chagrin - tant il est vrai que la fonction crée l'organe. Or, côté fonction, la société moderne a besoin d'une masse de ressources humaines - non pas intelligentes - mais abêties et robotisées car malléables à souhait.
Cela dit, Larousse accepte parfaitement le substantif écrivaine.

Écrit par : Madelaine | 03/01/2019

@Madeleine: la richesse de l'anglais comparée à celle du français n'est pas une vue de l'esprit, plus de 200'000 mots sont recensés dans l'Oxford English Dictionary, contre 59'000 dans le Larousse. La faute, sans doute, à la domestication dont notre langue a fait l'objet sous la férule de l'Académie française, qui, depuis bientôt 400 ans, décrète ce qui peut être dit, et ce qui doit être banni du langage.

Écrit par : Olivier Levasseur | 03/01/2019

Ajoutez encore à cela le côté excessivement psychorigide du Français lorsqu'il s'agit de questions normatives (on ne fait pas comme ceci mais comme cela), et leur condescendance vis-à-vis des particularismes locaux, qui ont tendance à s'effacer progressivement si nous ne montrons pas suffisamment d'acharnement à les défendre sans honte. Essayez-donc de dire "je me suis encoublée sur le palier" ou encore "j'ai cherché à l'atteindre au téléphone" (et je ne parle même pas des septante - huitante - nonante), et votre Français, dans le meilleur des cas sourira doucement sous cape, sinon vous corrigera avec la morgue qui sied à son statut de détenteur de l'autorité linguistique.

Écrit par : Olivier Levasseur | 03/01/2019

Pas d'accord avec vous, Madelaine. Le français manque de précision. Les langues de la philosophie sont le grec et l'allemand, comme mentionnés dans le texte de Thomann. Et vous n'avez qu'à penser à l'embrouille que cause l'absence du mot "Mensch" en français. Même les Romains, ces abominables machistes, avaient Vir, homo et mulier.
De plus, cette institution de l'Académie française" est un véritable fléau, qu'on a bien raison de ne pas écouter. Penser à to implement, to monitor (anglais), implementar, monitorar (portugais), que nos djeunes utilisent sans arrêt aujourd'hui sans demander l'assentiment des Vieux Débris avec implémenter, monitorer...

Écrit par : Géo | 03/01/2019

Le Français aujourd’hui c’est le parlé: Djeune »......

En osmose avec Olivier Levasseur! On ne sait plus parler le vrai FRANÇAIS !
Je suis toujours contre la féminisation des noms de métiers admis ou pas par le dictionnaire !

Écrit par : Patoucha | 03/01/2019

J’attends la réaction de la mauvaise langue qui répond, comme par hasard, du pseudo « Gérard «! Hé oui Patoucha d’education et d’instruction française! Un étonnement, bien mal placé....sûrement d’une raciste.....

Écrit par : Patoucha | 03/01/2019

Géo, Mensch! bien vu. Pour autant que parler implique l'échange, rien de tel que le multilinguisme Suisse pour s'en rendre compte. Le français a besoin d'une phrase - ou d'une dissertation, pour parer à l'inexistence d'un mot, quitte à l'y enfouir - mais l'ignore. Tandis que l'anglais s'impose de concision - logique que ce soit easy entre étrangers, l'allemand est la seule des trois qui permette la pratique de l'Auseinandersetzung - un sport fatal de jouissance intellectuelle.

Écrit par : divergente | 03/01/2019

Désolée, chère contradictrice et chers contradicteurs, la "langue française" à laquelle je me réfère ne barbote pas dans vos eaux basses. Et selon l'esprit que dégagent vos petits commentaires, je crains, hélas, que sa richesse soit définitivement hors de votre portée. Petite pensée compatissante tout de même pour ce pauvre Monsieur Levasseur: tant de clichés en si peu de lignes..., quelle misère! Et je le laisse volontiers "défendre sans honte" une expression telle que "je me suis encoublée". (^_^)

Écrit par : Madelaine | 03/01/2019

@Geo @divergente je partage totalement vos points de vue quant à l'Auseinandersetzung. Nous devons tout faire pour conserver notre multilinguisme qui représente le socle de notre pays.

Écrit par : Jean Favre | 03/01/2019

Eh bien, Madame Magdelaine, je crains d'avoir malencontreusement égratigné une corde sensible, croyez-m’en navré. Vous me permettrez néanmoins d’estimer que si vous considérez l’expression « s’encoubler » comme moins poétique que votre « trébucher » aux sonorités de machine de guerre, il n’est pas grand chose que l’on puisse faire à part vous témoigner, à notre tour, toute notre compassion.

Écrit par : olivier levasseur | 03/01/2019

Même les écrivaines ont parfois des écrits vains! J'aimerais beaucoup que nos féministes réagissent un peu plus pour des vrais problèmes de violence faites aux femmes! Les violes collectifs de Telfrod en Angleterre pendant près de 40 ans par exemple! Parce que les accusés sont pakistanais c'est silence radio de la part de toutes les femmes de gauche, qui sont trop formatées!

Écrit par : Dominique Degoumois | 04/01/2019

Vous faites fausse route, Madelaine. Cette attitude psychorigide est exactement ce que l'on reproche au français. Essayez, s'il vous plaît, de nous expliquer la pertinence de quatre-vingt, quatre-vingt-dix, soixante-dix au lieu des huitante, nonante et septante, septuaginta, octaginta et nonaginta en latin...
Vous n'y arriverez pas, et vous le savez. C'est ce manque de pertinence assumé que l'on reproche à la Langue Française de l'Académie Française : c'est une langue morte...

Écrit par : Géo | 05/01/2019

Quelle langue parlez-vous Géo!?

Écrit par : Patoucha | 05/01/2019

Géo: vous me faites rire! Sortez un peu de votre carcan de préjugés réducteurs. Et à propos de votre exemple et de sa pertinence, voici une explication assez précise: https://french.stackexchange.com/questions/989/do%C3%B9-viennent-soixante-dix-et-quatre-vingts-plut%C3%B4t-que-septante-et-huitante

Ensuite, chaque francophone fait ce qui lui plaît en vertu - ou non - des particularismes de son milieu et/ou de sa culture linguistique. J'ai décliné rosa et d'autres dans ma prime jeunesse et j'ai un certain goût pour les racines latines.

Suis-je psychorigide ? Peut-être, sur les bords. Mais c'est bien le dernier de mes soucis, voyez-vous, je vis en parfaite harmonie avec moi-même (^_^) - Bon dimanche!

Écrit par : Madelaine | 06/01/2019

Le coq chante cocorico, beaucoup d'humains crient cocorico, le perroquet répète cocorico. Les anti-français criquent, tricotent, mentent et répètent en cultivant le bien paraître. C'est le cas ici et ailleurs sur les blogs.

Pas vous Mr Thomann, car vous mettez le doigt sur un sujet important.
Savoir, lire, écrire compter le tout avec le bon orthographe, la bonne grammaire est une chose, savoir parler en est une autre. Bien entendu, j'n'évoque que le français qui a ses contradictions et ses modes comme toutes les langues.

Nous sommes dans l'entropie par les mots, les comportements et l'information mensongère; mèneront-ils à la néguentropie ou vice versa, seul l'avenir le dira. Certains d'entres-nous le perçoive.

L'occidentalopithèque, (mot inventé par moi il y a quelques années sur le blog VOIX) est en danger pour des maux bien plus graves. N'ayons pas peur des mots, ils incitent à la réactivité et au débat c'est déjà bien, mais ne crions pas cocorico trop vite.

صياح cock-a-doodle-doo la poule islamikaze ne dit rien, elle pond sous sa tente.

Écrit par : NOËL Pierre | 06/01/2019

Bonjour Pierre :)

Ne m’en veux pas, mais dans ce coup de gueule - et oh combien je te comprends! - tu as omis qu’orthographe est un mot féminin ..... donc, « ....la bonne orthographe « . Et un gros bisou pour
toi.

Écrit par : Patoucha | 06/01/2019

Le coq allemand chante kikiriki

qui qui rit qui… sinon l'Allemagne en UE de nos jours dite arrogante et toute puissante… "Deutschland über alles"!

Apprenons le chanter français aux coqs allemands.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 06/01/2019

Madelaine@ Bien sûr que cela peut paraître anecdotique, voire poétique. Mais ce n'est pas de cela dont il est question. Juste un rappel : les étasuniens ne sont pas encore libérés de la dissociation système métrique - système anglais des mesures (squares,feet,inches, etc, etc). Un sous- traitant de la NASA a utilisé le système anglais pour tel appareil d'une sonde martienne. Alors que le reste du système était en métrique. La sonde s'est perdue à cause de cela, quelques milliards de dollars avec. Tout ça parce qu'une langue n'offre aucune précision dans son vocabulaire.
Je vous rappelle par ailleurs que du temps de la criée, la Bourse de Paris utilisait nonante au lieu de quatre-vingt-dix. Que du temps où il fallait donner un n° de tél, l'interlocuteur disait 4, et on notait 4, l'interlocuteur disait 20, alors on notait 8 en râlant pendant que toujours le même idiot disait 17. Et on traçait le tout pour écrire 97. Je ne rajoute pas de commentaire de peur de la censure. De même, en aviation, on utilise Tree au lieu de Three pour trois, pour éviter les confusions.
Et vous trouverez "nonante" chez Aragon, probablement le meilleur parmi les maîtres de la langue française (Aurélien).

Écrit par : Géo | 06/01/2019

Patoucha,

Oui ce n'est qu'une fôôte d'inattention, j'écris sans filet merci d'avoir rectifié. Bises à ++

Écrit par : NOËL Pierre | 06/01/2019

Quand à la question amoureuse en annexe, les Suisse-Allemands n'en parlent pas. Ich ha di gärn est la seule façon de manifester son sentiment.
https://www.payot.ch/Detail/dictionnaire_amoureux_de_san_antonio-eric_bouhier-9782259243421?cId=0

Écrit par : Pierre Jenni | 15/01/2019

Nid ganz wohr, mer kan au säge ich a di lieb.
de Thome

Écrit par : andré thomann | 16/01/2019

C’est cla oui! :) Traduction svp professeur!

Écrit par : Patoucha | 16/01/2019

J'ai cette chance d'être bilingue dialecte zurichois/dialecte carougeois, ce dernier étant proche du français. Je me suis dès lors permis de compléter le commentaire Jenni.
Ich ha di gern veut dire je t'aime bien.
Ich ha di lieb veut dire je t'aime (tour court)

Dans le deuxième cas, méfiance, car selon Sinatra, ça peut mal se passer.
Cliquer sur sinatra something stupid. Une chanson qui est un régal.

P.S. Ma signature est aussi dialectale.

Écrit par : andre thomann | 16/01/2019

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