L’EUROPE, C’EST BEETHOVEN

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L’Europe, ça n’est évidemment pas le jouvenceau Macron ni la mémé Merkel (quel couple !) ni ceux qui à Bruxelles font régner la terreur législative sur les membre de l’UE. L’Europe, avant la politique ou l’économie, est un continent musical et les compositeurs n’ont pas attendu les traités pour explorer librement ce qui se faisait chez le voisin : le Polonais Chopin se faisait encenser à Paris-France, le Français Bizet composait le plus espagnol des opéras, l’Allemand Brahms écrivait des danses hongroises, l’Italien Monti a été l’auteur de la plus célèbre des czardas hongroises, Mendelssohn composa une joyeuse symphonie italienne, Mozart commença par écrire des opéras italiens, et réséda et réséda.

Et puis Beethoven, ce forban musical, ce grand bousculateur, notre bienfaiteur aussi, car qui n’a jamais avec plaisir siffloté, chantonné, ou papapapamé le début de la Cinquième ou de Pour Élise. Beethoven le républicain qui déchira furieux sa dédicace de l’Héroïque à Napoléon quand il apprit qu’il venait de se faire couronner empereur. À propos de papapapam justement, les anciens se souviennent que ces quatre notes furent l’indicatif de Radio Londres à destination des Français occupés, quatre notes, le destin qui frappe à la porte comme on l’a dit, quatre notes qui reviennent de façon obsessionnelle dans le premier mouvement.
Je me trouvais à Varsovie le jour où la Pologne entrait à l’UE. Le pays fêtait ça. Sur une grande place de la vieille-ville de Varsovie, un orchestre jouait et c’était naturellement Beethoven, je crois me souvenir que c’était la Troisième. Beethoven partout dès qu’on en a l’occasion. Et c’est aussi un article d’exportation. On m’assure qu’au Japon en décembre, on ouvre les vannes de la Neuvième et dans des stades immenses, des milliers de choristes font entendre les hurlements libérateurs du dernier mouvement.

Et il y a maintenant les flash mob. Sous cette appellation incongrue, il faut comprendre une animation musicale pseudo spontanée : un homme vient sur une place publique ou l’espace ouvert d’un supermarché, sort un violoncelle et se met à jouer (une mélodie que je crois reconnaître). Puis en vient un deuxième puis plusieurs, ensuite des violons en nombre et des instruments à vent et une batterie, ils surgissent de tous les coins, tous jouant cette même mélodie. Enfin des personnes qui semblent être du public mais c’est trompeur qui donnent eux de la voix dans une mélodie que j’ai désormais reconnue : mais c’est bien sûr le final de la Neuvième à plein orchestre et à pleins poumons. C’est la joie, non seulement dans le texte (Freude !) mais aussi chez les auditeurs de cette animation.

Mais il n’y a pas seulement Beethoven. N’a-t-on pas entendu récemment sur notre prestigieuse place du Molard la Chevauchée des Walkyries ? Quelquefois aussi ce sont des danseurs qui se présentent au public selon la même formule amusante. Ces flash mob sont une nouveauté bienvenue. Ils nous montrent que la musique a vocation de sortir des salles de concert et à se faufiler partout.

Je le répète, notre continent est imprégné de musique, classique ou autre. Il n’y a pas un pays qui n’ait produit un compositeur notable ou tout au moins un chef d’orchestre ou un virtuose de premier ordre. Des mots comme Salle Pleyel, Royal Albert Hall, Concertgebouw, Scala nous sont familiers. Et dans notre tête souvent pleine à craquer, il y a encore de la place pour des dizaines d’airs qu’on sifflote ou chantonne agréablement selon notre humeur. Dans la mienne, il y a (mais je fais court) la Petite Musique de Nuit, l’ouverture de la Pie Voleuse, le Roi de la Montagne (Peer Gynt), les Toréadors de Bizet, l’air de Figaro, l’air de la Reine de la Nuit et naturellement la Cinquième avec même le dernier mouvement, jubilatoirement sifflable. Ah puis j’oubliais, il y a encore la Cumparsita, pas vraiment européenne, mais qu’importe. Vous avez certainement votre propre liste, n’est-ce pas que ça rend la vie agréable ?

Réflexion faite, j’élargis mon titre : l’Europe, c’est la musique.



Après Dieu, Beethoven est le sourd le plus célèbre de l’Histoire. (L’auteur de ce blasphème judéo-christiano-musulman est inconnu de moi, si quelqu’un connaît son identité...)
Lien permanent 23 commentaires

Commentaires

  • A propos de Ludwig van, vous savez bien sûr que le thème du final de la Neuvième sert d’hymne européen, dans une orchestration datant fin des années 70, amplifiée et réduite à deux minutes par les soins de Karajan, la star des pupitres de ces années-là qui avait été sollicité.

    En France, royaume de la polémique, cela ne pouvait manquer, il s’est trouvé quelques beaux esprits, toujours portés sur la repentance (pour les autres) et la culture de la pensée unique, pour suggérer de changer l’hymne, ou à tout le moins d’en modifier l’orchestration, en raison du passé nazi de feu Herbert (« dénazifié » en 1947 par les bons soins de Legge, le patron de EMI).

    Karajan ne savait pas seulement la science des tempi (un peu métronomiques), mais également celle des affaires. Étant considéré comme coauteur, à chaque exécution, les maravédis tombent encore dans l’escarcelle de ses héritiers. Faut-il le préciser, les descendants de Beethoven ne touchent rien, domaine public oblige.

  • Je ne connaissais pas l'épisode Karajan, il prouve en tous cas que les Français sont autant friands de polémique que de baguette et du verre de rouge.C'est rai qu'ils s'ennuient et que tout est bon pour créer l'évènrmrnt.

  • Le Pape, dans un moment de lucidité ?

  • Une personne aimant Beethoven tout particulièrement entendant moins bien apprit avec effroi par le spécialiste consulté qu'elle deviendrait complètement sourde.

    Elle (il, en réalité) rentra à la maison et ne se contrôlant plus s'isola.

    Puis, de retour auprès des siens, déclara ressentir un immense réconfort en se sentant ainsi appelé.e à mettre ses pas dans ceux de Beethoven.

    La personne devint en effet sourde mais pas du tout aussi gravement que prédit…

    Beethoven apprécierait-il particulièrement l'UE et, selon sa réponse, le choix des unes ou deux pages de sa musique que nous savons?

    Grands et illustres musiciens et compositeurs européens, certes, mais il en est de très modestes tels Emile Jaques-Dalcroze, prof de musique et d'harmonie au Conservatoire de Genève, tout en ayant vécu en Europe, dont Vienne, ou séjourné en Algérie principale origine de ce qui deviendrait sa rythmique... Il estimait que les élèves incapables de chanter, marcher ou danser en mesure et selon le rythme de la musique souffraient d'un problème de déséquilibre intérieur.

    En ces temps annoncés de transition écologique pourquoi pas reprendre l'habitude de chanter en classe, les bonnes habitudes évitent les mauvais plis... ces airs et chansons et textes d'Emile Jaques-Dalcroze empreints de respect et d'amour de la nature!?

  • Pas si modeste que ça, Dalcroze. Lorsqu'il était à Dresde-Hellerau, juste avant 1914, son action novatrice fit un triomphe, les compositeurs de l'époque, le danseur Nijinsky voulait tout savoir de sa méthode.
    Rentré à Genève, il fonda son institut qui avec le temps fit des petits et on enseigne maintenant la rythmique dans le monde entier. Lors de congrès, je me souviens avoir hébergé des participants russes, polonais, italiens, africains sub-sahariens. Un grand bonhomme.

  • Voilà un billet digne de vous. Très bien...
    Mais pourquoi vouloir classifier en "grands" et "modestes" ? Sur la base de quels critères ? Quel est le philosophe qui a dit que si Beethoven n'existait pas, il n'y aurait jamais eu de guerre mondiale ? Et pensez-vous que Dalcroze aurait pu provoquer une guerre mondiale ? La civilisation occidentale mène l'humanité à sa perte, les "primitifs" sont en accord avec leur environnement. Lesquels sont "grands" ?

  • @Géo

    Loin de moi de vouloir diminuer les mérites de Jaques-Dalcroze, mais faut bien admettre que ce cher Émile ne joue pas vraiment dans la même catégorie que Wolfgang, Ludwig ou Richard. Je lui dois les pires heures de ma vie d’escholier, à ânonner les portées de solfège élaborées par les épigones de son École ou à subir les leçons de rythmique vécues comme de vraies purges...

    Mon premier émoi musical, une véritable révélation, ce fut une répétition générale de la « Flûte » au Gd-Théâtre, dirigée par Ansermet et à laquelle avaient été conviés les collégiens, en 1963 ou 1964 . Ce fut l’une des dernières prestations d’Ansermet à l’opéra, je crois. Depuis, pour mon plus grand bonheur, sont venus tous les autres, de Palestrina à Richard Strauss ou Stravinski. C’est affaire d’itinéraire personnel, d’initiation culturelle
    .
    Quant à incriminer la musique de Beethoven dans le déclenchement de WW1 ou WW2, c’est revenir aux sottises des musiciens français (Vincent d’Indy, Debussy) dans leur défense contre le pangermanisme culturel et musical. La boutade est amusante, elle rappelle celle de Woody Allen (« Quand j’entends du Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne »), mais précisons que Beethoven n’ a jamais été « idéologisé » comme Wagner par le IIIe Reich, même s’il fut le musicien le plus joué.

    Ajoutons pour conclure que ces génies du XIXe siècle, quelles qu’aient pu être leurs opinions politiques ou leurs écrits antisémites dans le cas Wagner, ont infiniment moins de responsabilités dans le déclenchement des guerres mondiales, pour reprendre votre citation, que les politiciens revanchards et à courte vue de la Belle Epoque et ensuite du Traité de Versailles.

  • Bien sûr que EJD n'est pas dans la même catégorie que WAM, LVB ou RW, il n'est pas connu comme compositeur, encore que nous devons cette aimable drôlerie, les Bonnes dames de Saint Gervais (Que qui que don, que dis-tu, que dit-on, les bonne dames de Saint Gervais, près de la fontaine, se racontent leurs secrets). Mais il a inventé la jonction entre le rythme musical et l'expression du corps et pour cela il est connu dans le monde entier.
    Je regrette que votre expérience de la rythmique ait été négative, mes propres enfants s'en déclaraient plus que satisfaits. Et si Toscanini ou Wilhelm Backhaus avaient eu la même attitude devant une portée de musique, nous aurions eu un grand chef et un grand pianiste en moins.

    Quant à ma propre révélation de la musique, je la dois aussi à Ansermet, Au Victoria, il expliquait la Pastorale (encore LVB!) aux grimauds (15-16 ans) que nous étions. C'était la première fois que j'entendais une symphonie 'live'.

  • Le pape en tutu rose......

  • Pour justifier une guerre, toutes les excuses sont bonnes.

  • Vos enfants, cher Monsieur Thomann, ont eu la chance de trouver des maîtres à la fois motivés et pédagogues et c’est tant mieux pour eux.Tous les enseignants, quels que soient les domaines où ils sévissent, ne sont pas pourvus de ces qualités, loin s’en faut, il doit y avoir dans le milieu la même proportion de cons et de lèche-culs que dans d’autres corporations, je pense au monde de la médecine que je connais mieux…

    Sur Toscanini, l’intérêt des enregistrements sur sa technique de direction, la précision de sa battue est indéniable, même s’ils ne lui rendent pas justice par comparaison avec des prises de son modernes. Backhaus, j’ai quelques vinyles de Beethoven, avec les Viennois, c’est effectivement ample et gravé dans le marbre, magnifique. Dans les deux cas, on est dans le mythe.

    Ceci pour vous dire que l’on a jamais aussi bien joué Bruckner, Brahms ou les baroques qu’aujourd’hui, la filiation, le témoin se sont transmis fort heureusement à partir de ces grands modèles. Les modes passent, Karajan hier superstar ne reconnaîtrait plus son orchestre après les passages d’Abbado et Rattle. Les compositeurs sont irremplaçables, eux seuls, les exécutants passent, même s’ils sont indispensables. A l’exception des grandes voix, je pense juste à trois exemples qui me viennent à l’esprit : Wunderlich, K. Ferrier, Callas. Il en est d’autres, mais pas si nombreux.

  • Oui, comme le commerce des armes ou l'humain n'a que peu d'importance....

  • Concernant Karajan, désolé, mais c'est de très loin les meilleurs directions en ce qui concerne les symphonies de Beethoven. Vouloir créer des polémiques vis-à-vis du génie, on connait !

    Concernant le titre de la note, je dirai que l'Europe, c'était Beethoven !

    J'ai pris un cours de lecture rapide et j'ai pu lire "Guerre et Paix" en vingt minutes. Ca parle de la Russie.
    Woody Allen

  • Oui, Claudio Abbado avec le Berliner, mais laissez moi avec l'excellence de Karajan !

    Egalement Daniel Barenboim pour les sonates du même compositeur, y a des choses auxquelles je n'arrive pas à me déshabituer !?!?

  • Pour revenir sur le sujet, oui les allemands sont des constructeurs, sont des créatifs, bien plus que leurs voisins et c'est ce que l'UE ne semble pas avoir encore comprit !

    Oui Beethoven fait partie intégrale de cet édifice, mais n'oubliez jamais, il y a deux Allemagnes, celle de la réforme et celle de l'empire romain-germanique, c'est un peu pareil en Suisse, il y a Zurich, Bâle et Genève et il y a une Suisse qui est restée en retrait de l'économie, que personne ne vienne se plaindre, nous avons le choix !

  • « Vouloir créer des polémiques vis-à-vis du génie, on connait ! » 

    Ça c’est sûr, z’êtes même un maître en la matière, vais pas vous contredire.
    Vous avez bien sûr parfaitement le droit d’aimer les enregistrements d’Herbert, certains, parmi les plus anciens, sont effectivement d’anthologie. S’il vous reste quelques picaillons,vous allez pouvoir vous goinfrer puisque Emi et Deutsche Grammophon ressortent des intégrales avec des inédits, quelques perles certainement, à l’occasion du 30ème anniversaire de sa mort. Génie ? Du marketing sûrement… Pour le reste, laissons ce qualificatif aux journalistes sportifs et réservons-le aux créateurs, les compositeurs...

    Juste pour conclure : il y a pléthore de versions pour les symphonies de LvB, presque autant que pour les «Saisons» de Vivaldi… Bien difficile d’affirmer qu’une intégrale est meilleure que l’autre, question de goût, de sensibilité. Devriez prêter une oreille aux enregistrements moins lyophilisés de Furtwaengler, Bruno Walter (la Pastorale), les Kleiber père et fils, Schuricht, Klemperer, Giulini, Kempe et de tant d’autres qui pourraient vous surprendre.

  • Et ce que je viens de lire est une autre musique:

    https://ripostelaique.com/marseille-philippe-51-ans-massacre-devant-chez-lui-sequelles-irreversibles.html

    M: Thomann, vous ne citez qu'une infime partie de mes classiques ...... :)

    PS: Cumparsita OK Mais Jalousie aussi! :)
    J'ai pasé l'après-midi d'hier avec Elvis Presley. Un rêve!

  • Désolée pour l’inattention - IPad oblige - de « j’ai passé «  ..... :)

  • Patoucha,

    Presley très bien, mais ils ont tous copié ou presque !

    https://youtu.be/nnAQvu7OqrY?list=FLhXhWEznr9QULGcwnI63SJg

  • Bonsoir Pierre :)

    Pas pu accéder au lien :)

    Bonne soirée

  • Salut Patoucha,
    j'ai vérifié ça fonctionne?

    En voici un autre à++

    https://www.youtube.com/watch?v=nnAQvu7OqrY&list=FLhXhWEznr9QULGcwnI63SJg&index=133

  • Ça fonctionne!? LOL

    Aucun document ne correspond aux termes de recherche spécifiés (https://www.youtube.com/watch?v=nnAQvu7OqrY&list=FLhXhWEznr9QULGcwnI63SJg ...).

    Bonne nuit :)

  • @Gislebert,

    J'admire votre persévérance autant que vos talents de mélomane, désolé pour Furtwaengler, effectivement rien à dire, cependant, dans mes critères, il y a aussi la qualité des enregistrements, avant d'être passé au wifi, nous avons également subis les affres de la hifi !!

    Nous sommes des pauvres animaux, parfois !$


    Patoucha et Pierre, désolé, mais je ne vous suis pas du tout du tout ????

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