DE LA MUSIQUE AVANT TOUTE CHOSE

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J’emprunte ces quelques mots à Verlaine, les premiers de son Art poétique, mais c’est pour parler de tout autre chose. Il y a deux sites sur internet sur lesquels je clique souvent et qui me revigorent. Ils ont il est vrai les deux trait à la musique.

Le premier c’est celui des Proms de Londres (lisez Henry Wood Promenade Concerts), une création de ce musicien en 1895, des concerts pendant huit semaines d’été destinés à faire connaître la musique classique au plus grand nombre. Leur programme comprend des œuvres accessibles, la Cinquième, l’Inachevée, le chœur de Nabucho, la Chevauchée des Walkyries, les concertos de Chopin, etc. Le public est conquis. On joue au Royal Albert Hall à guichets fermés : cinq mille places.

Après des œuvres classiques, le dernier concert de la saison comporte quelques morceaux patriotiques, Pump and Circumstances d’Elgar, et naturellement Rule Britannia et God save the Queen. Le public est alors déchaîné, il chante avec vigueur et agite des Union Jack, des centaines. Faut les voir. Flegmatiques, les British? À d’autres.

Le second site, à peu près à la même latitude du premier, c’est celui de la Waldbühne à Berlin. Même topo qu’à Londres, des concerts des Berliner Philharmoniker qui ont là leur résidence d’été. Capacité de ce vaste amphithéâtre en plein air : 20.000 personnes. Mais il y a une différence : la ferveur patriotique des Britanniques a fait place à une franche gaîté, cela grâce à un air tiré d’une opérette de Paul Lincke et qui est devenu une sorte d’hymne de Berlin : Berliner Luft. C’est très entraînant et met en joie petits et grands sans compter le chef d’orchestre lui-même qui se livre à toute sortes de fantaisies. Il faut voir Sir Simon Rattle quitter sa baguette et donner le rythme en jouant hilare de la batterie dans l’orchestre même. Public totalement joyeux. Berlin hi hi über alles !

Si j’ai voulu décrire ces deux évènements artistiques de haut vol, c’est que j’y ai trouvé matière à réflexion. Lorsque les 20.000 spectateurs de la Waldbühne (20.000 selon la police) avant de quitter les lieux n’ont pas molesté les musiciens ni détruit leurs instruments, et quand ils sont rentrés chez eux, il n’y a pas eu d’incendie de voitures ou de poubelles, les lances à eau n’ont pas eu à intervenir et les gaz lacrymogènes sont restés dans leur étui. Y avait-il seulement des gendarmes ? Non, tout s’est passé dans le calme. Dans le cas contraire la presse en aurait fait des choux et des pâtés : ‘Bagarre monstre après un concert, dix mille arrestations’ vous voyez les titres. Même chose à Londres, les British étaient redevenus placides (mais pas flegmatiques, jamais).

Cela signifie qu’il y a une vertu dans la musique. Je parle ici de la vraie musique, pas du rap ou d’un concert Johnny où on fracassait les sièges. Là, les spectateurs sont comme des bêtes enragées, ils sont assimilables aux supporters d’un match qui envahissent la pelouse et brutalisent l’arbitre. Cette violence est incompréhensible aux vrais amateurs. À propos d’un de mes derniers textes où je parlais de Beethoven, des commentateurs se sont opposés avec courtoisie sur les mérites respectifs d’un Karajan ou d’un Furtwängler. On était entre gentlemen (mais il y avait aussi des ladies).




Pour ma coda, une des définitions du gentleman :
Un gentleman sait jouer de la cornemuse mais s’abstient d’en jouer.
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Commentaires

  • Souvenir personnel si vous permettez, André Thomann : 1992, début septembre en visite à Londres, des billets achetés last minute au débotté, le dernier concert des Proms, la last night avec en vedette Kiri Te Kanawa.

    Une expérience unique, se retrouver avec près de 5'000 personnes dans cette enceinte fermée, rien de l’atmosphère guindée du Victoria Hall ou de Pleyel (à l’époque), des familles avec des enfants grimés, costumés, ça danse, ça chante, ça vit, ça picole aussi dans les galeries...

    Dame Kiri nous avait régalé facile de sa voix moirée, sans vibrato, lumineuse, d’airs de Massenet et Puccini je crois, avec l’air de Marietta de Korngold, le tout entrecoupé de tubes comme l’ouverture du Barbier par un orchestre surdimensionné. Ce qui reste en mémoire, c’est son apparition à la fin du concert drapée dans un ensemble rappelant à la fois les couleurs de l’Union Jack et de la Nouvelle-Zélande, sa robe bleue constellée de grosses étoiles, pour le Rule Britannia final, repris en chœur par tout le public. On se serait cru à Wembley. L'émotion qui serre la gorge...

    Elle avait tout pour elle (elle a toujours d’ailleurs) cette descendante maorie des premiers vrais habitants des îles des antipodes : la beauté naturelle, la distinction, en plus de la voix. Sacré souvenir…

  • En faisant le tour de la planète, la grande musique peut être indienne, africaine, américaine, asiatique, orientale et moyen orientale, bref elle a toute les couleurs et tous les sons intérieurs et extérieurs.

    Halliday a été un imitateur, un homme de cirque terminant sa carrière en mauvais rauque, n' roll opéra. Bon, il n'y a pas eu beaucoup de révolte.....

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