BIENSÉANCE

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J’ai connu une époque où la bienséance allait de soi, on l’apprenait tout petit et elle nous suivait tout au long. Gamin, on savait qu’il fallait ‘dire bonjour à la dame’, qu’il ne fallait pas parler à un adulte les mains dans les poches. Ça n’était pas contraignant, cela faisait partie d’un savoir-vivre acceptable.

Dans certaines circonstances, il fallait se découvrir, on n'allait pas en consultation médicale le chapeau vissé sur la tête. Idem devant un supérieur, pour marquer son respect. De même en entrant dans une église ou au passage du corbillard. C’était machinal.

À l’école, il était impensable qu’un garçon arborât une casquette en classe ou qu’une fille ne montrât pas ses cheveux. Ça ne serait venu à l’idée ni à l'un ni à l’autre. Faut dire qu’au temps où j’enseignais il n’y avait pas de loulous de banlieue pas plus que de musulmanes.

Désormais il faut une loi pour obtenir tant bien que mal le même résultat. L’UDC du Valais lance une initiative pour que dans toutes les écoles du pays les élèves se présentent nu-tête en classe. Cela ne paraît pas exorbitant, ce qui l’est c’est qu’il faille légiférer pour quelque chose qui va de soi.

Cette initiative a déjà un défaut majeur : elle émane de l’UDC, le parti à abattre. Les attendus du rejet, tant des autorités valaisannes que du Tribunal fédéral appelé à la rescousse semblent confirmer cette impression : l’initiative porterait une atteinte disproportionnée à la liberté de religion, garantie par la Constitution fédérale. ‘Vous vous rendez-compte, l’UDC est contre la liberté de religion, ah, on a bien raison de la classer à l’extrême-droite !’ Et le tour est joué.

En réalité il n’en est rien, l’initiative ne mentionne pas les signes religieux ni le sexe des contrevenants. Un enseignant actuel me signale qu’il a souvent affaire à des garçons qui ‘oublient’ d’enlever leur casquette en entrant en classe. La bienséance fout le camp. Maintenant, que les initiateurs ciblent spécialement les mijaurées musulmanes arborant abusivement leur piété à deux balles, c’est l’évidence. Et alors ? Les groupies de Mahomet sont-ils empêchés de construire des mosquées (sans minarets, faut pas pousser !), de les fréquenter, Nicolas Blancho n’a-t-il pas le droit de fonder un club d’adhérents à l’islam ?

Faut arrêter de nous pomper l’air avec cette antienne de la liberté religieuse. Elle ne saurait être absolue. Imagine-t-on un Mexicain descendant d’une branche aztèque qui demanderait chaque soir un sacrifice humain pour être sûr que le soleil se lèverait le lendemain. On aurait tôt fait de lui signaler qu’il descendait à la prochaine.

Prenons un second exemple : soit le croyant d’une autre religion qui ne saurait manger une viande provenant d’un animal qui n’aurait pas été égorgé selon les rites qui prévoient une cruelle absence d’anesthésie avant le coutelas du boucher. (Où donc Thomann va-t-il chercher ça ?) Lui interdire cette obligation péremptoire serait bien une atteinte disproportionnée à sa liberté de religion.

Or, cette loi d’interdiction existe bel et bien. Elle date, permettez, de 1894. La bienséance concerne aussi les animaux. À cette époque, elle ne concernait que les juifs qui poussèrent alors les cris de protestation attendus mais rien n’y fit, la loi est toujours en vigueur. Tout au plus, dans un besoin d’apaisement, le C.F. autorise l’importation de viande casher (et hallal désormais), ce qui est une belle hypocrisie.

Il faut se faire à cette réalité, les religions, si on les laisse faire, sont féroces, il faut les tenir en laisse. Calvin était un pitbull, responsable de meurtres et de persécutions. Une rue à Genève porte son nom ; bon, on ne va pas changer mais il faut se rappeler que la bienséance, c’était pas son truc.

Donc, pour des raisons de bienséance, de politesse si vous préférez, et même si une certaine religion y voit quelque tribulation, on suivra avec approbation les efforts de l’UDC pour rendre ce monde un peu plus civilisé.


Ma coda de cette semaine est triste :
J’ai appris avec stupeur la mort de Pierre Losio : les élèves ne devraient pas mourir avant leur prof. À dix-sept ans, Losio était un garçon vif, intelligent, déjà assis sur de solides convictions, un élève que tout enseignant est heureux d’avoir dans sa classe. Pour ce qu’il a été alors et pour ce qu’il est devenu, je lui rends ici ce tardif hommage.

Lien permanent 10 commentaires

Commentaires

  • M. Thomann, sur le fond j'approuve votre texte, mais il s'impose une légère correction, en effet la fameuse loi souvent dite des articles confessionnels, n'existe plus.
    en effet elle interdisait les jésuites, les soutanes dans la rue et l'abattage rituel.
    ces article ont été abrogé il y a entre 20 et 30 ans, je ne sais plus précisément.
    Seul subsiste, mais remodelé à la sauce d'aujourd'hui, celui concernant l'abattage, qui n'est plus rituel mais qui ne respecte pas la dignité de l'animal... ceci est donc interdit et donc les animaux doivent être assommé ou endormis de manière a éviter toutes souffrances inutiles

  • Il y a la cruauté des Juifs et des Musulmans concernant la viande de boucherie.

    Désormais on parle des vaches à hublots qui permettent, ces ouvertures à clapets dans le ventre des vaches, d'atteindre leur panse... dans l'espoir d'y trouver des pépites?

    Sur le plan religieux par le prophète Osée la divinité affirmait: "Je ne veux pas des sacrifices sanglants mais des coeurs repentants."

    Comme on dit "mieux avoir affaire à Dieu qu'à ses saints"!

  • Révolté évolutionnaire, je suis très heureux que les choses aient évolué. L'habit ne fait pas le moine, trop poli pour être honnête, bref combien sont pourris extrêmement polis, avec un beau costume, une belle cravate formant in I comme IDIOT.

    D'un extrême nous sommes passés à un autre. les religions et leurs seigneurs n'ont jamais respecté l'humain, mais leur concept. Ainsi soit-il.

  • "une cruelle absence d’anesthésie avant le coutelas du boucher"
    Il n'est pas dans mes habitudes de défendre les religions et surtout pas celle que vous savez. Mais il m'a été donné maintes fois d'assister à l'abattage de moutons en terre musulmane...
    J'ai reçu quelques fois des bestioles de ce genre par des gens heureux d'avoir de l'eau dans leur village et qui ont bien voulu penser que j'y avais contribué. A chaque fois, ceux qui ont procédé ont fait preuve d'une telle dextérité qu'il est difficile de parler de cruauté. Un animal qui a la gorge tranchée s'efface très vite...
    Et mieux vaut ne pas parler des conditions d'abattage chez nous, il y a d'ailleurs assez de vidéos prises par des militants de la protection des animaux pour que je n'aie pas besoin d'insister...

  • Je veux bien vous croire, Géo, si vous me dites qu'il y a des virtuoses de l'abattage , mais à côté de ces Barenboïm ou Argerich du couteau de boucherie, combien de petits amateurs peu formés qui tapent à côté des touches. De ces musulmans lambda qui abattent le mouton sacrificiel sans expérience aucune.
    Je vous renvoie au site 'vigilance halal' où un docteur de Peretti vous parle avec pertinence de cette coutume d'un autre âge.
    Bien à vous Thomann

  • Chaque Suisse naît soldat. Chaque musulman naît boucher. Alors, bien sûr, il y a des Suisses qui sont de mauvais soldats. J'en ai vu...

  • "Chaque suisse naît soldat".

    Suis pas sûr que votre assertion, Géo, se vérifie actuellement avec la génération émergente … Les trouve plutôt jobards, nos petits Suisses, pour ne pas dire un peu cons, alignés dans le prêt-à -penser de la bonne conscience, d’attaque surtout pour les défilés militants plutôt que militaires

  • "Chaque Suisse naît soldat. Chaque musulman naît boucher."
    C'est à cela que l'on pense aussi lorsqu'on se souvient des décapitations de prisonniers par les musulmans de Daesh.
    Et pour nous autres non musulmans, ces images sont, à tort ou à raison, plus choquantes que celles des gens abattus par balles.

  • « ceux qui ont procédé ont fait preuve d'une telle dextérité qu'il est difficile de parler de cruauté.»

    C'est vrai que la rumeur, et pas que, nous dit que chez les musulmans on est passé virtuose du couteau, du sabre... yaka voir Daech et les Saoudes, ils vous décolle une troche, ni une ni deux...

    Ce qu'il y a de rassurant, c'est qu'on sait maintenant que les "victimes" de Daech n'ont pas souffert.

  • "c'est qu'on sait maintenant que les "victimes" de Daech n'ont pas souffert." Ce qui semble différencier quelque peu les humains des autres animaux, c'est la conscience de la mort. Les victimes de Daech, égorgées en masse, ont dû souffrir abominablement avant leur exécution. Pour le besoin des images, pour éviter le chenit, elles étaient semble-t-il passablement droguées. Ben oui, dans un bel alignement de mecs à genoux en orange, avec derrière chacun d'eux un de ces héros de l'islam triomphant, un mec qui s'agite et résiste, cela ne le fait pas...

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