J’ARRÊTE DE MANGER

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Advienne que pourra.

Manger est devenu trop difficile. Soucieux de ma santé, je me renseigne sur les moyens de la respecter. Je consulte les sites qui m’indiquent les meilleures nourritures et là, qu’est ce que je constate, ils se contredisent ou me proposent des ingrédients exotiques que je ne saurais avoir dans mon garde-manger. Quinoa, késaco ? Gomasio, késaco ?

On commence par le petit-déjeuner-santé. Et là, ça commence très mal pour moi. On me demande au saut du lit de boire un grand verre d’eau tiède. Pour me débarrasser des fameuses toxines produites pendant la nuit. Ha, les toxines, on ne dira jamais assez ce que ces petites bêtes peuvent avoir de nuisible. Notez qu’avant l’apparition du mot et de la chose qui nous viennent des USA (toujours à la pointe du progrès-santé, on ne rit pas), j’étais sans le savoir la victime des toxines, pauvre de moi.

En route donc pour le petit-dèj ! Et pour les contradictions. Premier expert-santé : du lait pour commencer plus peut-être un yoghourt, ensuite des céréales, on ne dit plus pain, mot vulgaire, et aussi du beurre, faut du gras le matin pour bien commencer la journée. Deuxième expert : Du lait ? Vous n’y pensez pas. Poison ! Le yoghourt ? Indigeste et sans apports nutritifs. Du fromage, oui, et justement le matin, le fromage le soir, faut oublier. Inutile voire pernicieux. Un troisième nutriologue prône le bircher, cette recette suisse qui a conquis le monde (peut-être pas au Mali ou chez les Inuits) dont on connaît tous la recette de flocons d’avoine trempés la veille et qui donnent le lendemain un bourbier disgracieux. Tous les produits cités seront naturellement bio, le mot et la notion magique. Le XXIe sera bio ou ne sera pas ! Dire que j’aurai passé toute cette existence déjà longue sans avoir jamais mangé bio, sauf à mon insu, je tremble. J’ajoute qu’aucun des trois salauds cités ne mentionne les confitures, mon bonheur du matin. Je dis d’ailleurs que si je dois mourir un jour, je souhaite que ce soit après huit heures pour que je puisse m’empiffrer une dernière fois de confitures de cerises ou de fraises, de gelée de framboises, de coings, ce jour-là, ça sera la totale.

On peut se demander si ces spécialistes-prêcheurs n’ont pas tout faux. L’humanité est arrivée sans trop d’encombres là où elle est maintenant en buvant du lait à gogo, des centenaires bulgares se sont gorgés toute leur vie de yoghourts, dès qu’on a pu, on a fait des recettes avec du sucre, de ce sucre qu’ils honnissent, et tout ceux qui mangent du fromage le soir.

Surtout, ils semblent passer à côté de certains plaisirs de l’existence qui la font se prolonger. Ainsi, le vin n’est jamais mentionné. Pourtant, le vin, c’est 10 % d’alcool et 90 % de gourmandise. Le vin fait appel à trois de nos sens : il se regarde, il se hume et met ensuite les papilles au garde-à-vous. De tout grands instants.

Et que dire des fumets dans une cuisine bien conduite. Dans une anglaise, celui du bacon and eggs du breakfast. La joie ! Il existe une secte particulièrement puritaine qui se dit crudivore et qui, à part le céleri râpé et le fenouil à la rigueur, n’a rien qui lui entre dans les naseaux. Pour moi, je crois que je vais renoncer à la funeste décision de mon titre. La personne qui s’occupe de mon bien-être alimentaire est en train de me préparer un truc où il entre beaucoup d’ail. Je craque déjà.


Pour ma coda, un phrase philosophique définitive du poète Saint-John Perse :
Nous qui mourrons peut-être un jour déclarons l’homme immortel au foyer de l’instant*.

*Pour moi celui des confitures.

Lien permanent 6 commentaires

Commentaires

  • Pendant que je déguste une belle entrecôte grillée, je préconise aux végans et autres zinzins d'aller brouter les herbages avec les veaux, ils seront dans leur élément.

  • Damnant quod non intelligunt.

  • Il y a beaucoup de vrai la dedans, mais pas que !

    Il y a soixante ans, la qualité des aliments n'avaient rien à voir à ceux produits aujourd'hui, la cuisine se préparait sur un temps bien plus long, on se dépensait autrement, et le stress nerveux n'avait pas la même la même omniprésence.
    Bref les personnes nées avant guerre disposent de fait, d'une autre constitution que des personnes nées à la fin du 20 ème siècle.

    Aujourd'hui les parents sont paumés, ne savent plus comment faire à manger à leurs enfants; chacun y va de sa petite théorie sur le net. Si vous faîtes attention vous trouverez que des théories ont toujours existé, sauf qu'à une époque c'était bon pour quelques originaux, mais aujourd'hui les gens majoritairement en pertes de repères sont demandeurs.
    Une chose est sûr il n'existe pas une théorie générale de l'alimentation

  • Excellent !

  • Le dernier Imédia hebdomadaire est arrivé! Pour des infos sans le filtre de la propagande:

    https://www.youtube.com/watch?v=u-dH8ObkHIc

  • Si je partage vos réserves, je ne saurais trop vous encourager à vérifier par vous même si vous faites partie ou non de ceux qui digèrent encore le lactose, soit le sucre dans le lait. Car plus d'un tiers de la population mondiale est incapable de métaboliser ce produit sans foutre le souk dans l'intestin.
    Pas besoin de prise de sang, juste une semaine sans et vous verrez tout de suite la différence si votre organisme est aussi devenu sensible au lactose.

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