Le blog d'André Thomann - Page 3

  • L’EUROPE, C’EST BEETHOVEN

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    L’Europe, ça n’est évidemment pas le jouvenceau Macron ni la mémé Merkel (quel couple !) ni ceux qui à Bruxelles font régner la terreur législative sur les membre de l’UE. L’Europe, avant la politique ou l’économie, est un continent musical et les compositeurs n’ont pas attendu les traités pour explorer librement ce qui se faisait chez le voisin : le Polonais Chopin se faisait encenser à Paris-France, le Français Bizet composait le plus espagnol des opéras, l’Allemand Brahms écrivait des danses hongroises, l’Italien Monti a été l’auteur de la plus célèbre des czardas hongroises, Mendelssohn composa une joyeuse symphonie italienne, Mozart commença par écrire des opéras italiens, et réséda et réséda.

    Et puis Beethoven, ce forban musical, ce grand bousculateur, notre bienfaiteur aussi, car qui n’a jamais avec plaisir siffloté, chantonné, ou papapapamé le début de la Cinquième ou de Pour Élise. Beethoven le républicain qui déchira furieux sa dédicace de l’Héroïque à Napoléon quand il apprit qu’il venait de se faire couronner empereur. À propos de papapapam justement, les anciens se souviennent que ces quatre notes furent l’indicatif de Radio Londres à destination des Français occupés, quatre notes, le destin qui frappe à la porte comme on l’a dit, quatre notes qui reviennent de façon obsessionnelle dans le premier mouvement.
    Je me trouvais à Varsovie le jour où la Pologne entrait à l’UE. Le pays fêtait ça. Sur une grande place de la vieille-ville de Varsovie, un orchestre jouait et c’était naturellement Beethoven, je crois me souvenir que c’était la Troisième. Beethoven partout dès qu’on en a l’occasion. Et c’est aussi un article d’exportation. On m’assure qu’au Japon en décembre, on ouvre les vannes de la Neuvième et dans des stades immenses, des milliers de choristes font entendre les hurlements libérateurs du dernier mouvement.

    Et il y a maintenant les flash mob. Sous cette appellation incongrue, il faut comprendre une animation musicale pseudo spontanée : un homme vient sur une place publique ou l’espace ouvert d’un supermarché, sort un violoncelle et se met à jouer (une mélodie que je crois reconnaître). Puis en vient un deuxième puis plusieurs, ensuite des violons en nombre et des instruments à vent et une batterie, ils surgissent de tous les coins, tous jouant cette même mélodie. Enfin des personnes qui semblent être du public mais c’est trompeur qui donnent eux de la voix dans une mélodie que j’ai désormais reconnue : mais c’est bien sûr le final de la Neuvième à plein orchestre et à pleins poumons. C’est la joie, non seulement dans le texte (Freude !) mais aussi chez les auditeurs de cette animation.

    Mais il n’y a pas seulement Beethoven. N’a-t-on pas entendu récemment sur notre prestigieuse place du Molard la Chevauchée des Walkyries ? Quelquefois aussi ce sont des danseurs qui se présentent au public selon la même formule amusante. Ces flash mob sont une nouveauté bienvenue. Ils nous montrent que la musique a vocation de sortir des salles de concert et à se faufiler partout.

    Je le répète, notre continent est imprégné de musique, classique ou autre. Il n’y a pas un pays qui n’ait produit un compositeur notable ou tout au moins un chef d’orchestre ou un virtuose de premier ordre. Des mots comme Salle Pleyel, Royal Albert Hall, Concertgebouw, Scala nous sont familiers. Et dans notre tête souvent pleine à craquer, il y a encore de la place pour des dizaines d’airs qu’on sifflote ou chantonne agréablement selon notre humeur. Dans la mienne, il y a (mais je fais court) la Petite Musique de Nuit, l’ouverture de la Pie Voleuse, le Roi de la Montagne (Peer Gynt), les Toréadors de Bizet, l’air de Figaro, l’air de la Reine de la Nuit et naturellement la Cinquième avec même le dernier mouvement, jubilatoirement sifflable. Ah puis j’oubliais, il y a encore la Cumparsita, pas vraiment européenne, mais qu’importe. Vous avez certainement votre propre liste, n’est-ce pas que ça rend la vie agréable ?

    Réflexion faite, j’élargis mon titre : l’Europe, c’est la musique.



    Après Dieu, Beethoven est le sourd le plus célèbre de l’Histoire. (L’auteur de ce blasphème judéo-christiano-musulman est inconnu de moi, si quelqu’un connaît son identité...)
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  • LE BLITZ QUI BLESSE

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    Je prends toujours avec intérêt et amusement les sujets de polémique que m’offrent nos voisins français. Bien sûr je ne parle pas des vraies polémiques qui portent sur un fait de société et qui ont leur justification, comme par exemple celle du maintien en vie de Vincent Lambert, car là, nous sommes tous concernés en tant que créature humaine.

    Non je veux parler de ces petites disputes sans intérêt autre que de permettre à un peuple qui s’ennuie profondément de s’ébaubir : Il a fait sa conférence de presse sans cravate, comment ose-t-il ? Polémique ! La ministre s’est présentée devant l’Assemblée en robe à fleurs. Comment ose-t-elle ? Polémique ! Il a dit ‘madame la présidente’, comment ose-t-il ? Polémique !

    Cette semaine il s’agit de l’emploi d’un mot et d’une politicienne en action héroïque. Dame Loiseau a été choisie par le président Macron pour diriger la campagne de son parti aux Européennes. Bon, Dame Loiseau n’est pas d’un charisme étourdissant, elle fait plutôt mémé, mais on prend ce qu’on a. Surtout, elle vient de gaffer grave. Dans un débat, elle a prononcé le mot ‘blitzkrieg’. Comment a-t-elle osé ? Polémique !

    Il faut savoir que blitzkrieg est un mot boche, non pire, nazi. Il décrit la guerre-éclair au moyen de laquelle la Wehrmacht avec ses blindés a osé envahir la France en 1940. Son emploi par mame Loiseau lui a valu d’être citée à l’Opprobre de la Nation, d’être la cible de critiques, voire d’insultes. Que n’a-t-elle pas entendu.

    Il se trouve que ce mot a déjà été employé, par non moins illustre que François Fillon alors au sommet de sa gloire. Il n’y avait pas eu de réactions hostiles. Avec Loiseau, c’est autre chose, elle est dans les abysses, on peut lui taper dessus. Vae victis ! Remarquez que les Anglais emploient encore le mot blitz en parlant de ce qui fut la Bataille d’Angleterre. Avec cette différence toutefois que grâce à des pilotes héroïques, les Anglais furent victorieux, alors que les Français furent défaits par le même éclair. Mais cela vaut-il une querelle de vocabulaire ?




    Tant qu’elle ne crie pas Heil Macron...
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    Encore cette arithmétique à Bonzon, comme on disait jadis à Genève. Faut que j’explique. Je continue à être surpris qu’il n’y ait qu’un dieu et trois monothéismes. Et que ces monothéismes soient à couteaux tirés. C’est vrai ça, ils n’arrêtent pas de faire couler le sang alors qu’ils devraient s’entendre merveilleusement puis qu’ils ont la même idée de base.

    Je ne vois qu’une explication, c’est qu’il y a trois dieux uniques, je n’en vois pas d’autre. Vu comme ça c’est évidemment contradictoire, mais ces trois dieux ne serai(en)t-il(s) pas le même sous une appellation différente. Voyons cela de plus près.

    Dieu (God, Gott, Bojé, Dio dans les langues occidentales latines, germaniques, slaves) se dit Allah en arabe, c’est donc bien le même. À la question ‘croyez-vous en dieu ?’, la réponse sera selon la langue de l’interrogé. Dès lors, les petites différences dans la façon de lui rendre hommage devraient être sans importance. Tantôt, on garde son couvre-chef dans un édifice religieux, tantôt pas, tantôt on se débarrasse de ses chaussures. La prière se fait à heures fixes dans certains cas mais elle peut être aussi ad libitum, avec ou sans ablutions préalables, selon certains puritains, le coït doit se faire dans le noir en gardant ses vêtements mais il peut être plus libertin.

    C’est dans la description du paradis qu’il y aurait des différences essentielles. Chez les chrétiens, il sera tout de spiritualité : la vision, enfin, de l’Éternel avec accompagnement de harpe (d’accordéon peut-être en deuxième classe) devrait suffire à nos besoins psychologiques.

    Chez les musulmans, c’est plus concret. Des dizaines de poupées gonflables, on ne va tout de même pas leur donner des vraies vierges, l’islam respecte trop la femme, et du jus de raisin à volonté, on nous explique dans le Coran que ça sera du vin qui n’engendre pas l’ébriété, c’est donc du jus de raisin, je ne sors pas de là.

    L’invention du paradis et de l’enfer est une des plus pernicieuse qui s’est abattue sur l’humanité déjà malmenée. Elle ne profite qu’aux princes, aux cardinaux et aux imams, lesquels ont le même discours : le peuple est pauvre ici-bas, on va lui promettre une vie merveilleuse plus tard, une éternité sympa, le Coran ajoute même qu’au paradis couleront des ruisseaux, ce qui est aguichant pour le croyant, l’islam étant né dans des régions où l’oued est d’un débit décevant en été. Bref, de la propagande éhontée.

    Efficacité inverse pour l’enfer : l’homme, seul ou en groupe, ferait bien de ne pas se rebeller, car il sait ce qui l’attend : un pas de travers et c’est la torture (le feu, répété cent fois dans le noble kitab). La description des tourments qui vont frapper les contrevenants est d’autant plus effrayante que ces tourments sont éternels, pas de rémission pour bonne conduite ! On se demande si Mahomet savait ce qu’il dictait à son secrétaire Gabriel. Si c’est bien lui l’auteur, ce qui est contesté désormais.

    On aurait pu attendre de ceux qui ont inventé dieu qu’ils en fassent un vieillard (depuis le temps qu’il existe) soucieux du bien-être des créatures que nous sommes, un pépé débonnaire qu’on aurait plaisir à respecter. Le Coran nous dit bien, en exergue à chaque sourate, que dieu est miséricordieux, mais quand on lit ces sourates, on trouve un gaillard punisseur, vindicatif, violent, narcissique (adorez-moi !), et qu’on doit craindre.

    Chez les judéo-chrétiens, on chante ‘beatus vir qui timet dominum’, est heureux l’homme qui craint dieu. Ayant eu un père qui n’a jamais levé la main sur moi, je ne m’explique pas comment l’Autre pourrait avoir une attitude différente.

    Vous voulez croire en dieu, grand bien puisse vous faire si c’est une condition de votre équilibre psychologique. Mais s’il vous plaît, sans endosser les oripeaux mensongers des religions, cette Vierge qui apparaît à des gamins et fait des miracles, ce Prophète qui est allé au Ciel sur son cheval, ce Messie qui est mort et ressuscité, cet Abraham qui était prêt à occire son fils (il y en a pour tout le monde !), car vraiment ce sont là des billevesées inacceptables.

    Les religions sont souvent la cause des guerres. Au XVIe, la France connut une guerre civile religieuse, la Guerre de trente ans fut une guerre entre princes catholiques et protestants, entre l’Iran et l’Arabie, il y a une guerre civile larvée entre musulmans A et musulmans B. En France encore, dans certaines banlieues, une guerre civile religieuse a déjà commencé, il n’y a pas encore eu de coups de feu mais déjà des cocktails molotov et des coups de couteau. Même la Suisse connut avec le Sonderbund sa petite guerre religieuse. C’est dire.

    Il ne faut donc pas donner aux religions du grain à moudre. Une guerre de religion est une contradiction, une absurdité, un paradoxe, un non-sens. Elle signifie que l’humanité n’est pas encore sortie du stade de l’imbécillité. Il y a encore du chemin à faire. Notre seule arme est une laïcité rigoureuse, sans les adjectifs que certains voudraient lui imposer. Il ne s’agit pas de supprimer les religions comme le prétendait le perfide Tariq Ramadan (paix à ses bijoux de famille) mais de les maintenir dans leur enclos et de les empêcher de nuire. Soyons sur nos gardes.




    Le paradis cité plus haut a inspiré cette réflexion pessimiste :
    L’éternité, c’est long. Surtout vers la fin.
    (M’étonnerait pas que cette notion pessimiste émane d’Allan Stewart Königsberg, clarinettiste mais aussi cinéaste et humoriste, plus connu sous le nom de Woody Allen).
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