09/12/2017

J’AI ATTENDU TROIS JOURS

Après quoi, je me suis dit, c’est écrit là-haut, il va ressusciter. Comme l’autre. Ses fans en parlaient comme d’un être surnaturel, l’un d’eux, extatique, lui avait même serré la main, qu’il n’avait ensuite plus lavée. Il était la star de toutes les stars, le Français Johnny (né d’un père belge), Johnny superman. On était en route vers la canonisation, en tout cas il a été question d’obsèques nationales. Et je suis sûr que certains on dû penser au Panthéon. Aux grands hommes, la patrie reconnaissante. Johnny à côté de Voltaire, Victor Hugo, Jean Moulin, ça aurait de la gueule.

La France lui a donc rendu un hommage immense, les milieux politico-médiatiques ont dit leur admiration et leur chagrin, France Inter lui a consacré une journée entière, les journaux en ont fait leur une. Seul les patients sous coma ont échappé à cette déferlante. La presse suisse en a fait des tonnes. Les autres pays, dont les anglo-saxons, ont été plus modérés ; il faut dire que Johnny était un produit purement français, pas une star planétaire comme Sinatra, Trenet ou les Beatles.

Cet hommage était-il mérité ? Plutôt que de vous donner mon opinion, par peur des coups, je vais me cacher derrière celle de François Mauriac qui lui ne craignait rien*:

« Ce frénétique a peu de voix. Le seul chanteur à ma connaissance qui articule mal […] chez lui rien de perceptible que les cris d’un ‘delirium tremens’ érotique, et érotique à froid. Ce paroxysme imité des Noirs est horrible chez les Blancs parce qu’il ne participe plus au sacré. Au pire de leur frénésie, les Noirs gardent le contact avec l’invisible. Mais cette pitoyable jeunesse qui hurle et qui casse tout, mais ces danses obscènes de singes méchants et tristes. »

Rien à ajouter. Écrit-on encore aujourd’hui avec cette virulence élégante ?

Santo subito !


*Ses chroniques de la télévision


P.-S. Le délai est passé et il n’est pas encore ressuscité. Que fait le Bon Dieu ? Il n’a pas entendu la clameur ?

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02/12/2017

L’IMBÉCILITÉ FAIT RAGE

Jadis ou même naguère, on disait une connerie ou on en entendait une au bar du Café du commerce, et une fois dans la rue, elle était oubliée. Il en va tout autrement de nos jours, Internet a passé par là. Tout se sait tout de suite sur toute la planète.

Ainsi, j’ai repéré une imbécillité qui a été prononcée dans l’espace auguste de l’Assemblée nationale française. Pas moins. Une députée, dont l’aspect ne laissait pas apparaître qu’elle était foldingue, a demandé très sérieusement qu’on parle désormais de Journée du Patrimoine et du Matrimoine, histoire de montrer que les femmes avaient aussi contribué à la culture. C’est le genre de déclaration qui fait croire que si on change le vocabulaire, on change les choses. La réalité n’est pas au bout de la plume, elle est dans les têtes. Nous sommes quelques-uns à savoir combien la culture est redevable aux femmes, qu’elles ont été créatrices quand on les laissait accéder, les religions nonobstant, à l’éducation. Nous avons entendu parler de Sapho, d’Hypathie, brutalement assassinée, des sœurs Brontë, de Catherine de Russie, qui protégea les philosophes, notamment français, et fut elle-même écrivaine, nous admirons Marguerite Yourcenar, Madame de Sévigné, Marie Curie, Élisabeth Badinter sans qu’on nous les montre du doigt.

La suite, mais attention, c’est du lourd, on est chez les fadas. Des décideurs, allant sous le nom pompeux de Haut conseil de l’égalité entre homme et femme, demandent qu’on modifie la langue française de la façon suivante : on ne dira plus lecteurs, lectrices mais lecteur·trice·s chaque fois, c’est un ordre. Il faut que toujours le féminin apparaisse, l’adjectif subira le même sort, on dira cher·ère·s. Il va sans dire que ce bouleversement rend un texte illisible et modifie l’aspect harmonieux d’une page imprimée, il rendra encore plus difficile aux gamins de maîtriser l’écriture de la langue française, et la lecture aussi. Une protestation vient déjà de l’Académie française qui demande avec quelque raison qu’on ne défigure pas la langue. Une autre opposition vient, nos excités n’ont pas pensé aux conséquences, des aveugles pour qui l’alphabet braille demande déjà assez de dextérité pour qu’on ne vienne pas y ajouter des difficultés supplémentaires.

L’affaire en est là, les ministres s’en mêlent, dans un sens ou dans l’autre, les éditeurs, la maire de Paris. Tout cela fait peur. Vous verrez que les imbéciles, sur leur lancée, vont demander aux chrétiens de réciter ‘Notre Mère qui êtes aux cieux...’ Je n’invente rien, il paraît qu’on en parle déjà en Suède. Mais la Suède, hein…

 


Aussi ma coda de ce jour sera vengeresse :

Je vous salue, Mario, plein de grâce...

 

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26/11/2017

MAIS ON S’EN FOUT

La localité de Ploermel, en Bretagne, est en proie à une polémique qui en fait atteint toute la France, pays qui ne saurait vivre sans sa polémique quasi quotidienne.

Voici les faits : sur la grand-place s’érige une statue de Jean-Paul II, don d’un sculpteur ...russe. Cette statue est surmontée d’une croix et entourée d’un cadre qui semble être en béton. Avant d’entrer dans le vif du sujet, un propos liminaire : d’abord, l’ensemble est d’une laideur sans nom, c’est mastoc et sinistre. Ensuite, honorer ce pape d’une statue me paraît discutable. J’aime à rappeler que lors d’un voyage au Chili, il en avait serré cinq à Augusto Pinochet et lui avait même accordé sa bénédiction papale, pour ce qu’elle vaut. C’était l’alliance du sabre et du goupillon. La reconnaissance de l’Église envers un criminel politique. Quitte à irriter les Polonais qui ne jurent que par leur Jan Pawel, on s’abstiendra d’admirer cet entiaré.

Mais l’essentiel n’est pas là. Il s’agit de la croix qui ‘orne’ la statue. Des libres penseurs, emportés par leur zèle laïc, demandent qu’elle soit enlevée.

À quoi des catholiques également zélés s’opposent. Au nom de la liberté religieuse. Et de fait, la Convention européenne des droits de l’homme semble leur donner raison puisqu’elle stipule qu’on a le droit de manifester sa religion en public. Ce qui par parenthèse s’applique sur le plan local différemment à Fribourg et à Genève. Et ce qui, autre parenthèse, est parfaitement abusif, on n’affiche pas sa religion aux yeux d’autrui, il peut le prendre très mal, comme ces banlieusards parisiens qui s’opposent véhémentement aux prières (obscènes et musulmanes) de rue.

Pour ma part, croix ou pas croix, je m’en fous totalement. Je suis né et ai toujours vécu en Suisse, ce pays dont la charte fondamentale commence par ‘au nom du Seigneur, amen’. Je suis aussi athée mais ce préambule ne me gêne aucunement. S’il y a des compatriotes qui croient qu’ils sont protégés par un Dieu dont ils pensent qu’Il siège à la verticale du Gothard et qu’Il ferait ainsi de nous le véritable peuple élu, tant mieux, tant mieux.

Et quand je chante le Cantique suisse, mes accents émus qui montent au ciel sont aussi joyeux que ceux de mon voisin confédéré.

Disons que les Libres Penseurs français commencent à nous courir. Encore récemment, l’un d’eux se plaignait que le portail du cimetière où était inhumé son père, de la même observance, s’ornait d’une croix qui devait bien faire trente centimètres. On était dans un espace public et la laïcité était bafouée. Faut arrêter ! Je collabore régulièrement par des articles au Libre Penseur*, une publication romande, et je peux vous assurer que nous ne versons pas dans ces gamineries de préau d’école.

Faut pas se tromper de combat.

À bas la calotte.

 


*redaction.librepenseur@gmail.com

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