18/06/2017

AVIS DE DÉCÈS

C'est avec stupéfaction et tristesse que j'ai appris la mort de Natacha Polony. Il ne s'agit bien sûr que de sa mort médiatique, mais c'est déjà beaucoup. Elle est heureusement bien vivante, ce qui réjouira ses admirateurs (dont je suis). Comment ne pas apprécier cette jeune femme lumineuse, cette intelligence qui jette sur la situation du moment un regard lucide et qui annonce, par la petite mèche qu'elle a sur le front, qu'elle est, comme ses cheveux, rebelle.

Plutôt que de vous parler de ce qui fait les qualités de N.P., ce qui serait trop long dans les limites que je me suis imposées, je vous invite à consulter le site 'Natacha Polony rebelle' et ensuite à cliquer sur 'Les journalistes tenus en laisse'. C'est un entretien d'une bonne heure, mais attention, ça n'est pas un pensum, c'est un déferlement d'intelligence, par quelqu'un qui suit son rythme (important !), qui se donne quelquefois le temps de réfléchir à sa réponse, qui ne profère rien qui n'ait été réfléchi.

N.P. a donc été éjectée, sans trop de ménagements, d'Europe 1, où elle tenait la revue de presse. Il est clair que si on se prive des services de quelqu'un dont le talent ne fait aucun doute, il y a une manipulation politique dans les coulisses. Deux explications sont alors possibles. Soit Europe 1, pour plaire au pouvoir, et on sait que les médias, surtout français, ont ce réflexe pusillanime, décide de se séparer de tout collaborateur qui aurait la mèche et le reste rebelle. Soit, c'est le pouvoir qui a fait pression sur la direction d'Europe 1. Vous voyez une autre explication ?

Dans les deux cas, il s'agit d'une atteinte à une démocratie bien conduite, et dans un pays où elle est déjà égrotante. Il faut se rappeler que la démocratie est, si on considère l'histoire de l'humanité, une toute jeune demoiselle, dans certains pays, elle est à peine nubile. L'éviction de N.P. est un danger dont on aimerait que les Français aient conscience. D'autant plus que si la démocratie peut être atteinte d'un virus, comme tout être vivant, rien ne nous dit que ce virus ne puisse pas se transmettre à des êtres vivants du voisinage. C'est fragile, la démocratie, même lorsqu'elle paraît solide comme la nôtre.

 


Vox clamantis in deserto (Évangile Mathieu, III, 3)

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10/06/2017

J'ÉCRIS TON NOM, LIBERTÉ

C'est toujours amusant mais un peu paradoxal d'entendre un musulman prendre la défense de la liberté d'expression. Cette fois, c'est H ani R amadan (Achère donc) qui s'y colle. Il se fend d'une conférence intitulée Non à la censure, oui à la liberté d'expression. Tout l'autorise dans notre système à nous de le faire, Achère se vautre dans nos privilèges démocratiques comme dans un lit douillet.

Mais si on réfléchit (et nous sommes plusieurs à le faire), on se dit que notre imam local ne manque pas d'aplomb en demandant une liberté qui n'existe pas dans le système, l'islam, dont il est un des valeureux adeptes. Je dis bien système et non pas religion, car pour l'islam, la religion est un faux nez destiné à tromper son monde et à cacher son caractère totalitaire et conquérant. L'islam, c'est deux parties, le dar al-islam, les pays bienheureux où il règne déjà, et le dar al-harb, ceux qu'il lui reste à conquérir. Achère a cette chance d'être en Suisse, territoire non encore islamisé. Il peut donc emboucher la trompette de la liberté totale.

Ce qu'il ne pourrait pas faire en pays musulman si j'en crois la Déclaration islamique des Droits de l'Homme (?) qui dans son article 22, premier alinéa, dit ceci :

Tout homme a droit d'exprimer son opinion pourvu qu'elle ne soit pas en contradiction avec les principes de la charia.

Autrement dit, il est prié de la boucler.

Faut dire qu'Achère a eu des difficultés en France où il a même été déclaré persona non (poil à) grata. Il a été empêché de donner des conférences (soporifiques) car on a pensé qu'elles pourraient troubler l'ordre public. Sancta simplicitas ! Achère est bien trop avisé pour exprimer en France des opinions qui pourraient fâcher. Depuis le refuge helvétique, en revanche, il ne se gêne pas. Il a récemment, avant l'élection présidentielle, adjuré les Français musulmans de 'bien' voter, en quoi il se mêlait de ce qui ne le regardait pas. C'est une ingérence inadmissible, comme serait celle d'un Français qui me dirait comment voter sur, disons, les minarets. Il est évident que s'il est conséquent avec lui-même, Achère appelle de ses vœux une France qui serait dar al-islam. Alors il n'aurait plus à donner de consignes de vote puisqu'il n'y aurait plus d'élections : on ne vote pas contre Allah. Et il pourrait vanter les mérites de son Prophète, en vouant au jeunes momies ceux qui ne partagent pas son admiration et qui seraient privés justement de cette liberté d'expression qui lui tient tant à cœur.

Pour l'heure, il manque de tact. Mais le tact, Achère ne semble pas connaître, comme le prouve cette visite dans une classe de notre Instruction publique dont il est pourtant tricard. On a tous nos défauts.

 


Liberté, j'écris ton nom. (Poème de Paul Éluard, écrit en 1942, sous l'Occupation.)

 

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04/06/2017

LE MOT ET LA CHOSE

C'est chez nos voisins français une manie amusante et quelquefois irritante que cette idée que le mot vaut la chose, voire lui est supérieur et qu'il s'agit dès lors de s'attaquer au mot pour modifier une réalité déplaisante ou infamante.

Il y a trois méthodes employées, respectivement l'édulcoration, la modification et même la suppression dans les cas graves. D'abord l'euphémisme, la parole douce. J'en ai déjà parlé : le gendarme, dans sa perspicacité, a détecté un suspect. Mais dans sa taquetaquetique, il ne va pas l'arrêter mais l'interpeller (hep, vous là-bas !), puis ce suspect ne va pas être foutu au trou mais mis à la disposition de la justice. Des termes parlants de jadis ou même de naguère, on en est venu à une nunucherie qui fait qu'on ne sait plus très bien ce qui se passe. C'est voulu.

Ensuite on s'efforcera de changer le mot qui tue ou simplement qui croit-on fait vieillot. Ce sont les chefs qui décident. Ainsi, ceux de la SNCF, conscients de la nécessité de progrès, ont débaptisé le TGV qui s'appellera désormais l'INOUÏ. Ils ont dû manger beaucoup de poisson pour phosphorer de la sorte.

En politique même topo. Tant le FN que le parti socialiste envisagent de changer de nom. Histoire de se débarrasser de casseroles qui faisaient un insupportable tintamarre. Les électeurs suivront-ils ? Qui sait ?

La palme, si on devait en décerner une, reviendrait à ce politicien qui appelait de ses vœux une VIe République. Ils sont déjà à cinq mais apparemment, ça n'est pas suffisant. Il est clair que changer de numérotation, ça changerait tout.

On s'en voudrait de ne pas rappeler aux Français que notre Conseil fédéral n'a pas changé de nom depuis sa création en 1848, que le nombre de conseillers fédéraux depuis plus de cent cinquante ans ne dépasse que de peu la centaine, certains conseillers, n'ayant pas démérité, ayant tenu le poste quinze, vingt ans et plus.

Enfin, changer le mot peut se révéler faible. Dans certains cas, il faut carrément le supprimer. C'est ce que voulait le président Hollande (désormais ex-). Le mot, c'était 'race'. Il est évident que si on interdit le mot, là aussi, la chose disparaît. Les races n'existant plus, le racisme n'existe plus non plus. C'est aussi simple que ça. Moi, je n'y aurais pas pensé, il faut des grands esprits pour mettre le doigt sur un problème et tout de suite le résoudre.

En fait, il s'agit là tout au long de balourdises. Je n'emploie pas un mot plus dru, de peur de me faire moi aussi interpeller.

 


Madame, quel est votre mot
Et sur le mot et sur la chose ?
On vous a souvent dit le mot,
On vous a souvent fait la chose.
(Abbé de l'Attaignant, célèbre poète obscur)

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