25/04/2018

SILENT SPRING

En 1968, Rachel Carson, une biologiste américaine, lançait une bombe qui n'était pas exactement tirée d'un chapeau. Elle prédisait, cette cassandre, que si on continuait à déverser sans vergogne des pesticides dans la nature, on verrait disparaître les insectes qui sont la nourriture des oiseaux et par là la disparition des oiseaux eux-mêmes. D'où le titre de son livre, Silent spring. Plus de gazouillis, plus de roucoulades. Elle fut entendue et on la crédite d'être à l'origine du mouvement écologiste sur la planète entière.

Mais c'est d'un autre printemps silencieux dont je veux parler. Lors d'un reportage à Mossoul libéré des talibans, j'ai entendu cette phrase alarmante : on va de nouveau pouvoir écouter de la musique. En fait, j'ai été choqué mais pas surpris.

Ce qu'on sait, c'est que les talibans sont les plus obtus, les plus restrictifs, les plus fanatiques de l'islam. Pour eux ne comptent que le Coran et les hadiths, les faits et gestes du Prophète tels qu'on les leur a rapportés, avec ce que cela comporte de fraude.

Ce sont eux qui par exemple ont fait détruire, à l'explosif, les statues de Bouddah, un dangereux rival à leur Mahomet. Ils ferment les bibliothèques, brûlent les livres (il n'y en a aucun qui vaille), détruisent les instruments de musique. Quant à des écoles pour les filles, vous n'y pensez pas. Ils pensent comme ce personnage de Molière qu'une femme en sait toujours assez

Quand la capacité de son esprit se hausse
À connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse.
(Faire les changements nécessaires).

Des fous. Mais qui s'en tiennent au Coran, ce qui leur donne, croient-ils, une légalité.

Ce qu'on devrait aussi savoir, mais cela est réservé à ceux qui ont bêtement ouvert le Coran et ont noté un certain nombre de passages délétères, c'est que l'islam n'aime pas la musique. Les savants musulmans (lire les théologiens) sont quasi unanimes. Certains acceptent le tambour qui ne donne pas de mélodie, seulement un rythme. D'autres accepteraient que lors d'un mariage, des femmes chantassent, mais attention, toutes portes fermées, hors de portée de l'écoute des mâles qui, entendant des voix féminines, auraient leur bistouquette au garde-à-vous. Ils sont déjà sensibles de ce côté-là, pas besoin de les exciter davantage.

Cette interdiction a ses raisons. D'abord, on l'a vu, le pouvoir érotique des voix. Ceux qui ont assisté à un concert de Johnny le savent (Beethoven moins, sauf peut-être les chœurs de la Neuvième...). Mais surtout, la musique remplit le cœur qui devrait être consacré à l'adoration exclusive d'Allah. Allons, pas de distraction intempestive, le Créateur demande toute votre attention. Pas de cinéma non plus, il y a des séances qui pourraient coïncider avec une des heures de prière. Et n'oublions pas les ablutions avant de prier, dont un pédiluve peut-être nécessaire.

On termine avec une petite blague, pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore :

C'est un Américain qui meurt et va au ciel. Il est White Anglo-Saxon Protestant (WASP), ce qui se fait de mieux dans le genre, il n'est ni Irlandais, ni juif, ni musulman. Il est reçu à la réception par un ange qui lui dit :
— Vous allez être en présence de votre créateur, vous allez avoir une surprise.
— ?
— She is black.

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05/03/2018

Le « musée des civilisations de l’islam » ou l’attraction du vide

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Etant toujours hospitalisé mais en bonne voie de rétablissement, j'ai donné mon imprimatur à mon ami Christian Macherel afin d'alimenter quelque peu les populations en souffrance. Il a trouvé le moyen de se rendre à la Chaux-de-Fonds en plein hiver pour explorer le "musée des civilisations de l'islam" de l'inénarrable Nadia Karmous, qui y a pignon sur l'avenue Léopold-Robert -excusez du peu- avec la bénédiction des autorités politiques de la ville." A.T.


La Chaux-de-Fonds, cité de culture et d’industrie, possède depuis 2 ans un lieu étrange. Sur le fronton du superbe bâtiment art-déco, acheté et rénové à des coûts astronomiques, on lit qu’il y a là un musée dit des « civilisations de l’islam ». Cinq étages grandioses, vus de l’extérieur.

J’y ai visité pour la première fois de ma vie un musée sans objets, où l’on se promène dans un espace surprenant, parsemé d’écrans plats, de gadgets infantiles et de bornes numériques, un espace aseptisé qu’on veut nous faire apprivoiser par une architecture intérieure d’un luxe époustouflant, et par une muséologie sonore et visuelle propre à vous endormir debout. Esthétisme minimaliste soft, avec diffuseurs de senteurs, et dans votre casque audio des voix sucrées comme des loukoums qui vous guident vers le meilleur des mondes. On est dans Les Mille et Une Nuits.

Voilà pour l’enveloppe anesthésiante de cet ensemble vide. Reste à questionner le sens de cette vacuité financée par le Koweit et le Qatar.

Car il ne s’agit bien sûr pas d’un musée, mais d’une exposition high-tech à la gloire d’une religion qu’on vous présente comme l’alpha et l’oméga de l’humanité. A lire quelques commentaires du livre d’or, bien des gogos se laissent enfumer. Ils ne sont pas les seuls puisque les politiques de la ville, à majorité de gauche et d’extrême gauche, ont soutenu cette réalisation payée par des puissances du Golfe. On est loin de l’opium du peuple de Marx.

Mais passons au contenu.

Première surprise. L’exposition tient dans six petites salles, trois minuscules au rez et trois autres au sous-sol, à côté des toilettes. A vue de nez, un dixième du volume du bâtiment. Que cachent comme trésors les cinq étages supérieurs qui vous sont fermés? J’ai demandé, pas de réponse claire.

Allons-y pour la visite.

Dans la première salle du rez, l’audio-guide vous donne la clé  de tout le dispositif: avant 622 régnaient l’ignorance et l’erreur, la connaissance apparaît d’un coup avec Mahomet, puis se développe avec les savants musulmans. On connaît ce délire, mais est-il judicieux d’en faire la clé de voûte d’un musée qui se veut sérieux ?

Le visiteur lambda ignore peut-être que les savants de la science musulmane -un oxymore- n’ont rien à voir avec nos physiciens, nos paléontologues ou nos professeurs de l’EPFL Ce sont des théologiens et des politiques spécialistes de l’interprétation du Livre, puis de l’interprétation de l’interprétation et ainsi de suite à l’infini. C’est d’ailleurs ce que nous explique la salle 3 : si vous savez le lire, car il y a 7 niveaux de lecture pour chaque sourate, toute la science se trouve déjà dans le Coran. L’islam, combien de Nobel déjà ?

On apprendra dans la dernière salle, au sous-sol, que cette connaissance du Livre atteindra bientôt la Terre entière et que nous vivrons tous en paix. Au passage, on vous rappelle que l’islam arrive après les deux premiers monothéismes et après les polythéismes, les ennemis de toujours. Pour ce qui est advenu avant le prophète, c’est donc tabula rasa.

Nos étudiants seront ravis d’apprendre que leurs professeurs leur racontent n’importe quoi : en fait, Thalès, Pythagore, Euclide, Ptolémée et compagnie sont des nazes, les Sumériens et les Egyptiens des nuls, les ingénieurs et les architectes de l’Empire romain tous des incapables, Hamourabi un pauvre juriste de la Mésopotamie profonde, Epicure et Lucrèce des athées de la pire espèce.

Et pourtant. L’astronome grec Eratosthène par exemple, à qui Galilée rendra hommage, démontre vers 200 avant JC que la Terre est une sphère qui tourne autour du soleil. A l’aide de son gnomon et de la géométrie il en calcule même la circonférence avec une précision remarquable.

Neuf siècles plus tard, dans le Coran, la Terre est plate et immobile, « comme un tapis » précise une sourate. Elle l’est toujours, puisque le Coran énonce la vérité définitive. L’astrophysicien ( !) saoudien Azis Ibn Baz, grand mufti d’Arabie, président de l’université de Médine et récipiendaire du Prix du roi Fayçal en 1982, écrit dans son recueil « Fatwas de la famille musulmane » édité en français en 2009 aux éditions Al-Madina et disponible sur Amazon : « La terre est plate, celui qui déclare qu’elle est sphérique est un athée méritant une punition. » On n’arrête pas le progrès.

Poursuivons la visite.

Nous sommes devant la section des humanités de la salle 4. On nous explique la transmission des savoirs anciens et les traductions, l’âge d’or de l’islam en Espagne, appellation contrôlée. C’est une duperie pour grands naïfs: le visiteur est amené à confondre arabes et musulmans, invention et transmission, science et religion, raison et croyance. Pour preuve, cet étonnant mur-bibliothèque où dans des encoches sont placés une quinzaine de livres qu’on peut consulter : Aristote, Porphyre, Euclide ou Galien en édition bilingue des Belles-Lettres, et parmi ces monuments de l’héritage classique, tiens mais quelle surprise, pas moins de trois éditions du Coran en français. Allez savoir pourquoi.

J’espérais trouver dans cette salle une référence au grand Averroès, philosophe et médecin. Néant sur le plus fameux représentant de cet âge d’or de l’Andalousie, banni pour hérésie et exilé en Afrique. Tentons une explication : il est à l’islam ce que Spinoza est au judaïsme, un libre-penseur brillant et progressiste.

Sur Naghib Mahfouz, le Nobel de littérature égyptien de 1986, rien. Normal, c’était un mécréant. Il a d’ailleurs été poignardé par un islamiste pour ses positions pacifistes et laïques. Sur les grands auteurs actuels, rien non plus. Normal, on ne va quand même pas rappeler ici que la tête de Salman Rushdie est toujours mise à prix.

Venons-en au terme « civilisation » puisque tel est l’objet de ce prétendu musée. Il y aurait donc plusieurs civilisations de l’islam.

Je m’attendais à les découvrir dans leur variété et leur spécificité, comme on peut le faire avec les collections du British ou du Louvre: l’Asie n’est pas l’Afrique, la Perse n’est pas l’Indonésie, l’empire ottoman n’est pas l’Egypte, qui ne sont pas le Maroc, la Tunisie, l’Arabie Saoudite, le Mali etc. Ici, aucune différenciation n’est exposée. Rien sur les cultures, les langues, les moeurs, forcément très dissemblables d’un bout à l’autre des continents. Aucune perspective historique, anthropologique ou ethnologique. Rien sur les femmes, cela va de soi. Rien sur les organisations politiques, les conquêtes et la charia, ce serait gênant pour ces occidentaux qui s’effraient un peu vite.

Il n’y a en réalité qu’un bloc monolithique, l’oumma, qui apparaît dans la dernière salle, celle des vidéos du futur où le monde est devenu musulman. Houellebecq et Huntington auraient-ils vu juste ? On y voit sur d’immenses écrans des garçons et des filles grandeur nature « issus de la diversité » contemporaine nous inviter à les rejoindre, car nous sommes tous frères et sœurs. Enfin surtout frères…musulmans.

Voilà, le visiteur a terminé son parcours initiatique et incantatoire. Il n’a vu ni musée, ni civilisations, puisqu’il n’y en a pas. Ce qu’il a vu et entendu, c’est une puissance de séduction et un discours de marketing qui rappellent immanquablement frère Tariq, un proche de la directrice Karmous qui vient d’en faire son héros persécuté.

Christian Macherel

 

(N.B. : André Thomann n'ayant actuellement pas accès à son PC habituel, il n'est pas en mesure de traiter vos éventuels commentaires dont il ne prendra connaissance qu'à son retour de convalescence. Merci de votre compréhension.)

 

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07/02/2018

ABSENT POUR QUELQUES SEMAINES

Je suis absent pour quelques semaines, le temps d'une convalescence après une intervention chirurgicale. Je me réjouis de vous retrouver très bientôt sur mon blog.

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