10/04/2017

WELCOME HOME

Pour une fois, je vais défendre Hani Ramadan. Cette reconduite aux frontières est une piteuse gesticulation d'un gouvernement aux abois et qui essaye de faire dans les dernières semaines de son existence ce qu'il n'a pas fait pendant les cinq années de son pouvoir. Chasser notre homme du territoire français, quelle erreur ! On ne lui a pas mis les menottes j'espère, pensez, un docteur ès lettres.

Il ne faut surtout pas empêcher H.R., Achère donc, de s'exprimer et ainsi en faire une victime, un rôle qu'il connaît par cœur. Il faut au contraire écouter son discours et alors lui rentrer dans le cadre, lui voler dans les plumes, le vouer aux jeunes momies, en un mot, le contrer, le mettre en face de ses contradictions et de ses mensonges, car il ment, par omission ou commission, comme il respire. Sa tactique est simple et efficace devant des journalistes qui n'ont jamais mis le nez dans le Coran. Il cite les passages qui lui plaisent et omet ceux qui pourraient fâcher. Et quand on le confronte avec des mots malencontreux qu'il a proférés, il déclare simplement qu'il ne les a jamais dits.

Soit cet exemple précis : parmi les attendus du ministre français de l'Intérieur qui a décidé de l'expulsion il y a cette phrase :

« Une vraie musulmane doit porter le voile intégral en tout lieu et en toute circonstance ; seul le mari doit pouvoir la voir sans voile. »

À quoi Achère répond qu'il n'a jamais tenu de tels propos.

Sauf que si, il les a tenus, c'était lors du fameux débat entre lui et Pierre Cassen. Il a dit exactement ceci :

« Ma femme porte le voile, mes filles portent le voile. Je ne vois pas pourquoi ma femme irait exposer ses charmes à quelqu'un d'autre que moi. »

Donc, pas d'exhibitionnisme malsain de la part de madame Ramadan. C'est elle qui voit. En revanche, un mensonge de toute beauté de la part de son mari. À verser aux archives.

Et puis ceci encore, je vais quand même critiquer notre homme. Dans son communiqué de presse donné à la suite de la décision ministérielle, je note cette phrase : « Dans une république, on dialogue pour se connaître […]. »

Moi, je voudrais bien dialoguer, mais il se trouve que lorsque j'envoie un commentaire à son blog, il ne le publie pas, faut dire que je n'ai pas un nom à consonance arabe et que je ne suis généralement pas d'accord avec lui. Ça fait beaucoup. Notez que ça peut se comprendre. Dans son système, toute décision vient d'Allah, il n'y a donc rien à discuter. Mais alors, il ne faut pas venir parler de dialogue.

 


... menacé par les pieds de la dame au clebs. (Une de ces trouvailles du regretté Jack Rollan. Ce que ça vient faire ici ? Rien, c'est pour le plaisir, et pour rappeler le souvenir d'un homme d'esprit.)

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07/04/2017

IRAN TAN PLAN

Dans un blog voisin, Sylvain Thévoz est allé à Téhéran et y a interrogé tambour battant des Iraniennes sur ce qu'elles pensaient du voile. Première remarque : il parle d'un bout de tissu, ce qui est une appellation dédaigneuse et trompeuse. Si on va par là, le drapeau suisse (ou de n'importe quelle nation) est aussi un bout de tissu, mais on sait bien que ça n'est pas que cela.

Le constat de notre blogueur serait que les femmes interrogées pensent, pour certaines, que le voile est sans importance et qu'il y des choses qui comptent plus dans leur existence : l'égalité des droits, la possibilité de se marier avec qui on veut, etc. Mais cette égalité existe-t-elle ? Dans un pays où les femmes ont l'interdiction de faire de la bicyclette, à cause du pouvoir érogène de cette activité ; dans un pays où des joueuses de billard sont interdites de compétition internationale parce que leur tenue ne respecterait pas les normes de l'islam (le grotesque de ces ukases pourrait faire penser que je les ai inventés, mais ça n'est pas le cas), peut-on parler de l'égalité des droits ? Quant à épouser qui elles veulent, elles le peuvent évidemment. À condition qu'elles ne se soient pas mis en tête de convoler avec un non-musulman. Dura charia, sed charia !

Il est vrai que notre blogueur a rencontré des Iraniennes qui étaient fières de porter le voile. Je ne peux mettre cela en doute puisque lui y était et moi pas. Mais je suis perplexe, pour ne pas dire plus. J'ai pour cela une raison péremptoire, c'est ce qu'a écrit sur le sujet Chahdortt Djavann, vous savez, cette splendide Iranienne qui a fui son pays à la théologie totalitaire pour se réfugier en France, apprendre le français et ensuite écrire des livres dans cette langue. Un parcours admirable.

Voici ce qu'elle écrit et que Sylvain Thévoz ne connaît sans doute pas :

« De treize à vingt-trois ans, j'ai été réprimée, condamnée à être musulmane, une soumise, emprisonnée dans le noir du voile. De treize à vingt-trois ans. Et je ne laisserai personne dire que ce furent les plus belles années de ma vie. » Et ceci encore : « Le voile pour les mineures doit être considéré comme un acte de maltraitance physique, psychique, sociale et sexuelle. »

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La condamnation est donc totale, sans appel. Elle vient d'une personne qui parle de son vécu, et qui en parle librement parce qu'elle n'a pas en face d'elle une gardienne de la révolution qui lui dit de la fermer, on est en France où ces choses sont encore possibles pour l'instant, mais gare à l'accusation d'islamophobie ! Peut-être que le micro-trottoir de Sylvain Thévoz ne recevait pas des témoignages entièrement libres, allez savoir.

Pour ma part, je ne saurais que vous recommander à tous la lecture de Bas les voiles de Chahdortt Djavann, ou à tout le moins d'entrer son nom dans votre moteur de recherche préféré et cliquer ad libitum sur les résultats obtenus, notamment des vidéos, vous verrez ainsi combien elle est belle, pas d'une beauté hollywoodienne aux canons lisses, mais celle qui montre qu'il y a une âme derrière ce visage. À bon clic !

 

 

Le port du voile, c'est l'étoile jaune de la condition féminine. (Encore Djavann)

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01/04/2017

JE CROIS AU GIN

Le gin est un liquide alcoolique fait de céréales diverses distillées et qu'on améliore en y ajoutant divers composants, dont principalement le genièvre, d'où son nom original hollandais 'genever'. De nos jours, il se boit rarement pur, on y ajoute quelques gouttes d'angostura pour en faire un pink gin, et surtout il est la base d'un des grands cocktails classiques, le dry martini, deux tiers de gin, un tiers de vermouth français sec et là aussi, quelques gouttes d'angostura. Je crois donc aux vertus bienfaisantes du gin avant un repas un peu élaboré. À boire modérément bien sûr.

Bon, ça c'était pour l'apéro, on passe maintenant au sujet principal avec changement d'orthographe : les djinns. Ce sont des êtres invisibles, insaisissables qui datent d'un vieux fond sémite. Toutes les ethnies ont ces personnages mythiques, inventés mais censés avoir une existence réelle. Les Irlandais ont le leprechaun, sorte de farceur inoffensif, les Russes, la sorcière Baba-Yaga, nous avons en Occident le Père Noël, avatar de saint Nicolas. Personne n'est victime, les petits enfants sont affranchis après quelques années. Plaisamment, l'expression est restée : Dis donc, tu crois au père Noël ?

Le Coran, ce camion-poubelle qui ramassait tout ce qui traînait a naturellement inclus les djinns dans son corpus, sourate LI, verset 56. Mais ces êtres invisibles, qu'on ne peut donc appréhender, font l'objet d'études, de description de leurs habitudes, de la part de 'savants' musulmans qui en parlent comme de réalités.

Florilège : les djinns mangent-ils, si oui, quoi ? S'adonnent-ils au coït, si oui, comment ? Peuvent-ils dès lors avoir une descendance ? Sont-ils pieux ? Seront-ils admis au paradis ? On est en pleine démence, on se demande où est l'infirmier qui ramènera ces dérangés mentaux dans leur chambre et leur donnera la piqûre pour la nuit.

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C'est le problème des religions. Qu'on puisse croire en Dieu, en un Grand Horloger selon Voltaire, pourquoi pas. L'Univers est une chose si inexplicable, la constatation qu'il y a quelque chose, alors qu'il pourrait n'y avoir rien, est si stupéfiante qu'on peut avoir envie de chercher une explication supra naturelle. L'homme n'aime pas les questions sans réponses. Tout petit, c'était déjà des 'Maman, pourquoi...' à n'en plus finir. Et la maman n'avait pas toujours la réponse. Pas plus que nous.

Mais si intervention divine il doit y avoir, pourquoi les religions sont-elles si méchantes avec ceux qui s'en déclarent adeptes et les rendent-elles stupides ? On pourrait admettre un Créateur sympa, fier de ses créatures

Et dont l'unique soin serait d'approfondir
Le douloureux secret qui les faisait languir
(Baudelaire, légèrement modifié Thomann).

Au lieu de cela, on a une sorte d'ogre, un personnage dont le Coran nous dit au début de chaque sourate qu'il est miséricordieux mais dont on nous explique ensuite que sa colère est terrible et qu'il punira atrocement ceux qui dépassent de plus de deux minutes l'heure sacrée de la prière. Tout cela évidemment n'a rien de divin mais sont des indications purement humaines destinées à maintenir le croyant dans un état de soumission dont profitent les prêtres avides de pouvoir. Les autres monothéismes ne sont pas en reste, des juives fanatiques se rasent la tête et portent perruque ; des chrétiens en quête de paradis veulent faire le pèlerinage de Compostelle pieds nus pour souffrir comme le Christ et qui après deux jours, les arpions en sang, doivent abandonner leur pieux voyage.

On le voit, les religions ne font rien pour l'intelligence de l'homme ou sa délivrance de la peur. Elles le terrorisent et l'abrutissent. Et l'homme, victime d'une Propagandastaffel efficace, refuse de s'en affranchir. Les prêtres de toutes confessions nous assènent qu'il faut craindre Dieu, Yahvé ou Allah. On pense à ceux qui se remémorent leur enfance, 'mon père était sévère, il nous battait'. Ce Créateur qui bat sa créature, je vous demande un peu.

Pour en revenir aux djinns, je me rappelle une phase intéressante à la télévision. Un teigneux avait demandé à Tarik Ramadan s'il croyait aux djinns. Vous voyez T.R., que des journalistes peu regardants s'obstinent à appeler l''intellectuel genevois', cet homme a le verbe fort, la rhétorique habile, quelquefois teintée de mensonge, bref, il en impose, mais ce jour-là, c'était sotto voce, à peine perceptible, qu'il confessa que oui, il croyait aux djinns. Même un intellectuel peut avoir des faiblesses. En tout cas, cette courte séquence a fait le bonheur des connaisseurs.

 


Dieu ! La voix sépulcrale
Des Djinns... Quel bruit ils font !
(Victor Hugo, poème 'Les Djinns' justement. Mais il avait tout faux).

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