Le blog d'André Thomann - Page 6

  • LA LAÏCITÉ COMME SI VOUS Y ÉTIEZ

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    C'est un épisode que je me lasse pas de raconter : je me promenais tel jour à Carouge, rue Saint-Victor, celle où passe le tram, avec un ami irlandais de Belfast (le détail a son importance ). Nous passions devant un premier édifice religieux dont il me demanda l'identité. C'est le temple protestant de Carouge, l'instruisis-je. Nous parcourûmes encore quelque trois cents mètres pour arriver à une église. Je devançai sa question : c'est l'église catholique de Sainte-Croix.

    Il me regarda avec un sourire marqué d'humour irlandais (qui peut être dévastateur, pensez à Swift et son Modest Proposal) et me dit : 'Si près l'un de l'autre ?'

    Sa feinte surprise n'était pas la mienne. Cette proximité, même pas protégée par des barbelés, comme ça doit être le cas à Belfast, était pour moi l'illustration parfaite de la laïcité telle que Genève (et Carouge) la connaît. Accepter toute religion, dans la mesure où elle est tolérante à l'égard des autres et que l'État ne s'en mêle pas. C'est simple, ça n'a pas besoin d'adjectifs et devrait être acceptable par tous.

    Mais voilà que Tariq Ramadan, notre troubadour de la bonne parole musulmane, y voit autre chose : la laïcité, insinue-t-il, est là pour combattre les religions. Avec le respect que je dois à un professeur d'Oxford, je dis qu'il a tout faux. Ou qu'il ment, ce qui serait assez dans la rhétorique du bonhomme. La laïcité est ce que j'ai dit plus haut. Il n'est pas question de combattre, d'interdire, d'exiler les religions. T.R. se fait victime avant d'être battu, c'est dans la tactique de bien des musulmans.

    Si l'on se doit de tolérer les religions au nom de la liberté de chacun d'avoir les opinions les plus saugrenues (car qui peut juger de la saugrenuité d'une opinion), on peut cependant les critiquer, voire s'en moquer. Lorsqu'un catholique fervent dit que l'hostie consacrée contient une certaine protéine animale ; lorsque la Bible me raconte que Yahvé fit détruire Sodome parce que c'était un nid de pédérastes ; lorsqu'un hadith me signale que Mahomet est allé guigner à la porte de l'enfer et y a vu surtout des femmes ; sans parler de la mise sur orbite d'un certain nombre de personnages choisis, je me permets de ricaner bêtement.

    Bon, qu'on considère qu'il ne peut pas y avoir eu de Création sans l'intervention d'un Créateur est une notion qui peut se concevoir. Je ne la partage pas, l'idée qu'il y a quelque chose plutôt que rien reste pour moi un mystère qui n'a simplement pas de réponse. Mais qu'on associe ce Créateur à des 'effets spéciaux' façon Hollywood cela est déraisonnable. Il n'y a pas de miracles, seulement des choses surprenantes. La laïcité autorise quiconque à croire à ces choses déraisonnables mais n'oblige personne à participer à cette croyance. Ai-je répondu au professeur ?





    Hosannaleikumetspiritussanctus
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  • RÉDUIRE LA VOILURE

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    Il s’en passe des choses à Genève. Une polémique, une. On va battre le record de la France pour qui la polémique est une occurrence quasi hebdomadaire. Faut bien qu’on s’amuse un brin.

    Il s’agit cette fois d’une dame meyrinoise mais dont le nom Tiguemounine semble indiquer qu’elle vient au départ du Maghreb, ce qui n’est pas une tare. Elle est musulmane et s’affiche comme telle en portant un foulard. Elle serait suédoise, on pourrait penser qu’elle est luthérienne mais alors rien ne permettrait de la distinguer dans la rue. C’est là que le problème commence, et la polémique. Cette dame siège, voilée, au Conseil communal de Meyrin et ambitionne le Gand Conseil où elle entend siéger également voilée, sous la bannière des Verts, qui n’y voient pas malice. Faut dire que les Verts, à part leur chasse au carbone doublement oxygéné et l’interdiction des tsunamis, me paraissent peu au courant des problèmes de notre temps.

    Car l’islam est un de ces problèmes. Pas les musulmans. J’en connais un qui boit du vin aux repas, qui a épousé une Valaisanne catholique, du Haut-Valais en plus, qui parle un dialecte incompréhensible aux autres bourbines, il est donc hors de cause.

    Si l’islam est le problème, c’est qu’il est porteur d’une contradiction. Notre système politique s’appelle une démocratie, il émane donc, comme le dit l’étymologie, du peuple, qui l’a forgé. L’islam, lui, déclare que la loi vient de Dieu, ce qui est diablement différent. Ainsi, les discussions, particulièrement en France, sur la compatibilité de l’islam et de la démocratie, me paraissent oiseuses. Si un musulman pur loukoum accepte de vivre en démocratie, qu’il appellera dar al-harb, le pays à conquérir, c’est la mort dans l’âme, en attendant qu’il devienne dar al-islam, le pays conquis.

    Notre brave dame voilée se trouve devant une impossibilité causée par le Coran. Si elle croit, ce qui serait plausible, que le Coran est d’inspiration divine, comment peut-elle avoir le culot de siéger dans une assemblée qui prétend faire ses propres lois, qui ne peuvent être qu’humaines. Elle n’a pas réfléchi à cet aspect de son engagement politique. Elle profite d’un système local où ce foulard auquel elle tient n’a pas sa place, alors que dans les pays qui se réclament de sa religion, c’est ce système qui n’a pas sa place : on n’imagine pas des dépêches d’agence comme ‘Le parlement s’est réuni hier à Riyad’ ou bien ‘La campagne électorale vient de commencer au Qatar’.

    Je crois plutôt que comme la plupart des musulmans, elle n’a pas lu le Coran (psalmodier n’est pas lire). Qu’elle continue donc avec sa pseudo-religion et les oripeaux qui vont avec mais qu’elle ne se mêle pas d’une activité politique pour laquelle elle n’est pas faite. Nous vivons ici dans une laïcité chèrement acquise où dans les édifices religieux, les hommes et les femmes entrent par la même porte et se mêlent ensuite sans que la lubricité des hommes se déchaîne dans ce lieu sacré.





    Allah mit uns.

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  • LE LAIT. LAID ?

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    Vous l’aurez sans doute remarqué, mais nous sommes inondés sur le web de rubriques qui se soucient de notre bien-être. Il s’agit de créer des sportifs centenaires et des quadras peu adipeux. D’où des conseils péremptoires : des aliments qui vous rendront la forme et ceux qu’il faut éviter à tout prix.

    C’est sur la santé bien sûr que portent les efforts de ces nouveaux prédicateurs. Suivez nos conseils et vous ne mourrez plus, ou très peu. Ils vous éviteront de nombreuses maladies graves comme le cancer, l’hydropisie, le béribéri, le kamasoutra. Déjà la doctoresse Kousmine déclarait guérir le cancer en supprimant le beurre de l’alimentation. Elle a fait des petits.

    Un des conseils m’a surpris. Il s’agit du lait, qui est déclaré un poison de première. Une de ces spécialistes ès régimes s’est vue confirmée dans ses vues par un compère qui englobe de son opprobre tous les produits lactés, y compris le fromage blanc et le yoghourt. Moi qui croyait que la longévité légendaire des Bulgares était due à l’ingestion de yoghourt justement. Peut-être ne vivent-ils pas si longtemps et c’est moi qui ai faux.

    Sauf qu’un autre de ces bienfaiteurs prône au contraire un régime lacté. Allez vous y retrouver. Et bannit les œufs que d’autres considèrent comme un riche apport de protéines.

    Et tous sont à peu près d’accord pour la viande. Si pour des raisons gourmandes, on ne peut pas complètement s’en passer, il faut drastiquement en limiter la consommation. Quant au vin, ha, on n’en parle même pas.

    Une de leurs obsessions, c’est le sain (saint?) petit-déjeuner. Pas question de blasphème. Ce repas sera bio ou ne sera pas. Il pourra comprendre des baies d’açaï, du kéfir, des graines de lupin ou des pétales de je ne sais plus quelle fleur exotique. Mais quelle ménagère genevoise n’a pas tout ça dans ses armoires de cuisine ?

    Dans ces recettes du ptit-déj, j’ai cependant détecté un grand absent : la confiture. Je suis né moi-même d’une mère confiturière. Elle en faisait bien une centaine de verres par an, abricots, cerises, fraises, framboises/raisins de mars mélangés et en fin de saison, tout était rupé et elle recommençait. Je crois qu’elle était accro à leur odeur quand elle les cuisait. À ce sujet, on lira avec plaisir un petit texte de Georges Duhamel (vous cliquez sur Duhamel les confitures) qui remet le potager au milieu de la cuisine.

    Il s’ensuit que dès mon plus jeune âge, j’ai été plongé dans la confiture (essayez de vous représenter le tableau !) et que je n’ai cessé d’en manger, sauf mes années en Angleterre où je me gorgeais d’œufs au bacon puis de marmeléide. Aucun trouble morbide ne s’en est suivi. Et si je meurs après huit heures du matin, j’aurai encore une dernière fois l’occasion d’en manger. On verra.

    Il reste que cette offensive néo-diététique, avec ses ukases et ses contradictions, me paraît être l’œuvre de pseudo-scientifiques (Une étude a montré… Méfiez-vous d’un article qui commence ainsi) qu’on peut avoir des raisons d’envoyer se faire voir. Mon propre conseil dans ce domaine tient en quatre mots : ne vous gavez pas.

     


    Allez, pour ma coda, une histoire bulgare justement.

    Un vieillard de ce pays fête ses cent ans et est interviewé par le journal local sur sa remarquable longévité.
    — C’est yoghourt et kil de rouge à tous les repas.
    — Ben dis donc, et votre père buvait déjà autant ?
    — Pourquoi employez-vous l’imparfait ?

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