22/12/2017

IL N’Y A PAS DE VILLE SAINTE

Ou alors elles le sont toutes. Elles sont celles où nous avons nos contacts, nos dieux lares. Je me trouvais un jour à New-York avec une Américaine à Greenwich Village, quartier bohème de New-York. Elle me signalait qu’elle ne saurait habiter ailleurs. C'était son domicile saint. J’avais aussi des amis en Pologne, à Poznan, ville agréable, sociable, un peu boche dans son architecture. Et la dame du couple était une poznanienne intense et elle non plus ne se voyait pas vivre ailleurs.

Moi, ma ville sainte, c’est celle où j’habite, une ville où il a un boulevard des Philosophes, ça doit être unique au monde. S’il y a une autre ville avec une artère ainsi nommée, qu’elle se manifeste, on pourra mêler nos jus. Notre ville sainte est celle où nous avons nos amis, celle où nous avons nos commerçants qui deviennent quelquefois des amis, où nous avons notre bistro, lieu social, lieu sacré ?

Faut pas croire, il y a du sacré en chacun de nous. Chez moi, il est dans ma maison même, c’est ma bibliothèque et ma cave. Je n’y prie pas mais je rends grâce aux écrivains et aux vignerons qui m’ont, les uns fait accéder aux activités de l’intellect, les seconds au plaisir de l’olfaction. Le spirituel et le matériel, si l’on veut.

Alors leur histoire de Jérusalem ville sainte où trois religions (pas moins) se disputent la prééminence, cela fait doucement rigoler (rigoler empêche de gerber, c’est déjà ça), c’est la ville où est mort Jésus, c’est la troisième ville sainte de l’islam, c’est la ville juive par excellence, donc un pedigree chargé. Avec des fidèles dont les contorsions font douter de leur santé mentale. Le moins qu’on pourrait demander, c’est que ces trois religions de paix rivalisassent pour la maintenir au moins là, à défaut du Yemen où des bombes musulmanes (fournies par la France et les USA) font des victimes également musulmanes.

Non, vraiment, l’indignation des musulmans à l’annonce de la décision du président Trump me paraît bien dérisoire, elle se trompe de cible. Tant il est vrai qu’ils ne font jamais que ce qu’on leur dit de faire.

 


Oui je viens dans ce temple adorer l’Éternel (Racine, dans Athalie)

Pour temple, vous avez trois options, pour Éternel aussi.

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15/12/2017

IMBÉCILITÉ (bis)

Je ne pensais pas vous soumettre une deuxième mouture de mon blog récent mais je suis tombé sur une énormité dont je me dois de vous faire part. Vous allez en apprécier tout le suc.

Voici : une parlementaire anglaise a demandé que soit supprimée la lecture pour les mouflets du primaire du conte à la fois de Perrault et des frères Grimm (avec des variantes) de la Belle au bois dormant. Motif : le prince qui devait réveiller la princesse d’un sommeil de cent ans allait le faire au moyen d’un baiser. Or, la princesse étant endormie, ne pouvait pas dire si elle était consentante, il s’agissait donc (non, restez assis) d’un harcèlement, on était à la limite du viol, les auteurs cependant restant muets sur ce point, ne décrivant même pas le baiser, s’agissait-il d’une simple bise sur la joue ou s’il y était allé d’une vigoureuse pelle à réveiller un mort, une morte en l’occurrence, ce qui aurait été une nécessaire efficacité après cent ans.

Si on suit le raisonnement de cette lady, on peut se demander si elle va assez loin. Il y a foison de contes à supprimer chez ces inconscients qu’étaient Perrault et les Grimm’s brothers.

Un choix : Hänsel und Gretel, (Grimm) ces petits frère et sœur, honteusement abandonnés dans la forêt par leurs parents indignes. Occasion d’opposer les enfants aux parents, ce qui arrive déjà assez souvent. Le Petit Poucet, scénario semblable, de Perrault, encore des parents indignes. Et puis Barbe bleue, un serial killer, peu indiqué pour les petits. Trop gore ! Et encore ce Chat botté, l’histoire d’un escroc qui arrive à ses fins par le mensonge et la tricherie. Ça doit rappeler des épisodes de la réalité.

Pour les adultes aussi : comment accepter que Madame Bovary soit en vente libre ? Cette femme adultère qui aurait cent fois mérité la lapidation, si on en croit Hani Ramadan. Et que dire de Phèdre, une cougar qui voudrait se taper un petit jeune. Ah, elle est belle la morale des grands écrivains ! Allez, qu’on me brûle tout ça.

Oops, qu’est-ce que j’ai dit ? Brûler des livres, c’est le fait des dictateurs, moustachus (on en connaît au moins deux) ou barbus. Un de ces derniers, un calife, je crois, déclarait que si un livre contredisait le Coran, il était nuisible, s’il l’approuvait, il était inutile. Lisez Mein Kampf pour Coran et tout devient clair. Alors, ne brûlons ni Perrault, ni les frères Grimm, ni Flaubert, ni Racine, relisons-les plutôt. Et vouons cette stupide lady aux jeunes momies.


Ma coda de ce jour, une petit blague que j’ai entendue une première fois en anglais, je vous la livre en version originale :
If a diplomat says yes, he means maybe, if he says maybe, he means no, if he says no, he is not a diplomat.
If a lady says no, she means maybe, if she says maybe, she means yes, if she says yes, she is not a lady.

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09/12/2017

J’AI ATTENDU TROIS JOURS

Après quoi, je me suis dit, c’est écrit là-haut, il va ressusciter. Comme l’autre. Ses fans en parlaient comme d’un être surnaturel, l’un d’eux, extatique, lui avait même serré la main, qu’il n’avait ensuite plus lavée. Il était la star de toutes les stars, le Français Johnny (né d’un père belge), Johnny superman. On était en route vers la canonisation, en tout cas il a été question d’obsèques nationales. Et je suis sûr que certains on dû penser au Panthéon. Aux grands hommes, la patrie reconnaissante. Johnny à côté de Voltaire, Victor Hugo, Jean Moulin, ça aurait de la gueule.

La France lui a donc rendu un hommage immense, les milieux politico-médiatiques ont dit leur admiration et leur chagrin, France Inter lui a consacré une journée entière, les journaux en ont fait leur une. Seul les patients sous coma ont échappé à cette déferlante. La presse suisse en a fait des tonnes. Les autres pays, dont les anglo-saxons, ont été plus modérés ; il faut dire que Johnny était un produit purement français, pas une star planétaire comme Sinatra, Trenet ou les Beatles.

Cet hommage était-il mérité ? Plutôt que de vous donner mon opinion, par peur des coups, je vais me cacher derrière celle de François Mauriac qui lui ne craignait rien*:

« Ce frénétique a peu de voix. Le seul chanteur à ma connaissance qui articule mal […] chez lui rien de perceptible que les cris d’un ‘delirium tremens’ érotique, et érotique à froid. Ce paroxysme imité des Noirs est horrible chez les Blancs parce qu’il ne participe plus au sacré. Au pire de leur frénésie, les Noirs gardent le contact avec l’invisible. Mais cette pitoyable jeunesse qui hurle et qui casse tout, mais ces danses obscènes de singes méchants et tristes. »

Rien à ajouter. Écrit-on encore aujourd’hui avec cette virulence élégante ?

Santo subito !


*Ses chroniques de la télévision


P.-S. Le délai est passé et il n’est pas encore ressuscité. Que fait le Bon Dieu ? Il n’a pas entendu la clameur ?

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