Le blog d'André Thomann

  • O TEMPORA, O MORES (Cicéron)

    Imprimer

    C’est du latin. Je vais traduire :
    O tempora : on vit une drôle d’époque.
    O mores : la morale n’est plus ce qu’elle était.

    Des agités pseudo universitaires américains (qui d’autre ?) sans doute munis d’opulents curriculum, mais des pauperes spiritu ont décidé motu proprio de supprimer le grec et le latin des programmes d’études. Et avec ces deux langues les littératures dont elles sont porteuses. On ne lira plus Horace, Virgile, ni Platon ou Homère (c’est qui ces mecs ?).

    On ne peut qu’opposer un veto unguibus et rostro à cet ukase imbécile dont la motivation est claire, ils l’avouent d’ailleurs eux-mêmes : il s’agit de faciliter l’accès aux études aux classes défavorisées, lisez les Noirs américains, dont on pense que des langues mortes ils n’en ont rien à foutre. Les maintenir serait margaritas ante porcos. On ne saurait être plus méprisant.

    Ces ignoramus suppriment donc des pans entiers de notre culture, de ce passé dont la connaissance nous permet de comprendre le présent et a fortiori envisager l’avenir. Cela fait partie de la grande offensive de destruction du système éducatif traditionnel visant à éliminer l’ignorance et rendre les étudiants intelligents dès le début, ab ovo donc. Ils ont compris que l’intelligence rend critique et ceux qui la pratiquent vont se mettre à penser ‘démocratie’ et se mettre à critiquer le système, ce qu’il faut éviter à tout prix. Floreat stultitia !

    Vous aviez peut-être cher lecteur (dois-je ajouter lectrice ?) des a priori concernant l’étude du latin. J’espère vous avoir convaincu de son utilité.

    Vale.


    Addendum ou coda: après cet effort, je vais m’en jeter un, car nunc est bibendum.

    Lien permanent 9 commentaires
  • UN GRAND OUF !

    Imprimer

    Nous voilà de nouveau tranquilles pendant quelque temps après les excès et les guignoleries de cette Coupe d’Europe de foot. Les excès déjà dans le vocabulaire. Dans la presse : l’Italie crucifie l’Angleterre. Les Anglais abattus. On se calme ; il y a une chose que les sportifs et ceux qui commentent leur activité n’arrivent pas à comprendre, c’est que dans une compétition, il y en a un qui gagne et l’autre qui perd. Un humoriste demandait que tous le matches se terminent par un résultat nul, pour éviter les déprimes. C’était bien vu.

    Vae victis. Malheur aux vaincus. Ce que les entraîneurs de l’équipe perdante doivent entendre. Celui des Français s’est vu reprocher sa tactique et c’est vrai que les Suisses dont ils ne devaient faire qu’une bouchée ont quand même envoyé le ballon dans les filets français par trois fois. Les Suisses, ouais, en fait des joueurs balkaniques qui ont fait la différence. Mais au moins ils étaient blancs de peau.

    Pas comme ces tireurs anglais qui ont raté par trois fois leur objectif et qui étaient d’origine africaine. Là, les propos racistes n’ont pas manqué. Mais des joueurs leucodermes auraient-ils fait mieux ? Parce que les tirs au but, c’est un truc coton, il y a ce maudit gardien adverse, ce salaud s’obstine à vouloir arrêter le ballon. Et le fair-play, gardien !

    À entendre ces critiques, je veux bien croire qu’il existe des tactiques de jeu, mais mon œil peu exercé me fait apparaître le foot comme un mystérieux jeu de hasard. Si dans telle phase du jeu vous demandez au joueur A de passer au joueur B, et tout devrait bien se passer, mais voilà-t-il pas qu’un joueur adverse ne l’entend pas de cette oreille et se place entre les deux, intercepte la passe et se précipite dans l’autre direction. Si cela devait se passer selon les directives de l’entraîneur, il n’y aurait évidemment pas de match, alors un peu d’imprévu ne nuit pas à l’intérêt, bien au contraire.

    Ce qui est critiquable en revanche, c’est l’attitude hystérique du pays vainqueur et l’abattement du vaincu. C’est à peine si l’Angleterre n’allait pas décréter un deuil national de trois jours. Quant à l’Italie, un avenir radieux s’ouvre devant elle, une industrie qui redémarre, plus de chômage, plus d’attentats, plus de virus, que du bonheur. Par la grâce d’une victoire.

    Tout cela est orchestré par des médias qui y trouvent leur profit. Un championnat, ça fait vendre l’Équipe et la Gazetta dello sport. C’est tout bénef. Et cela se fait avec la connivence des gouvernements, un peu de pain et beaucoup de circenses maintient le peuple dans l’obéissance. On oublie un peu cette donnée.

    À part ça, on attend toujours la décision des footeux de boycotter ce championnat qui doit se dérouler dans l’État esclavagiste du Qatar.

    Ce qui m’amène à ma coda et cette définition :
    Le football est un jeu de gentlemen joué par des voyous,
    Le rugby est un jeu de voyous joué par des gentlemen.

    Lien permanent 5 commentaires
  • CIRCONFLEXE AKBAR

    Imprimer

    Ainsi des directeurs d’école romands ont décidé d’une simplification du français. Mais de quoi j’me mêle. La langue française est une statue solide qui évolue certes mais lentement et non par coups de boutoir. Comme le dit sagement Jean Romain, il y a une évolution de la langue, il ne faut pas une révolution. J’avais moi-même donné cet exemple : il fut un temps où on écrivait clefs (prononcé clé) puis on s’est mis à écrire clé et clef a disparu. Ce qui s’est fait en douceur, sans ordre venu d’en haut.

    Lorsque des décisions concernant la langue sont prises par une autorité, fût-ce dans les meilleures intentions du monde, cela aboutit souvent à des résultats discutables. Ainsi, l’‘autorité’ allemande avait décidé que si SCHIFF se collait en nom composé à FAHRT, il fallait garder tous les ‘f’, ce qui donne SCHIFFFAHRT, ce qui est monstrueux, il ne saurait y avoir dans un mot trois lettres qui se suivent. Mais les Allemands sont sommés d’obéir, der Führer hat gesprochen.

    Dans le cas qui nous occupe, quel est le motif de ces directives ? Il s’agirait de simplifier l’étude des élèves. On parle même de rendre l’accord du participe passé moins strict. Heureux écoliers (avec ce mot, vous l’aurez compris, j’inclus aussi les fillettes qui vont à l’école) à qui on va rendre la vie facile !

    Sauf que la langue n’est pas un animal docile. Elle ne se laisse pas faire. Tenez, le circonflexe, on a bien été obligé d’admettre qu’il n’était pas question de le supprimer à la troisième sg de l’imparfait du subjonctif : qu’il vînt, qu’il suintât. Et que si on veut distinguer mûr de mur, il faudra bien mettre un circonflexe quelque part.

    Et puis la langue, c’est aussi un paysage. Il y en a qui sont sans aspérités, l’anglais est un paysage sans accents, le polonais lui est hirsute, il a des points et des accents un peu partout, sur les lettres et aussi dessous, un vrai cactus !

    Mais ces paysages, nous y tenons. Mon goûter, je demande qu’on me le serve avec un circonflexe. Mais pas d’oignons à cette heure de la journée. Notez qu’avec ce que j’ai dans mon porte-monnaie, je peux m’en payer. Les mots sont quelquefois comme le visage de votre bien-aimée, elle sort de chirurgie esthétique (elle s’était fait enlever circonflexe sur le nez) et vous ne la reconnaissez plus.

    Ah, j’oubliais les épices saines, pardon les épicènes. Il ne faut faire aux dames nulle peine même légère. Lorsque vous dites ‘les instituteurs’, vous ne pensez qu’à des mâles, il faut donc dire ‘le corps enseignant’, ce qui inclut les dames. De même, lorsque vous dites ‘girafe’, vous pensez à des femelles. Il faut donc dire ‘la gent girafienne’. Ce qui inclut les mâles. J’ai bon là ?

    Ma coda, c’est une expression épicène, déjà ! De La Fontaine :
    Souris = la gent trotte-menu. Quelle trouvaille !

    Lien permanent 17 commentaires