LES GRANDES QUESTIONS (31/01/2019)

Je tiens de source sûre que le Conseil municipal a consacré récemment 58 minutes montre en main de mon renseigneur à cette question cruciale, essentielle, dravidienne, maousse, importantissime, à savoir s’il ne serait pas impératif de ne plus parler des Promotions mais d’une Fête des écoles.

L’argument développé est qu’un élève non-promu pourrait se sentir exclu de la fête à cause de son échec. Traumatisé à vie ? Cela part comme tout ce qui sort d’une certaine frange de la politique d’un bon sentiment. Mais il se trouve que j’en ai ras l’orifice des bons sentiments. Ils sont comme on sait, par ouï-dire, le revêtement des chemins qui mènent en enfer. Or, le non-promu doit apprendre que la vie est faite de fiascos et de réussites et que si on le cocole dès le départ, il est mal parti pour la lutte contre le destin. Les cailles socialistes vont lui tomber toutes cuites dans la bouche. Plus besoin de faire d’effort.

L’idée que si on supprime le mot, on supprime la chose nous vient de France. Comme elle est notre voisine immédiate, Genève est particulièrement atteinte par ce virus. N’a-t-on pas entendu un Président français demander qu’on supprime le mot race de la Constitution, ce qui supprimerait le racisme. Sancta simplicitas ! On peut aussi supprimer le mot grêle du vocabulaire et ainsi au printemps, les vignerons pourront dormir tranquilles.

Mais nous serons sauvés par l’humour : un municipal, las d’entendre des bêtises, proposait qu’on supprime le mot et la célébration de l’Escalade. Parbleu, la chanson dont le refrain dit Savoyards gare, gare pourrait faire de la peine à un Chamoniard ou un Thononais. On fêterait désormais la Marmite, ça sera plus convenable.

Le problème de ces férus du changement pour un monde meilleur, c’est qu’ils sont sans passé, c’est le nuisible ‘table rase’. Or, si on ignore le passé, on ne sait comment envisager le présent et encore moins l’avenir. Oublier le passé, c’est perdre les clés de son logement, c’est être dans un état d’Alzheimer permanent.

Nous avons à Genève, comme partout d’ailleurs, à part la dictature de Calvin, un passé dont nous n’avons pas à rougir, fait de choses savantes et d’autres qui sont simplement charmantes. Parmi ces dernières, il y a une jolie tradition, celle du marronnier de la Treille. N’est-il pas délicieusement désuet, ce moment où un important personnage de l’État (le sautier) quitte un instant son bureau et ses dossiers pour aller s’assurer de visu en observant le premier bourgeon de ce marronnier que le printemps est officiellement là et qu’il peut le proclamer à la population.

Il y a aussi le Feuillu, bien vivant dans les communes rurales et qui annonce lui aussi le printemps. Sauf qu’il faudra faire attention, il y a un groupe folklorique où des messieurs dansent avec des dames, et cela pourrait faire rugir des musulmans qui passeraient par là.

Mais il y a donc ces Promos, on abrège, où des mouflets (et des mouflettes), vêtus de leur habit du dimanche, défilent pour aller jouer et se rafraîchir aux Bastions. C’est un joli défilé qu’on peut même proposer à des touristes blasés. J’y allais souvent. Aussi pour les mignonnes institutrices, mon côté voyeur.

Notre attachement à ce que nous sommes passe aussi par le vocabulaire. On a toujours dit ‘Promos’ et ça n’est pas maintenant qu’on va changer. Il y a un parler genevois dont je vais vous donner un exemple : les municipaux à l’origine de cette proposition saugrenue ne sont que des bidagneuls.

 


Du temps de l’Escalade, Savoyards, Savoyards
Du temps de l’Escalade, Savoyards, gare, gare.

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