LE LAIT. LAID ? (28/03/2019)

Vous l’aurez sans doute remarqué, mais nous sommes inondés sur le web de rubriques qui se soucient de notre bien-être. Il s’agit de créer des sportifs centenaires et des quadras peu adipeux. D’où des conseils péremptoires : des aliments qui vous rendront la forme et ceux qu’il faut éviter à tout prix.

C’est sur la santé bien sûr que portent les efforts de ces nouveaux prédicateurs. Suivez nos conseils et vous ne mourrez plus, ou très peu. Ils vous éviteront de nombreuses maladies graves comme le cancer, l’hydropisie, le béribéri, le kamasoutra. Déjà la doctoresse Kousmine déclarait guérir le cancer en supprimant le beurre de l’alimentation. Elle a fait des petits.

Un des conseils m’a surpris. Il s’agit du lait, qui est déclaré un poison de première. Une de ces spécialistes ès régimes s’est vue confirmée dans ses vues par un compère qui englobe de son opprobre tous les produits lactés, y compris le fromage blanc et le yoghourt. Moi qui croyait que la longévité légendaire des Bulgares était due à l’ingestion de yoghourt justement. Peut-être ne vivent-ils pas si longtemps et c’est moi qui ai faux.

Sauf qu’un autre de ces bienfaiteurs prône au contraire un régime lacté. Allez vous y retrouver. Et bannit les œufs que d’autres considèrent comme un riche apport de protéines.

Et tous sont à peu près d’accord pour la viande. Si pour des raisons gourmandes, on ne peut pas complètement s’en passer, il faut drastiquement en limiter la consommation. Quant au vin, ha, on n’en parle même pas.

Une de leurs obsessions, c’est le sain (saint?) petit-déjeuner. Pas question de blasphème. Ce repas sera bio ou ne sera pas. Il pourra comprendre des baies d’açaï, du kéfir, des graines de lupin ou des pétales de je ne sais plus quelle fleur exotique. Mais quelle ménagère genevoise n’a pas tout ça dans ses armoires de cuisine ?

Dans ces recettes du ptit-déj, j’ai cependant détecté un grand absent : la confiture. Je suis né moi-même d’une mère confiturière. Elle en faisait bien une centaine de verres par an, abricots, cerises, fraises, framboises/raisins de mars mélangés et en fin de saison, tout était rupé et elle recommençait. Je crois qu’elle était accro à leur odeur quand elle les cuisait. À ce sujet, on lira avec plaisir un petit texte de Georges Duhamel (vous cliquez sur Duhamel les confitures) qui remet le potager au milieu de la cuisine.

Il s’ensuit que dès mon plus jeune âge, j’ai été plongé dans la confiture (essayez de vous représenter le tableau !) et que je n’ai cessé d’en manger, sauf mes années en Angleterre où je me gorgeais d’œufs au bacon puis de marmeléide. Aucun trouble morbide ne s’en est suivi. Et si je meurs après huit heures du matin, j’aurai encore une dernière fois l’occasion d’en manger. On verra.

Il reste que cette offensive néo-diététique, avec ses ukases et ses contradictions, me paraît être l’œuvre de pseudo-scientifiques (Une étude a montré… Méfiez-vous d’un article qui commence ainsi) qu’on peut avoir des raisons d’envoyer se faire voir. Mon propre conseil dans ce domaine tient en quatre mots : ne vous gavez pas.

 


Allez, pour ma coda, une histoire bulgare justement.

Un vieillard de ce pays fête ses cent ans et est interviewé par le journal local sur sa remarquable longévité.
— C’est yoghourt et kil de rouge à tous les repas.
— Ben dis donc, et votre père buvait déjà autant ?
— Pourquoi employez-vous l’imparfait ?

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