L’ÉCATION NATIONALE (11/08/2021)

J’avais en son temps signalé la prononciation précipitée de la ‘Rélution française’. Et ça continue, j’ai aussi entendu ‘la xinationbligatoire’. On entend ces horreurs sur les radios françaises, France inter et France info. Vous me direz que je n’ai qu’à pas les écouter mais il se trouve que ce qui se passe dans ce pays voisin en pleine guerre civile ne m’est pas indifférent. J’ai peur que la Suisse pour le moment encore debout ne soit contaminée.

Où en étais-je ? Les prononciations délirantes. Ceux qui avalent les syllabes et qui ne tiennent pas compte de la compréhension de ce qu’ils profèrent commettent deux impolitesses, d’abord à l’égard des auditeurs qui aimeraient bien savoir de quoi ça parle, ensuite à l’égard de la langue française qu’ils massacrent. Les Français savent nous dire que leur langue est belle, dans leurs oreilles la plus belle de toutes. Mais ça n’est pas acceptable. Il n’y a pas de langue qui serait plus belle qu’une autre, il n’y a que de bons et de mauvais locuteurs.

Or, les Français qui parlent ainsi à toute vapeur massacrent justement leur langue dont ils nous disent le plus grand bien. Même si on arrive quelquefois à les comprendre, leur débit est désagréable à l’oreille. Ce qu’ils n’accepteraient pas au théâtre ne doit pas se pratiquer à la radio. Accepterait-on sur une scène ceci :

Carauxâmesbiennéeslavaleurnattendpaslenombredesannées

Ou encore :

Cestvenustoutentièreasaproieattachée

L’acteur se ferait huer.

Qu’on comprenne bien ceci : il n’est demandé à personne de parler lentement mais de parler normalement comme on fait dans une conversation entre amis. J’ai rencontré un jour un de ces énergumènes et je lui ai demandé s’il parlait toujours comme ça, il avait l’air de ne pas comprendre le sens de ma question. La fameuse phrase péjorative ‘il s’écoute parler’ pourrait devenir le moyen d’une amélioration du débit de ces messieurs-dames : écoute-toi parler l’ami et vois, ou plutôt entends ce que tu fais faux.
Je ne me fais évidemment pas d’illusions, il n’est pas pensable que les blogs de la Tribune soient lus par ceux qui sont concernés ici. On va donc continuer à les entendre débouler leurs textes. Mais j’aurai essayé.

Pour ma coda, je vous demande ceci : lisez à haute voix et normalement ces deux vers de Baudelaire :

Et dont l’unique soin était d’approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir.


Alors là oui, la langue française est fichtrement belle.

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