• LE BLITZ QUI BLESSE

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    Je prends toujours avec intérêt et amusement les sujets de polémique que m’offrent nos voisins français. Bien sûr je ne parle pas des vraies polémiques qui portent sur un fait de société et qui ont leur justification, comme par exemple celle du maintien en vie de Vincent Lambert, car là, nous sommes tous concernés en tant que créature humaine.

    Non je veux parler de ces petites disputes sans intérêt autre que de permettre à un peuple qui s’ennuie profondément de s’ébaubir : Il a fait sa conférence de presse sans cravate, comment ose-t-il ? Polémique ! La ministre s’est présentée devant l’Assemblée en robe à fleurs. Comment ose-t-elle ? Polémique ! Il a dit ‘madame la présidente’, comment ose-t-il ? Polémique !

    Cette semaine il s’agit de l’emploi d’un mot et d’une politicienne en action héroïque. Dame Loiseau a été choisie par le président Macron pour diriger la campagne de son parti aux Européennes. Bon, Dame Loiseau n’est pas d’un charisme étourdissant, elle fait plutôt mémé, mais on prend ce qu’on a. Surtout, elle vient de gaffer grave. Dans un débat, elle a prononcé le mot ‘blitzkrieg’. Comment a-t-elle osé ? Polémique !

    Il faut savoir que blitzkrieg est un mot boche, non pire, nazi. Il décrit la guerre-éclair au moyen de laquelle la Wehrmacht avec ses blindés a osé envahir la France en 1940. Son emploi par mame Loiseau lui a valu d’être citée à l’Opprobre de la Nation, d’être la cible de critiques, voire d’insultes. Que n’a-t-elle pas entendu.

    Il se trouve que ce mot a déjà été employé, par non moins illustre que François Fillon alors au sommet de sa gloire. Il n’y avait pas eu de réactions hostiles. Avec Loiseau, c’est autre chose, elle est dans les abysses, on peut lui taper dessus. Vae victis ! Remarquez que les Anglais emploient encore le mot blitz en parlant de ce qui fut la Bataille d’Angleterre. Avec cette différence toutefois que grâce à des pilotes héroïques, les Anglais furent victorieux, alors que les Français furent défaits par le même éclair. Mais cela vaut-il une querelle de vocabulaire ?




    Tant qu’elle ne crie pas Heil Macron...
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    Encore cette arithmétique à Bonzon, comme on disait jadis à Genève. Faut que j’explique. Je continue à être surpris qu’il n’y ait qu’un dieu et trois monothéismes. Et que ces monothéismes soient à couteaux tirés. C’est vrai ça, ils n’arrêtent pas de faire couler le sang alors qu’ils devraient s’entendre merveilleusement puis qu’ils ont la même idée de base.

    Je ne vois qu’une explication, c’est qu’il y a trois dieux uniques, je n’en vois pas d’autre. Vu comme ça c’est évidemment contradictoire, mais ces trois dieux ne serai(en)t-il(s) pas le même sous une appellation différente. Voyons cela de plus près.

    Dieu (God, Gott, Bojé, Dio dans les langues occidentales latines, germaniques, slaves) se dit Allah en arabe, c’est donc bien le même. À la question ‘croyez-vous en dieu ?’, la réponse sera selon la langue de l’interrogé. Dès lors, les petites différences dans la façon de lui rendre hommage devraient être sans importance. Tantôt, on garde son couvre-chef dans un édifice religieux, tantôt pas, tantôt on se débarrasse de ses chaussures. La prière se fait à heures fixes dans certains cas mais elle peut être aussi ad libitum, avec ou sans ablutions préalables, selon certains puritains, le coït doit se faire dans le noir en gardant ses vêtements mais il peut être plus libertin.

    C’est dans la description du paradis qu’il y aurait des différences essentielles. Chez les chrétiens, il sera tout de spiritualité : la vision, enfin, de l’Éternel avec accompagnement de harpe (d’accordéon peut-être en deuxième classe) devrait suffire à nos besoins psychologiques.

    Chez les musulmans, c’est plus concret. Des dizaines de poupées gonflables, on ne va tout de même pas leur donner des vraies vierges, l’islam respecte trop la femme, et du jus de raisin à volonté, on nous explique dans le Coran que ça sera du vin qui n’engendre pas l’ébriété, c’est donc du jus de raisin, je ne sors pas de là.

    L’invention du paradis et de l’enfer est une des plus pernicieuse qui s’est abattue sur l’humanité déjà malmenée. Elle ne profite qu’aux princes, aux cardinaux et aux imams, lesquels ont le même discours : le peuple est pauvre ici-bas, on va lui promettre une vie merveilleuse plus tard, une éternité sympa, le Coran ajoute même qu’au paradis couleront des ruisseaux, ce qui est aguichant pour le croyant, l’islam étant né dans des régions où l’oued est d’un débit décevant en été. Bref, de la propagande éhontée.

    Efficacité inverse pour l’enfer : l’homme, seul ou en groupe, ferait bien de ne pas se rebeller, car il sait ce qui l’attend : un pas de travers et c’est la torture (le feu, répété cent fois dans le noble kitab). La description des tourments qui vont frapper les contrevenants est d’autant plus effrayante que ces tourments sont éternels, pas de rémission pour bonne conduite ! On se demande si Mahomet savait ce qu’il dictait à son secrétaire Gabriel. Si c’est bien lui l’auteur, ce qui est contesté désormais.

    On aurait pu attendre de ceux qui ont inventé dieu qu’ils en fassent un vieillard (depuis le temps qu’il existe) soucieux du bien-être des créatures que nous sommes, un pépé débonnaire qu’on aurait plaisir à respecter. Le Coran nous dit bien, en exergue à chaque sourate, que dieu est miséricordieux, mais quand on lit ces sourates, on trouve un gaillard punisseur, vindicatif, violent, narcissique (adorez-moi !), et qu’on doit craindre.

    Chez les judéo-chrétiens, on chante ‘beatus vir qui timet dominum’, est heureux l’homme qui craint dieu. Ayant eu un père qui n’a jamais levé la main sur moi, je ne m’explique pas comment l’Autre pourrait avoir une attitude différente.

    Vous voulez croire en dieu, grand bien puisse vous faire si c’est une condition de votre équilibre psychologique. Mais s’il vous plaît, sans endosser les oripeaux mensongers des religions, cette Vierge qui apparaît à des gamins et fait des miracles, ce Prophète qui est allé au Ciel sur son cheval, ce Messie qui est mort et ressuscité, cet Abraham qui était prêt à occire son fils (il y en a pour tout le monde !), car vraiment ce sont là des billevesées inacceptables.

    Les religions sont souvent la cause des guerres. Au XVIe, la France connut une guerre civile religieuse, la Guerre de trente ans fut une guerre entre princes catholiques et protestants, entre l’Iran et l’Arabie, il y a une guerre civile larvée entre musulmans A et musulmans B. En France encore, dans certaines banlieues, une guerre civile religieuse a déjà commencé, il n’y a pas encore eu de coups de feu mais déjà des cocktails molotov et des coups de couteau. Même la Suisse connut avec le Sonderbund sa petite guerre religieuse. C’est dire.

    Il ne faut donc pas donner aux religions du grain à moudre. Une guerre de religion est une contradiction, une absurdité, un paradoxe, un non-sens. Elle signifie que l’humanité n’est pas encore sortie du stade de l’imbécillité. Il y a encore du chemin à faire. Notre seule arme est une laïcité rigoureuse, sans les adjectifs que certains voudraient lui imposer. Il ne s’agit pas de supprimer les religions comme le prétendait le perfide Tariq Ramadan (paix à ses bijoux de famille) mais de les maintenir dans leur enclos et de les empêcher de nuire. Soyons sur nos gardes.




    Le paradis cité plus haut a inspiré cette réflexion pessimiste :
    L’éternité, c’est long. Surtout vers la fin.
    (M’étonnerait pas que cette notion pessimiste émane d’Allan Stewart Königsberg, clarinettiste mais aussi cinéaste et humoriste, plus connu sous le nom de Woody Allen).
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  • TU VEUX UNE BAFFE ?

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    C’est la polémique française de la semaine.

    Les faits : un chauffeur de bus parisien est insulté en termes grossiers par un jeune homme de dix-sept ans. Il sort de sa cabine et va coller une mandale à ce petit con.

    La polémique : le père du petit jeune homme qui lui a raconté l’épisode décide qu’il ne peut pas en rester là et demande des excuses à la Régie Autonome des Transports Parisiens, la RATP.

    A-t-il tort, a-t-il raison ? Au Café du Commerce, les discussions vont bon train.

    Mon grain de sel : il faut d’abord poser qu’une gifle, à moins d’être assénée avec une violence telle que les dents de la victime se détachent, n’est pas un châtiment corporel, il est seulement la manifestation d’une irritation ou justement la réponse à une insulte. C’est la version soft du duel, désormais peu pratiqué.

    L’attitude du mouflet : au lieu d’en rester à sa courte honte et de fuir le public présent et qu’on veut croire goguenard, il ne trouve rien de mieux que de se plaindre à un père complice qui n’a pas su éduquer son fils.

    Celle du père, typique de la nouvelle génération des pères. Je ne crois pas me tromper en pensant que des pères de générations précédentes, en plus de la gifle du conducteur, auraient flanqué une rouste à leurs gamins pour leur apprendre à respecter les grandes personnes.

    Quant à la réaction de la RATP, elle était attendue certes, mais elle illustre la pusillanimité désormais des gens en place, soit au gouvernement, soit dans les grands emplois, officiels ou non. Soumis avec les forts, énergiques avec les faibles. Ici, le faible, c’est le chauffeur du bus à qui on va montrer de quel bois la Régie se chauffe. On hésite entre le suspendre quelques jours ou carrément le virer pour de bon. Alors qu’on aurait pu le féliciter pour sa réaction énergique, en disant qu’il y en avait marre des conducteurs caillassés, des bus aux vitres fracassées et qu’il était le bienvenu d’en faire autant si une prochaine occasion se présentait. La RATP qui est incapable de dire leur fait à des musulmans qui refusent de conduire un bus dont le siège a été occupé précédemment par une femme (je sais cela paraît extravagant mais c’est un fait avéré) fait les gros yeux, et plus, à un homme qui simplement ne s’est pas laissé faire. Vous allez voir que tout ça va finir au tribunal.

    Nous vivons une époque de grandes contradictions difficiles à concilier.

    Nous prônons la croissance à tout prix qui résoudra le problème du chômage. Mais la croissance se fait au détriment de notre planète précaire.

    Nous prônons l’égalité, la fin de la pauvreté mais les barons des multinationales et les gouvernements à leur solde nous empêchent d’y parvenir.

    Nous prônons le vivre ensemble (jolie formule) mais un simple conducteur de bus et un gamin mal élevé sont déjà en peine d’y parvenir.

    Nous prônons la liberté d’expression mais à la moindre vétille, nous courons à la justice (voir ma coda). L’insulte a pris la place du dialogue. L’insulte ou plus si tempérament adapté. Cela peut aller jusqu’à l’interdiction de parole, Éric Zemmour, brillant polémiste, émule de ses grands modèles du XIXe en sait quelque chose. Et même de menaces de mort. Un écrivain français ayant écrit des paroles peu gentilles sur l’islam en a été la victime et vit sous protection policière. D’ici que certains de mes textes tombent sous les yeux d’un musulman ayant la tête près du turban…





    1939
    — Maman, il a dit un gros mot.
    — Tais-toi et mange ton gâteau.

    2019
    — Monsieur le juge, il a dit un gros mot.
    — Accusé, reconnaissez-vous les faits ?
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