• FEU À VOLONTÉ

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    Il s’en est passé une toute belle récemment à Paris. Je vous la raconte au cas où elle vous aurait échappé.

    Les pompiers parisiens, las d’être attaqués, caillassés, de voir leurs véhicules démolis, ou volés puis brûlés par des petits cons sans vergogne, las de devoir aller dans des quartiers à risques, las aussi d’un gouvernement qui ne fait rien pour mettre fin à cette gabegie, ont manifesté.

    Mais quelle ne fut pas leur surprise d’être à nouveau attaqués. Mais cette fois par la police. En toute logique, ces deux corps d’élite ne se disputent pas. On voit mal des pompiers attaquer un commissariat au moyen d’une lance-incendie. De même il était (jusqu’à ce jour !) inpensable que la police s’en prenne aux pompiers.

    C’est pourtant ce qui s’est passé ce jour-là. La police a tiré, pas à balles réelles mais avec des projectiles capables de causer des blessures. Un des blessés justement photographié par un quidam qui passait par là, a piqué une juste crise et s’en est pris carrément au président de la République qu’il a qualifié d’un adjectif qu’il ne sied pas de reproduire ici mais dont le sens est ‘pénétré par l’orifice anal’.

    La photo et le flux verbal de ce pompier étant parvenus à la connaissance de sa hiérarchie, il a immédiatement été sanctionné et risque d’être exclu de sa profession. Mais ce qui est encore plus stupéfiant, c’est la réaction quasi unanime de la classe politique et de la presse. Ce pelé, ce galeux méritait tout ce qui allait lui tomber dessus. Insulter le président de la République, vous vous rendez compte ?

    Sauf que notre bonhomme n’avait peut-être pas tout à fait tort. Qu’un ordre donné à la police soit venu d’en-haut, s’il ne peut pas être prouvé (secret défense), il n’est pas tout à fait invraisemblable. Le petit jeune homme de l’Élysée aurait bien pu appliquer le principe ‘diviser pour régner’. On ne prête qu’aux riches.

    Il n’en reste pas moins qu’un pays qui laisse sans réagir attaquer les pompiers est un pays qui va mal, et en tant que son voisin, le nôtre a des raisons de s’inquiéter.


    Mais à part ça, madame la marquise, tout va très bien, tout va très bien...

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  • DES ASSASSINS PARMI NOUS

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    La presse française en a très peu ou pas parlé, empêtrée qu’elle était dans l’affaire foireuse de ce Dupont de Ligonesse, de celle du meurtre musulman de quatre policiers, de celle de la musulmane voilée priée de déguerpir d’une assemblée officielle et qui se retrouve traumatisée à vie, alors la presse française ne peut pas encore s’occuper de bricoles comme l’assassinat monstrueux d’une activiste kurde qui s’occupait, circonstance aggravante aux yeux des tueurs, de l’égalité hommes-femmes, de la paix entre musulmans kurdes et turcs.

    Havrin Khalaf a été assassinée dans des conditions atroces, viol (la virilité musulmane n’allait pas faire fi de cette belle occase de se soulager le service-trois-pièces), lapidation puis finition à la kalach, la totale quoi.

    On peut se demander qui est le commanditaire de cette horreur. Ça ne peut pas être Erdogan car il est un homme honorable (cf. l’admirable discours d’Antoine dans Julius Caesar de Shakespeare, for Brutus is an honorable man...), même qu’il est soutenu par Hani Ramadan, autre honorable man. Dans un discours, Erdogan fustige avec raison la guerre que l’Arabie mène au Yemen, les divers crimes dont le gouvernement actuel s’est rendu coupable, tout en oubliant il est vrai la guerre que les vaillants soldats turcs mènent contre la racaille kurde.

    La Turquie revient de loin. Le premier président de cette nouvelle république était Mustapha Kemal Ataturk qui avait fait de la Turquie un état laïque, avec interdiction pour les femmes de porter le voile et pour les hommes le fez. Tous habillés à l’occidentale. Ensuite égalité hommes-femmes, droit de vote des femmes (bien avant Appenzell !). Adoption de l’alphabet latin. Enfin un code civil inspiré du code civil suisse, donc un autre clin d’oeil vers l’Occident. Pour compléter le tableau, il faut savoir que sur la fin Ataturk avait la dalle en pente et avait remplacé la soumission à Allah par celle de la dive bouteille. Personne n’est parfait.

    Erdogan a mis fin à ce gâchis. Il a rendu la Turquie à sa pureté islamique. S’il a mis au trou des milliers de professeurs et de journalistes, c’est qu’ils étaient des ennemis du peuple turc dont il est le protecteur. Surtout il est devenu chef de guerre contre les Kurdes, à la façon d’Hitler (chacun ses juifs !) et on le verra bientôt sur son destrier entrer triomphalement à Damas enfin libéré.

    Alors on ne va pas embêter notre héros avec ce petit assassinat de rien du tout dont la victime aggravait son cas en étant une femme. La presse a bien fait de n’en pas parler. Ou bien ?

    Pour ma coda, une suggestion pour ceux de mes lecteurs avec une bonne connaissance de l’anglais : vous cliquez sur « Julius Caesar Antony’s speech » et vous aurez une convaincante démonstration de la versatilité des masses, ça peut toujours servir. Choisissez la version de Charlton Heston qui a pour elle d’être sous-titrée avec le texte même du discours que vous entendez : I have come to bury Caesar, not to praise him… Avec en prime cette admirable langue de Shakespeare si ciselée, si sonore, prononcée par un tout grand acteur. Un régal. Bonne écoute !


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  • VARIATIONS SUR L’HUMOUR

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    Pour qu’on soit bien au clair sur cette notion d’humour, je vais citer mon cas personnel, histoire aussi de me faire mousser. J’avais enseigné en tant que junior assistant des notions de conversation française dans une grammar school anglaise à de jeunes élèves anglais dont j’étais à peine l’aîné. À la fin de mon année, je sollicitai du directeur un certificat de travail satisfaisant. Ce que j’obtins mais sur lequel figurait ceci : ‘...et nous avons apprécié l’humour de mister Thomann’. J’étais interloqué : ce directeur me prenait-il pour un rigolo ? Je montrai le document à un ami anglais qui me rassura : ‘Avec ça, tu peux te montrer partout’. J’appris ainsi que l’humour est une qualité anglaise qui est digne de figurer sur un certificat au même titre qu’une aptitude pour les langues ou les sciences.

    Mais pas qu’anglaise. J’écoutais naguère sur une radio française une série consacrée justement à l’humour et cette semaine-là il était question de l’humour allemand. Alors on entendit d’abord une petite voix murmurer ‘mission impossible’. Pas du tout, il y a un humour allemand bien sûr, et même un humour qui prenait des risques. Il y avait ce que j’ai appelé la roulette nazie : vous racontiez une blague un peu anti-régime devant six personnes et il pouvait y en avoir une (la balle dans le barillet !) qui allait cafter à la Gestapo.

    Pour l’humour teuton, je citerai trois noms incontournables : Karl Valentin, cabaretiste munichois qui œuvra jusqu’au nazisme en employant des ruses de sioux pour faire passer ses saillies devant un public complice mais à la barbe de la Gestapo qui surveillait ses incartades. Ensuite Eugen Roth, poète philosophe, munichois lui aussi, qui met son humour en rimes malicieuses, et dont voici un savoureux exemple :

    Ein Mensch bemerkt mit bittrem Zorn
    Dass keine Rose ohne Dorn.
    Doch muss ihn noch viel mehr erbosen,
    Dass sehr viel Dornen ohne Rosen.

    Puis plus près de nous Loriot, un aristocrate prussien dont l’oiseau de son pseudo figure sur ses armoiries. Vous cliquez sur ces trois noms pour une belle cure de rires et de sourires.

    Il faut préciser ici que l’humour ne doit pas provoquer le rire mais un sourire de bon aloi. Le rire est le résultat d’une blague, d’un witz, d’un joke, d’un scherzo plus ou moins gras, plus ou moins bien amené. Apprécier l’humour est une manifestation discrète.

    Le fondateur de l’humour moderne, c’est évidemment Voltaire (avec Diderot pas loin derrière). Vous ouvrez Candide et vous avez un trait d’humour dès les premières lignes : ‘le château du baron de Thunder-ten-Trunkh était un beau château car il avait une porte et des fenêtres.’ Et ça continue au gré des pages, en rafales : ‘La mousqueterie ôta du meilleur des mondes dix mille coquins qui en infestaient la surface’. On sort de la lecture de Candide avec un sourire qui ne nous a pas quitté et qu’on a hâte d’offrir à son prochain.

    L’humour est une donnée universelle. Il nous est aussi indispensable que l’air qu’on respire et que l‘eau qu’on boit. Sans en avoir la preuve, je suis convaincu qu’il y a un humour inuit et un hottentot. Je me demande même si les perroquets entre eux...

    Allez, une petite dernière. Il y avait à l’autre bout du boulevard que j’habite un quincaillier connu pour sa malice et son sens de la repartie. Je lui demandai un jour s’il avait des boules de pétanque pour gauchers. Lui du tac au tac : ‘Je les ai commandées, je les attends.’ Avec ça, pas un sourire, juste un mouvement à peine détectable des commissures et surtout dans le regard une étincelle de complicité qui est le propre de l’humour. J’avais atteint mon but.



    Nous sommes sur cette terre pour y rire. En enfer, ça ne sera pas possible, et au paradis, ça ne serait pas convenable.
    (Jules Renard).


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