• DES MOTS POUR LE DIRE

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    On est toujours surpris de la virtuosité avec laquelle les Français utilisent le vocabulaire à des fins politiques, soit en méthode offensive, soit défensive. Ainsi, le ministre de l’Éducation nationale a déclaré que la présence de femmes voilées dans les sorties scolaires n’était pas souhaitable. Chochotte. Peut-on s’exprimer avec plus de délicatesse ? On est là sur la défensive : j’aimerais bien interdire ce voile mais je ne peux pas, trop dangereux, alors j’use d’une formule qui plaira à tout le monde et je suis sauvé.

    Le malheur, c’est que cela ne plaît pas à tout le monde. Certains font valoir avec quelque pertinence que ce voile peut être assimilé à un uniforme de conquête et qu’il marque une occupation du territoire.

    Tout cela remonte à cette assemblée du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, où un député a demandé qu’une accompagnante d’élèves présente dans la galerie des visiteurs et habillée d’un voile noir pas très discret soit l’enlève, soit s’en aille. Il faut signaler que sur ce moment de l’incident la presse aux ordres y est allée d’un gros mensonge, vous pensez, le député pointilleux était du parti de Marine Le Pen, on pouvait donc y aller avec des hallebardes, j’ai donc lu dans tel journal ‘le député a invectivé cette musulmane’, ce qui est faux, notre homme ne s’est jamais adressé à cette dame. J’ai vu la scène sur internet, il a demandé à la présidente de respecter la neutralité du lieu, ce qu’elle n’a pas fait.

    Dès lors la polémique s’est déchaînée avec le vocabulaire offensif cette fois. On a brandi le mot ‘liberticide’. Dans les deux camps d’ailleurs. Camp pro-bonne femme : vous empêchez une femme de s’habiller comme il lui plaît, votre attitude est liberticide. Camp anti : vous soumettez une femme à la soumission à une religion qui en fait un être inférieur, vous êtes des liberticides. Honte à tous les deux.

    Quant à l’attitude de la bonne femme, elle est ce que les cyniques attendaient : elle est allée se plaindre auprès de ses amis musulmans et a déclaré, pas moins, que cet épisode avait brisé sa vie et sa santé. On était là dans le vocabulaire grandiose destiné à faire pleurer dans les chaumières naïves et à accréditer la thèse mensongère de la victimisation des musulmans. Auparavant elle avait attiré son fils pleurant sur son épaule dans une mise en scène très étudiée et propre à augmenter les pleurs, les islamophobes avaient avantage à ne pas se montrer. (Notez que dans la vidéo on ne voit pas le fils pleurer, faut compléter).

    La langue est une des armes des dictatures, ce qu’a admirablement prouvé George Orwell dans sa théorie de la novlangue, faisant sien le puissant proverbe ‘the pen is mighter than the sword’ (‘le verbe est plus puissant que l’épée’). Ce qui est confirmé par Victor Klemperer qui dans ‘Lingua tertii imperii’ (La langue du troisième Reich) montre les dégâts qu’a pu causer la mainmise du vocabulaire allemand par les nazis et dont il reconnaît avoir été lui-même quelquefois victime. Ce livre devrait être lu par tous les défenseurs d’une vraie démocratie (traduction française).




    Pour ma coda, je ne peux que répéter mon slogan :
    L’État ne peut pas nous dicter la façon dont nous nous habillons.
    La religion non plus.
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  • IL FAUT EN FINIR

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    Nous venons, à peine, d’en terminer avec cette calamiteuse période de l’Escalade et de ses conséquences pernicieuses. N’a-t-on pas vu tel dimanche des hommes armés et portant un casque qui rendait leur identification difficile manifester dans nos rues à la barbe de notre police impuissante.

    N’a-t-on pas entendu ce chant criminogène ‘Ah la belle Escalade, Savoyards gare gare !’ S’il n’y a pas là incitation à la haine raciale, il faudra qu’on m’explique.

    Et puis il y a cette entorse à la laïcité. Chanter ‘Cé qué l’ainô le maître des bataillés’, celui qui est là-haut, c’est-à-dire Dieu, un Dieu évidemment chrétien et en l’occurrence calviniste, c’est faire bon marché des autres religions. Tout au plus pourrait-on penser à l’intervention du dieu des juifs qui est aussi un maître des bataillés sous le nom de Jéhovah Sabaoth, dieu des armées. Mais de Allah, aucune trace.

    En fait chacun sait que Genève n’a pas été sauvée par une intervention divine mais plus prosaïquement par une marmite de soupe aux légumes. Mais alors une inquiétude me point : la marmite tentatrice et ses petits légumes qu’on déguste à cette occasion ne contient-elle pas de l’huile de palme contraire à une bonne gestion de la nature ? Ce qui serait encore ajouter aux horreurs que je viens de citer.

    Pour ma coda, je ne change pas de sujet. C’est une phrase historique que le duc de Savoie adressa au général Brunaulieu à son piteux retour du douze décembre et que ma maîtresse d’école enfantine prononçait avec d’indispensables guillemets :
    Vous m’avez fait une belle cacade !

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  • LES JUIFS, MÊME MORTS…

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    De nouveau un cimetière juif vient récemment d’être profané, en Alsace. On est toujours interloqué, stupéfait, transbobulé, abasourdi, d’apprendre que des gaillards, au lieu de dormir sainement, passent la nuit à taguer des croix gammées sur des tombes juives. Que peut-il bien se passer dans leurs têtes débiles ?

    On ne naît pas antisémite, on le devient. Pour avoir lu de mauvais livres, pour avoir écouté de mauvais discours. Pour avoir cru celui des chrétiens qui ont fait du juif le peuple déicide, celui qui a tué Jésus, une erreur historique au demeurant.

    Ou celui qui aura lu Les Protocoles des Sages de Sion et qui est persuadé de la réalité d’un complot juif qui mettrait la planète sous leur domination. La preuve, ils sont tous banquiers et par conséquent riches (sauf ceux qui ne le sont pas).

    La théorie du complot est une jamesbondieuserie, elle ferait un bon scénario pour un prochain film. Mais elle doit rester de la fiction. On voit mal des juifs défilant aux Champs-Élysées avec à leur tête Clara Haskil, Nathan Milstein, David Oistrakh, Daniel Barenboim, avec des calicots proclamant ‘Israël Vaincra’ ‘Mort à ceux qui insultent le Talmud’, ce qu’on voit à Londres en changeant seulement quelques mots.

    J’ai été dès l’adolescence et ma vie durant lié d’une amitié solide avec un juif, amitié qui a pris fin avec la mort d’un des deux, lui donc, et je n’avais pas détecté chez lui, ab uno disce omnes, une once de tentative de complot, de discours hégémonique, de volonté à régner sur le monde. Rien de ce que cet escogriffe d’Alain Soral, antisémite notoire, semble trouver risiblement chez chaque juif. On le laisse à ses fantasmes.

    C’est vrai qu’il y a des banquiers juifs et qui sont prospères. C’est suspect. Et il y a peu ou pas d’agriculteurs juifs. Parbleu ! Tout au long, on leur a interdit l’accès à certaines professions et de posséder de la terre, il fallait bien qu’ils trouvent un moyen de vivre : le commerce, celui des habits et celui de l’argent. Et alors ?

    Les juifs ont donné à la France quelques grands bonshommes. Pour n’en citer que deux, Léon Blum qui grâce aux congés payés permit à des Français du centre de voir joyeusement la mer. Plus près de nous Mendès France qui, en signant les accords d’Évian, mit fin à la guerre d’Algérie. Il serait bon que les Français s’en souvinssent et arrêtent de s’en prendre à eux morts ou vifs.

    Cela dit, je suis résolument contre l’existence de cimetières juifs, et de carrés musulmans, cet apartheid post mortem me paraît porteur de dangers et d’actes déraisonnables. Les cimetières juifs attaqués me donnent raison. La mort est une grande égalisatrice.


    Pour ma coda, une fable-express en deux fameux alexandrins :
    Pépin le bref est mort depuis bientôt mille ans.
    Moralité : quand on est mort, c’est pour longtemps.

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