• LES RADIS C’EST LE PRINTEMPS

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    On vient de m’apporter mes premiers radis et rien ne pouvait me faire plus plaisir. D’abord parce j’aime croquer ces petites boules rouges qui amènent de la fraîcheur dans la bouche.

    Ensuite parce qu’ils signifient l’arrivée du printemps dans nos assiettes. Les légumes d’hiver ont leur charme et des potirons sur les étals des maraîchers, c’est autant de soleils à portée de vue. Et une soupe à la courge est un plaisir de gourmet. Mais le défilé des saisons sous nos climats moyens fait que nous avons l’alternance des produits offerts à notre peccamineuse gourmandise.

    Cette succession saisonnière de ce que nous offre la terre, je l’ai constatée avec contentement au marché de Plainpalais que j’ai fréquenté toute ma vie. J’y allais d’abord avec ma mère qui m’a appris à ne pas acheter n’importe quoi. Je l’entends encore dire ‘là je n’achète pas, c’est un revendeur’, sous-entendu il vous vendrait des fraises à Noël et des asperges en janvier. Elle achetait chez le maraîcher du coin ce qu’il avait à offrir tout au long de l’année et j’ai toujours fait de même.

    Nous avons là des producteurs de premier ordre. Il y en a un qui fait ses propres endives disponibles à la fin de l’hiver uniquement et que j’ai apostrophé une fois : elles sont pas belles vos endives, vous m’en mettrez un kilo. C’est vrai qu’elles n’ont pas la prestance des top-modèles qui nous viennent de Hollande, elles sont un peu ébouriffées, mais quand on les mange comme ça, juste à la croque-au-sel, vos papilles sont à la fête.

    Tel autre offre ses propres produits mais va quelquefois fouiner un peu plus loin et nous propose de l’oignon des Cévennes, un régal, ou l’échalote grise au goût plus vif. Tout cela fait que les achats du marché sont ceux d’un gourmet si on sait choisir. Ainsi par exemple, autrefois on achetait des tomates sans autres précisions. Maintenant on achète des noires de Crimée, des roses de Berne, des marmandes. Ce sont toujours des tomates mais le goût est différent et on achètera l’une ou l’autre selon l’usage qu’on veut en faire. C’est un raffinement de gourmet.

    Il va sans dire que mes emplettes se font sans tenir compte des ukases de la bien-pensance contemporaine. J’arrive à un âge avancé sans avoir acheté ni mangé bio sauf peut-être à mon insu. Il m’arrive de cuire mes aliments alors que les crudivores m’assurent que j’ai tort. Je peux aussi me régaler d’une omelette ou d’une tartine au miel, ce que les végans considèrent comme un crime abominable.

    Peut-être que la gourmandise est un billet de longévité, allez savoir. Alors un conseil : ne mangez pas distraitement : quand vous croquez un radis, pensez à ce radis et pas à autre chose. Quand vous buvez un verre de vin ou de whisky (les quantités sont différentes, hé !) concentrez-vous sur ce moment béni. Comme l’a dit le poète, l’éternité, c’est maintenant.


    Pour ma coda, ce commentaire d’un confiné débrouillard :
    Pour m’occuper, je prépare des lentilles farcies. C’est long mais j’ai que ça à foutre.

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  • ALLO DOCTEUR…

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    Hani Ramadan défend son frère et c’est bien normal. Tout le monde en ferait autant, la famille avant tout. Mais il s’y prend mal. Le déclarer innocent de tout n’est pas tenable. Entendons-nous : une astuce juridique veut qu’un accusé jouisse de la présomption d’innocence tant qu’un tribunal ne l’a pas déclaré coupable. Ainsi Landru qui fut dûment guillotiné était présumé innocent jusqu’à la sentence du tribunal qui le condamnait à mort.

    Il en va autrement de la réalité. Lorsqu’un homme est vu par des témoins retirer un couteau sanglant du corps de sa victime, il est évidemment coupable et la presse qui emploie le mot présumé en en parlant commet un impair. On a encore vu récemment le cas. C’était risible.

    Donc Tariq est pour le moment juridiquement innocent. Jusqu’au procès qui décidera. Un procès qui semble mettre du temps à montrer le bout de son nez. Mais qu’y faire ?

    Mais il y a une des actions de frère Tariq où sa culpabilité est déjà palpable, c’est l’adultère. Certes l’adultère n’est pas passible des tribunaux, faut pas les encombrer. Mais il est néanmoins condamné et surtout condamné par son aîné Hani. Or celui-ci s’abstient de parler de cet aspect du problème et il fait bien, il s’agit de sauver les meubles. Car Hani est un farouche adversaire de l’adultère et demande pour sa punition carrément la lapidation, tant ce crime est abominable. Mais il ne peut pas demander la lapidation de son propre frère, ça ne se fait pas. Dilemme !

    Mais j’aimerais aborder un détail qui a cependant son importance. Lorsqu’il parle de son frère, il lui donne du docteur long comme le bras : le docteur Tariq Ramadan. C’est un usage teuton, Der Herr Doktor. L’usage français est de n’appeler docteur que les médecins. T.R. a un doctorat en quelque chose comme la théologie islamique et c’est tout. Un doctorat acquis d’ailleurs par les poils. Mais bon !


    Ma coda est un échange avec un vrai docteur et qui est susceptible de variantes :
    — Docteur, ça me fait mal quand j’appuie.
    — Alors n’appuyez pas.


    Variantes :
    — Docteur, on m’agresse quand je porte la kippa.
    — Alors ne la portez pas.

    — Docteur, on me houspille quand je porte le voile.
    — Alors ne le portez pas.

    Et queue de rat et queue de rat.

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  • FIER D’ÊTRE SUISSE ?

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    Non, je ne suis pas fier d’être suisse. Ça ne veut rien dire. Comment pourrais-je être fier de quelque chose à laquelle je ne suis pour rien. Je suis né d’un spermatozoïde suisse (je suis arrivé premier, ma première et dernière victoire sportive) mais c’est un pur hasard. Lequel fait quelquefois bien les choses.

    Si je suis fier, c’est de quelque chose que j’ai fait moi. Par exemple d’avoir toute ma vie mis un bulletin dans l’urne lors de votations ou d’élections et d’avoir ainsi contribué à ce que subsiste cette nom de dieu de démocratie directe qui est comme on sait le pire des systèmes à l’exception de tout les autres.

    Fier peut-être aussi d’avoir exercé mon métier de prof avec conscience à tel point que mes anciens élèves, me voyant arriver, ne changent pas de trottoir pour ne pas avoir à me saluer. À ce sujet, une anecdote : un de mes anciens justement me signala un jour que s’il était devenu acteur, c’était grâce à moi. Il me disait que devant le tableau noir où j’avais à la craie dessiné le décor, je leur donnais d’une bonne voix une des scènes-clés de Macbeth et que cela l’avait convaincu de faire de même sur une scène de théâtre. C’est vrai que tout prof est un peu acteur devant sa classe et c’est un des plaisirs de ce métier.

    Fier aussi, avec mes collègues d’avoir enseigné à de futurs conseillers d’État et même une conseillère fédérale. Nos méthodes avaient du bon.

    En revanche, je suis heureux d’être suisse. J’aurais pu naître vénézuélien et victime d’une inflation qui m’empêcherait de me nourrir à ma faim. Ou tutsi et alors massacré par les hutus. Brr ! En Suisse, on ne verrait pas des Vaudois massacrer des Fribourgeois ou des Zurichois des Argoviens. On est tranquille de ce côté-là.

    J’aurais pu naître afghan et je serais musulman fanatique, ou persécuté si je ne l’étais pas. Ou indien et comble de malchance de la caste honnie des intouchables. Ou même né français.

    Être né suisse, c’est être né dans un pays acceptable, sans aspérités, certes critiquable et nous nous y employons. Nous savons par exemple que notre démocratie directe est gangrenée par les lobbies et nous essayons de combattre ce fléau.

    Mais c’est vrai que nous n’aimons pas beaucoup les critiques qui nous viennent de l’étranger, elles sont souvent des clichés, voire des mensonges. Nos femmes sont loin d’être rabougries comme le seraient les romandes ou gravosses comme les femmes d’Outre-Sarine selon un cliché bien ancré. Nous avons même fait sensation sur la planète (celle du cinéma en tout cas) en lui offrant dans un James Bond une Vénus sortant de l'onde dans un bikini ravageur. Et cette Vénus (alias Ursula Andress) était rien moins que bernoise ! Fin des clichés.

    Et nous ne parlons pas lentement, nous parlons normalement, et ce sont les Français qui parlent à toute vitesse en avalant des syllabes et devenant ainsi incompréhensibles.

    Et les étrangers qui disent s’ennuyer en Suisse, il y a gros à parier qu’ils s’ennuieraient n’importe où. Car nous sommes un peuple gai, nous avons même inventé avec les Autrichiens le fou-rire en musique et ça s’appelle le yodel. Moroses s’abstenir.

    Enfin, nous ne sommes pas racistes, même si un Sénégalais de passage avait prétendu que nous le fussions, plus que toute autre ethnie. Il avait passé deux semaines dans notre pays dans un bon hôtel et s’était fait une opinion ferme sur cette tare honteuse de notre bon peuple. Sauf qu’un peuple qui compte un quart d’étrangers dans sa population (toutes origines confondues) ne peut être ni raciste ni xénophobe. Certes il peut y avoir des frictions au début mais cela doit s’arranger si on en juge par le nombre de commerces aux noms venus d’ailleurs et qui semblent prouver par la date ancienne de leur implantation qu’il ne sont pas trop mal chez nous.

    Et vous ? Heureux ?


    Pour ma coda un petit mix :
    Sur nos monts quand le soleil … abreuve nos sillons...

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