DANS MA RUE

Imprimer

En fait, c'est un boulevard, en kilométrage l'artère la plus longue de ma ville. À l'une des extrémités, il y a un temple protestant, à l'autre une banque, Dieu et Mammon en quelque sorte. Entre deux, toute la variété d'une société plurielle : des boutiques portugaises ou japonaises, des restaurants italiens espagnols ou et indigènes, ce mot étant pris, on le comprend bien, dans son sens non-péjoratif : on mange dans mon quartier des sushis, de la paella, de la minestrone et de la saucisse aux choux.

Mais ma rue a la particularité d'héberger deux commerces tenus par des Kurdes, les deux parlant un excellent français et les deux étant extrêmement sympathiques. L'un est mon barbier-coiffeur (je porte la barbe, pour des raisons non-religieuses), l'autre tient un petit bistro où je vais prendre un café après l'élagage opéré chez le premier. C'est là que cela devient intéressant. Mon figaro est musulman, de la tendance non-fanatique. Pour des raisons pratiques, il ne fait pas ses cinq prières quotidiennes car cela l'obligerait, l'heure étant l'heure en islam, à interrompre une coupe ou un rasage en laissant le client en plan. Mais il prie, à des heures non-liturgiques. De même, il ne pratique pas le ramadan, même raison, il ne voudrait pas tomber en accès de faiblesse le rasoir à la main au risque de blesser la pratique. Cependant, il est persuadé de la vérité de l'islam, de la 'sainteté' du prophète. Ce qu'on peut raconter de déplaisant sur sa vie ne sont que des mensonges. Et l'islam, c'est bien, il ne sort pas de là. C'est lui qui m'a expliqué, ce que je l'avais sommé de faire, que la main des voleurs qu'on coupe, c'est celle des riches qui volent pour s'enrichir encore plus mais pas celle des pauvres qui, comme Jean Valjean volent parce qu'ils ont faim, on ne doit pas voler un bœuf, mais on peut un œuf, à condition de le manger tout de suite. Sauf que je n'ai pas trouvé cette distinction dans le Coran. Lui n'en démord pas. Cela part d'un bon sentiment. Mais justement, les bons sentiments n'ont rien à voir avec le bréviaire que lit chaque monothéiste, ils existent dans la personne. Il y a des catalogués chrétiens qui sont foncièrement méchants, malgré les paroles d'ailleurs ambiguës de Jésus. Notre jeune homme (il n'a pas trente ans et je suis sûr que les dames le considéreraient comme un beau gosse) est gentil non pas parce que le Coran lui dit de l'être mais parce qu'il a ça en lui. Je me demande d'ailleurs ce qu'il lit dans le Coran dont il m'a dit qu'il en faisait lecture. En tout cas pas les passages gore, car lorsqu'il approche sa main de mon visage le rasoir brandi, le mécréant que je suis aurait du souci à se faire. (Le Coran IX, 29, par exemple, vous pouvez vérifier dans votre exemplaire). Mais je sais que je ne risque rien.

Tout de même, le catéchisme de ce bon jeune homme me paraît un peu pesant. Il ne veut non plus rien savoir de l'antisémitisme de l'islam : si des Juifs ont été tués, c'est qu'ils avaient attaqué en premier. Sa vie de Mahomet, c'est un peu la vie de Jésus chez les chrétiens, de Kim Jong Il chez les Coréens du nord. Il n'y a rien qui dépasse ! Un aspect rédempteur cependant chez ce bon Kurde, on peut lui raconter des blagues sur les Arabes, il est preneur.

Il en va tout autrement chez le voisin, l'autre Kurde. Si le premier est kurde syrien, le second est kurde turc. Et non-musulman, qui plus est. Très exactement, il se dit agnostique tendance athée. Il est aussi bi-national, turc et suisse, mais il me dit que sa patrie c'est la Suisse et plus précisément Plainpalais où il a ses pénates et où il entretient des relations de bon voisinage avec ses voisins et clients. C'est un homme affable, le tenancier idéal d'un bistro de quartier. Les gens se moquent bien de savoir qu'il est turc au départ. Ce qui importe, c'est son entregent, sa bonhomie, sa sociabilité. Aussi, ce qu'il a à dire n'est pas sans intérêt pour le chroniqueur que je suis. Il me signale, mais j'avais déjà récemment entendu cela d'une jeune femme turque, que les Turcs raisonnables regrettent tous Mustafa Kemal Atatürk, celui qui fit de la Turquie auparavant ottomane et arriérée un état moderne, avec une constitution démocratique dont je crois me souvenir qu'elle avait pris pour modèle la constitution helvétique (moins la démocratie directe), avec élections au suffrage universel, droit de vote des femmes et parlement avec pouvoir législatif.

Qui dit droits des femmes dit par conséquent mise en veilleuse de l'islam. Atatürk, tout en maintenant dans la constitution l'islam comme religion de la Turquie tient essentiellement à faire de son pays un État laïque, c'est-à-dire que la religion ne doit pas empiéter sur la politique. Mon interlocuteur kurde me dit qu'avec Erdogan, on en est de nouveau loin. Il fait revenir un islam rigoriste, pas d'alcool*, les femmes voilées (dont madame Erdogan), la charia n'est pas loin. L'islam turc sait être aussi totalitaire que l'arabe. Curieusement, ils ne se mêlent pas ; dans notre Occident tolérant, il y a des mosquées turques, en Allemagne surtout, et des mosquées arabes principalement en France. Question de langue. Je crois savoir qu'en Alsace, il y a les deux. Bravo pour l'universalité de cette religion. S'il parlaient tous latin, ces clashes ne se produiraient pas.

Il y a un problème turc en Occident. De bonnes âmes déclarent que la Turquie devrait faire partie de l'Europe, tout ce qui entre fait ventre. C'est oublier qu'on fait alors entrer un pays entièrement musulman et qui entend s'isoler religieusement. Les Allemands sont inquiets. Ils ont une forte proportion de musulmans turcs, ils prétendent qu'ils sont un pays de culture, ce qui n'est pas tout à fait faux et qu'ils pourraient demander que ces immigrés de longue durée se missent tous à l'apprentissage de la langue de leurs hôtes, ce qu'Erdogan considère comme de l'arrogance. Il y a d'autre part le problème des crimes d'honneur. Il n'est pas rare hélas qu'une petite demoiselle turque cherche à s'émanciper et à vivre à l'occidentale, en se maquillant, en portant cotillon court et voire à flirter avec un garçon qui n'a ni la bonne nationalité ni la bonne religion. Et que cette demoiselle reçoive deux balles dans la tête ou un coup de couteau égorgeur. De la part d'un frère qui ne badine pas avec l'honneur de la famille. On nous dit alors que cela n'a rien à voir avec la religion et qu'il s'agit d'une coutume, regrettable certes, qui a cours dans des régions reculées de l'Anatolie. Sauf qu'on n'a pas connaissance du discours d'un imam (que ces pieuses familles écoutent certainement) qui affirmerait que de tels actes sont condamnables et qu'un musulman ne doit pas tuer un musulman, même s'il s'agit d'une musulmane. Il ne devrait pas tuer tout court, mais c'est là un autre sujet. On comprend les réticences de l'Allemagne.

Voilà les quelques réflexions qu'une promenade dans mon quartier et la conversation avec un homme de bien m'ont amené à faire. Le monde est tout petit. Ou immense.



*Atatürk est mort d'une cirrhose, ce qui veut dire qu'il ne buvait pas que l'eau de la source zem-zem.

Lien permanent 5 commentaires

Commentaires

  • Très bel article.
    Un autre habitant de la même avenue.

  • Assurément beaucoup de musulmans ne connaissent le coran, les Hadiths et la sunna, beaucoup appliquent la taqiyya, de plus en plus deviennent des apostats. Les kurdes respectent les femmes dans leur majorité. Beaucoup de femmes ont combattu l'Etat islamique du levant avec beaucoup de courage. Quant à l'islam-nazi Erdogan, il faut une solution rapide et efficace avant qu'il soit trop tard.

    ""Mahomet et l’esclavage :
    Durant ces 10 années de djihad guerrier, Mahomet avait conforté l’esclavagisme.

    « J’ai vu le Prophète alors qu’il n’y avait avec lui que 5 esclaves et 2 femmes (Sahih Bukhari, Livre des mérites des compagnons, Chap. 5 : Dire du Prophète, 3460 ; Chap. 59 : Islamisation d’Abu bakr, 3644).

    Le Prophète vend un esclave pour 800 dirhams, alors qu’il devait être libéré à la mort de son maître » (plusieurs hadiths du Sahih Bukhari et du Sahih Muslim).""

    https://www.sami-aldeeb.com/la-biographie-meconnue-de-mahomet/

  • ""On nous dit alors que cela n'a rien à voir avec la religion et qu'il s'agit d'une coutume, regrettable certes, qui a cours dans des régions reculées de l'Anatolie.""

    Naturellement c'est faux, le coran est explicite. C'est le même problème avec l'islam dit politique. L'islam ou les islams sont politiques. La taqiyya et l'ignorance font des ravages parmi les non musulmans.

    https://youtu.be/2e4fzzYS7wE

    Lorsque nous constatons qu'à Paris et dans toute la France des gens sont obligés de vivre avec la protection des policiers, à cause de l'islam et ses soldats, l'avenir sera très difficile. Bon, nous irons en Suisse chez André Thomann..... *L*

  • Je dois me répéter. Lorsque j'écris un texte sur ma rue et sur ceux qui l'animent, il est évident que si vous m'envoyez un commentaire sur la violence musulmane ou la révolte des Noirs aux USA, , vous êtes hors sujet et je ne vous publie pas. Même si votre commentaire est pertinent, Je ne censure pas mais je suis obligé de trier.
    Quelquefois je reçois une longue liste de ce qui se passe de condamnable dans le monde et ça n'est alors pas un commentaire. Ne vous donnez pas cette peine, j'ai certainement lu ça avant vous.
    Et puis ne m'envoyez pas des tartines épaisses, des commentaires de soixante lignes! Il y a cette phrase de Pascal (Blaise): je n'ai pas eu le temps de faire court. Ne faites pas comme lui, prenez votre temps et réfléchissez avant de mettre les doigts sur les touches. Dix lignes devraient suffire.
    J'ai dit.

  • Comme toujours, merci pour vos excellenst billets!

Les commentaires sont fermés.