• UNE PROF VIEUX JEU

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    Figurez-vous qu’une dame qui enseigne le français demande à ses élèves d’apprendre un poème par cœur. Et pas de n’importe quel poète, mais un poème de Baudelaire qui avait pourtant été puni pour quelque chose comme pornographie par le juge Pinard. De plus, on n’apprend plus par cœur, c’est ringard, ça surcharge inutilement la mémoire. Comment peut-on ainsi trahir le métier ?

    Non, je plaisante. Au contraire je félicite tous ceux qui dans ce métier rigoureux font pareil. Apprendre par cœur demande un effort, mais savoir par coeur, c’est du bonheur qui vous accompagne toute la vie. J’ai cette chance de savoir du par cœur en trois langues :

    Mignonne allons voir si la rose qui ce matin avait desclose sa robe de pourpre...
    All the world is a stage and all the men and women merely players…
    Es war als hätt der Himmel die Erde still geküsst…


    Cela permet à tous ceux qui sont dans mon cas de meubler leur tête de textes mémorables, c’est le mot, mais aussi de chérir les langues qui en sont le support. Ici une parenthèse : il n’y a pas de langues laides, il n’y a que de piètres locuteurs. Il y a l’allemand d’Hitler et l’allemand de Marlène Dietrich, l’anglais de Laurence Olivier et celui d’un baragouineur texan. Un monde de différence.

    L’idée qu’il faille abolir le par cœur provient d’une idéologie malsaine qui dit qu’il ne faut pas demander des efforts à l’élève sinon il est malheureux à l’école. C’te blague ! Déclarer que la mémoire pourrait être surchargée est une monstruosité. J’en avais déjà parlé en prenant l’exemple de Wilhelm Backhaus. Cet inconscient s’était mis dans la tête d’apprendre par cœur les 32 sonates de Beethoven, des pages et des pages de partition et en finale, il les avait toutes dans la tête et les doigts. Il avait donné l’intégrale à Genève et j’avais pu aller, ébloui, à deux des soirées.

    Alors encore une fois bravo à cette prof à l’ancienne dont les élèves à ce que j’ai pu constater ne se rebiffent pas.

    Pour ma coda, les vers du premier quatrain d’un sonnet de Baudelaire justement :

    Les amoureux fervents et les savants austères
    Aiment également en leur mûre saison
    Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
    Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.



    Pour le sonnet en entier, vous cliquez sur Baudelaire Les Chats, c’est un des plus beaux sonnets que je connaisse.

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  • ÇA CRAINT

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    Il faudra qu’on m’explique pourquoi l’homme s’est créé un Dieu (quel que soit le nom qu’on lui donne) qu’il faudrait craindre. Car enfin, ce dieu dont on nous dit qu’il est bon, qu’il nous aime (le slogan apparaît souvent), que le Coran déclare miséricordieux, ne serait en fait qu’un individu vaniteux, intolérant et surtout violent. Alors effectivement, il vaut mieux le craindre.

    Seulement, cela ne facilite pas l’existence de ceux qui sont croyants, les vrais. Alors que les occasions d’avoir peur sont nombreuses, les accidents, les catastrophes naturelles, la fin possible d’un amour ou d’une amitié, une maladie qui guette, tout cela peut rendre notre existence difficile si on est sujet à la méditation morose. Alors s’il faut encore avoir peur de cet abusif pépé, merci bien.

    Les deux grands monothéismes (on laissera de côté le judaïsme qui n’est qu’une religion régionale qui ne fait pas de prosélytisme) sont fondés sur une astuce, un mensonge. Décréter qu’il existe un Dieu auquel il faut obéir sinon ! est se donner les armes d’une dictature. Ce qu’ils sont bel et bien. Avec l’attirail qui les caractérise. D’abord l’invention diabolique de l’Enfer et du Paradis. On pense à la stratégie des nazis, l’enfer devient un vaste camp de concentration dont on ne sort pas vivant, dans lequel selon le Coran on est torturé pour l’éternité, et le paradis les célèbres croisières Kraft durch Freude destinées à récompenser le croyant (au national-socialisme).

    Pour éviter que le croyant regimbe, on le balafre du péché originel qui crée une cicatrice indélébile. Au panier, la présomption d’innocence, nous sommes tous présumés coupables, à cause de ce couple maudit d’Adam et d’Ève qui ont désobéi à Dieu il y a quatre mille ans. C’est en tous cas la théorie de saint Augustin, le célèbre théologien et écrivain. Tintin tenait pour avéré l’existence d’Adam et de sa compagne, (z’étaient pas mariés à ce qu’on croit savoir) et à sa suite, de nombreux croyants en sont encore persuadés de nos jours. Ce que je crois moi, c’est à l’existence de Lucy, cette sauvageonne d’il y a trois millions d’années qui grimpait aux arbres et qui serait peut-être notre mémé à tous. C’est plus plausible.

    Vient ensuite la panoplie des personnages à vénérer sinon ! On va remonter très haut avec d’abord Abraham, un cinglé total qui s’était mis en tête de tuer son fils, il avait entendu des voix qui lui disaient de le faire. Ce n’est qu’a l’intervention de la police alertée par les voisins qu’on put éviter ce crime abominable. L’Ancien Testament donne une autre version pas du tout crédible.

    Je ne sais pas s’il faut vénérer Noé mais il figure dans cette galerie de portraits. Il était un pochtron exhibitionniste à qui l’histoire fait construire une arche contenant tous les animaux de la création. C’est d’un plausible. Dire qu’il y a des chercheurs qui veulent retrouver cette arche !

    Maintenant les voyageurs (verticaux) ceux qui sont montés au ciel. Soit pour y rester soit en voyage d’affaires. On commencera avec la Vierge Marie, selon l’iconographie blonde aux yeux bleus et teint scandinave comme toutes les femmes du Moyen-Orient. Là l’Église catholique a réussi un joli coup, faire d’une petite Libanaise chichement mentionnée dans les Évangiles une icône universelle, la faire monter au ciel (Assomption) puis la faire apparaître aux yeux de petites bergères crédules, chapeau !

    Puis c’est Jésus lui-même, monté au Ciel en touriste mais redescendu ensuite pour pouvoir mourir sur la croix dans une mise en scène grandiose. Noter qu’il y a des malpolis qui mettent en doute l’existence même de Jésus dont le ferrailleur Michel Onfray : ses arguments se tiennent pas mal. Jésus serait un personnage conceptuel dont la description serait prise de bric et de broc sur des prédicateurs divers et contemporains et dont la légende serait similaire à celles des prophètes d’autres religions. Bien vu. Reste que s’il disparaît des écrans, sa maman aussi et cela rend inutile mon paragraphe précédent.

    Reste Mahomet, le grand reporter. Non seulement il est allé au ciel en en franchissant les sept étages et a obtenu une audience du Président, je veux dire Allah, mais il a aussi visité l’Enfer (selon un hadith) et il y a vu, j’ose à peine le mentionner, que la plupart (huit sur dix) des pensionnaires étaient des femmes. On craint pour madame Blancho et pour les épouses des Ramadan Brothers.

    Qu’on m’entende bien, croire en Dieu n’est pas un signe d’abêtissement et prier pour se libérer du mektoub une activité qu’on peut comprendre sinon y adhérer. Mais il serait souhaitable que ces croyants s’abstinssent de souscrire à des faits tels que les résurrections, les apparitions, les montées au ciel, les miracles de Lourdes (et autres lieux), les viandes acceptables qui sont des insultes au raisonnable. On se moquerait moins d’eux.

    Pour illustrer mon dernier paragraphe, ma coda sera un alexandrin tiré du Tartuffe :
    Il est avec le Ciel des accommodements.

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  • JE NE MOURRAI PAS VIEUX*

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    Je consulte régulièrement les sites internet qui ont trait à la santé et je m’aperçois que j’ai tout faux. D’abord on me parle de toxines dont mon corps serait infecté. Dès que j’avale quoi que ce soit, voilà qu’elle déboulent en quantités telles que mon foie pourtant bon prince n’arrive plus à en faire façon. Il conviendrait donc que je m’en débarrassasse. Or, je n’en fais rien, elle finiront par m’avoir. Aïe !

    Viennent ensuite les régimes. Ces toxines, on pourrait les éviter si on mangeait sainement. Mais voilà, c’est quoi manger sainement ? Attendez que je me renseigne. Ce ne sont pas les sites qui manquent. Mais ils se contredisent souvent.

    Il y a d’abord les absolutistes, les crudivores : rien ne mangeras qui ne soit cru ! On revient à des temps très anciens, d’avant l’invention du feu. L’homme d’alors mangeait sa côte de bison non cuite, agrémentée de quelques myrtilles cueillies en forêt. En mangeant ainsi, notre homme des cavernes atteignait facilement une espérance de vie de trente ans et plus. Mais on ne m’enlèvera pas de l’idée qu’un chasseur de rennes lapon en rentrant frigorifié sera bien aise de se trouver devant une soupe fumante, même chose pour le berger des hauts plateaux andins.

    Venons-en aux régimes proprement dits. Dans l’ordre chronologique de la journée : au petit-déjeuner, il y a ceux qui admettent les confitures, certes pas dans les quantités que j’engloutis chaque matin, d’autres ne les mentionnent même pas car elles contiennent ce poison violent qu’est le sucre. Pour le pain, j’en mange certes, c’est le soubassement du beurre et de la confiote, mais je ne sais pas si c’est le bon, j’ai mes doutes.

    Pour les boissons, le choix est grand. Certains acceptent même le lait, mais attention, pas celui qui sort des mamelles de la vache, horreur, mais du lait d’amandes préparé maison. Pour le café, c’est O.K. mais décaféiné, c’est plus sûr. On veut bien accepter encore le thé à qui on accorde quelques vertus mais vous serez d’accord, rien ne vaut un verre d’eau tiède citronnée au lever. Ensuite une bonne tisane et votre santé matinale est assurée.

    Viennent maintenant les repas de midi et du soir. Il y a ceux qui se refusent la viande et ceux qui l’acceptent mais en quantité modérée, vous pensez bien, c’est indiqué au gramme près. Une escalope avec une belle salade. Car il faut bien sûr des végétaux des verts, des rouges, des jaunes. Peu importe la saison, ça sera des asperges et des petits pois toute l’année. Ça m’avait déjà frappé le matin, c’était fraises et abricots même en février.

    De toute façon, pour ces deux repas, j’ai tout bon. Même que j’ai de la peine à persuader la personne qui me les prépare de me faire de temps en temps un menu sans viande, disons une ratatouille avec des nouilles par exemple. C’est aussi totalement nourrissant. Ma santé ne devrait pas en souffrir.

    Résumons : tous ces articles-santé semblent avoir pour but de nous obséder ; est-ce que je fais juste ? Est-ce que j’ai mon plein de vitamines? Dois-je faire encore plus attention au sucre ? Ai-je fait le bon choix pour mes huiles à frire ? Ma proportion de légumes crus est-elle satisfaisante ? Y a-t-il assez de fibres dans ce que je mange ? Tout ça peut générer des angoisses auxquelles on a même donné un nom : orthorexie (l’appétit juste). On s’en méfiera.

    Mais j’y pense, il y a un grand absent dans tous les régimes proposés, c’est le vin. Le mot même n’apparaît nulle part. Tabou ! C’est les musulmans qui doivent approuver. Il doit être un poison encore plus violent que le lait ou le cyanure. Et moi qui en bois, je vous avais prévenu que j’avais tout faux.

    Et en plus je fume.

    En conséquence de quoi, je vais pour ma coda, et pour contredire ces messieurs-dames les nutriologues, vous citer l’Ecclésiaste (j’ai mes lectures) :

    Vinum bonum lætificat cor hominis.

    Vous remarquerez que la traduction latine emploie homo (Mensch) et non pas vir, le mâle, ce qui fait que la mulier, la femelle, pourra aussi en boire. Merci pour elle.


    * 91 ans, c’est plus rien de nos jours.

    P.-S. Ce texte comporte une contrepèterie classique. Les amateurs de ce genre de plaisanterie la trouveront facilement.

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