LE POUCE LEVÉ

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S’il y a une activité qui semble être en déclin, c’est l’auto-stop. Dans mes dernières années de conduite d’une voiture, je ne voyais plus ces pouces levés par des jeunes gens qui demandaient qu’on les transporte. Et c’est bien dommage. C’était une façon gratuite de se déplacer (il n’était jamais question d’argent) et surtout elle illustrait fameusement ce ‘vivre ensemble’ dont on nous rebat de nos jours les oreilles.

Et c’est pour cette raison que j’ai envie de vous en parler céans. Nous n’avions pas besoin d’un slogan pour nous lier temporairement et sans heurts avec notre prochain qui était un automobiliste ‘riche’ et nous des étudiants impécunieux.

J’ai souvent pratiqué le stop, en France, en Grande-Bretagne (hitch-hiking) et en Allemagne (per Anhalter). Alors voici quelques épisodes d’une période heureuse où on était tous sympas et où le danger n’existait pas.

Un type sympa justement, c’était en Angleterre. Il me prend et me dit qu’il ne me mènerait pas très loin car il habitait un village à quelques kilomètres. Mais comme c’était l’heure du lunch, il m’emmenait chez lui et sa femme pourrait me préparer un petit repas. Ensuite il me ramènerait sur la grand route. J’eus droit à une omelette-salade et je pus repartir lesté. C’est des moments qu’on n’oublie pas.

Mais il y a mieux encore. Un dimanche matin de mai (im wunderschönen Monat Mai) je sortais de Trèves dans l’idée de longer le cours de la Moselle. Un quidam me prend mais me demande de ne pas être pressé car il doit s’arrêter en cours de route car il a affaire dans une localité du parcours. Cette affaire, c’était de payer une facture chez un vigneron. Il aurait pu me laisser en plan, mais non, il m’emmène chez son vigneron et je participe alors à ma première dégustation de vin, de ce fameux riesling de la Moselle. À vingt ans, j’entrais à l’âge adulte. Vive moi ! À mon âge je ne conduis plus mais je continue les dégustations. Nous sortîmes de cave et reprîmes notre route et à l’heure du Mittagessen, mon hôte me paya encore le repas. C’est des moments qu’on n’oublie pas.

Une autre fois, et là c’est moi qui étais au volant, je prends deux jeunes Italiens en sortant de Boulogne (je rentrais d’Angleterre), ils me dirent qu’ils avaient un rendez-vous urgent le surlendemain à Milan. Un peu plus loin, je pris encore un Allemand qui allait vers le sud. Ambiance très gaie, on était quatre à rire, à trouver que la vie était belle. L’Allemand nous quitta à Dijon et je continuai avec mes Italiens que je déposai à Bellevue en leur indiquant de traverser la route et lever le pouce en direction de l’est. Si je vous raconte cet épisode, c’est qu’il a eu une suite. Deux jours plus tard, je recevais un petit mot : mes Italiens avaient bien honoré leur rendez-vous et me remerciaient de les avoir pris en route. Telles étaient les mœurs de l’époque. J’ai eu affaire à des gentlemen.

Pour ma coda, encore un peu de nostalgie, la première strophe d’une chanson de Charles Trenet :

De toutes les routes de France d’Europe
Celle que j’préfère c’est celle qui conduit
En auto ou en auto-stop
Vers les rivages du Midi
Nationale 7

Lien permanent 8 commentaires

Commentaires

  • Joli billet! Que de souvenirs. O tempora o mores. Pour qui aime la lecture, la plus géniale histoire d’auto-stop: « The hitch-hiker » de Roald Dahl, je crois une des plus belles short stories jamais écrites. Pour les nostalgiques de la vieille France: les fameux Gendarmes avec de Funès où on voit des scènes d’auto-stop d’anthologie!

  • Je vous remercie chaleureusement de nous replonger dans cette ambiance si spontanée de l'auto-stop, qui permet des rencontres étonnantes, riches de surprises qui nous font découvrir les êtres humains sur le vif.
    Il y a une cinquantaine d'année, je faisais du stop à Neuchâtel pour retourner un dimanche soir à Genève. Une voiture italienne s'arrête : un homme jeune, une dame et une jeune fille. Ils me demandèrent dans quel pays ils étaient!!!
    Ils cherchaient Neuenburg en Allemagne mais à la frontière allemande, on leur avait signalé Neuchâtel en CH. Je suis montée pour leur indiquer la gare afin de consulter une carte de géographie. Pendant le court trajet, je vis les saccades du conducteur qui conduisait depuis plus de 24h non stop pour rejoindre le petit-fils gravement accidenté. Nous avons pu consulter la carte et je me suis offerte à les conduire. Nous y arrivâmes à 24h, l'enfant était décédé.
    Quelqu'un m'a ramenée à Bâle puis autostop assez facile mais j'ai dû rester éveillée car un conducteur professionnel manquait de s'endormir.
    Voilà donc où a pu mener un banal retour habituel du dimanche soir!

  • Merci pour ce plaisant billet qui évoque notre jeunesse insouciante des trente glorieuses. Avec de belles rencontres et il faisait toujours beau temps.

  • J'ai fait le mur lorsque j'étais militaire, oui mais un 11 novembre. Faisant du stop en habit de rigueur, je me suis retrouvé dans Rouen avec des milliers de ces gens gradés et non gradés. Débraillé et le calot sur l'épaule. Un lieutenant m'a demandé d'être en tenue correct et au garde à vous pendant le défilé, je me suis exécuté. Mais je n'avais rien à faire ici ma caserne étant au nord de Paris, j'ai donc décidé de fuir en toute discrétion. Mais la police militaire avait été contactée.

    J'ai pu repartir après avoir donné mon identité, et un argument bidon. De retour à la caserne, je fut dirigé droit au trou pour une semaine.

    Le stop est une Liberté qui disparaît aujourd'hui à cause de l'insécurité, de la drogue et autres comportements, c'est bien dommage.

  • J'ai utilisé le stop ces dernières années. J'aime marcher, mais surtout à la montée. Et si je monte trop haut, la descente est pénible... En attendant le car postal, qui passe toutes les heures, je levais le pouce. J'ai redécouvert une loi fondamentale du stop : ceux qui s'arrêtent sont majoritairement des gens très sympathiques et c'est vraiment très agréable de discuter avec eux. Mon meilleur souvenir : le mari de Silke Pan, qui est une femme que j'admire beaucoup. Mais derrière toute grande femme, il y a un grand homme...

  • ""Et si je monte trop haut, la descente est pénible... ""

    Dans ce cas il existe une formule: descendre en marche arrière, qui plus est, pour les anciens, vous avez l'air d'un Beatles ....dans le vent.

    c'est moins bien pour vle stop qui vous fait revenir dans l'autre sens.

  • Je rejoins le cortège des souvenirs avec ce retour d'Inde en 1978 dont le dernier bout, d'Istambul à Genève a été fait en auto-stop. A part le bateau entre la Grèce et Brindisi.
    Chance inouïe j'ai trouvé un lift jusqu'à Milan d'une traite. La suite s'est faite sans heurts et je n'avais pas longtemps à attendre. Sauf.... de Lausanne à Genève où j'ai dû attendre presque trois heures. Je m'en souviens comme si c'était hier. Je voyais ces pauvres automobilistes anxieux éviter mon regard et je me marrais tout seul. Arrivé à Genève je fus sidéré de vérifier à quel point les gens étaient adorables et très heureux d'entrer en contact, mais si timides et réticents à déranger. Je me suis pris d'affection pour mes compatriotes qui semblent bourrés de bonnes intentions tout en étant sur la réserve, tant pour préserver l'autre que pour éviter des situations hors contrôle.
    Et je dois avouer que j'ai pris goût à ces façons qui permettent de respecter la sphère privée. J'adore pourtant être dérangé dans ma routine, sans RV, lorsqu'un vieux pote ose venir me surprendre.

  • On n'en attendait pas moins de vous, Pierre Noël. Félicitations...

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