• J’AI DE L’ŒIL

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    Nous revenions d’Allemagne, un ami et moi. C’était l’été et il faisait chaud. Arrivés au bord du lac de Neuch, nous nous dîmes qu’une boisson fraîche s’imposait. On s’installe sur une terrasse, à Auvernier je crois. J’optais pour un coup de rosé. À quoi le patron nous signala qu’il avait de l’œil, tel quel. Il voulait dire par là qu’il avait de l’Œil de Perdrix, ce fleuron de la viticulture neuchâteloise. L’offre me convenait, mais surtout la façon dont elle était faite. Un Québecois ou un Limousin n’y aurait entendu goutte. Pourquoi nous parle-t-il de son œil, il est en vrille, coquin, en face des trous, et alors.

    Mais notre sympathique mannezingue nous avait repérés comme étant d’une ethnie voisine qui devait comprendre son vocabulaire écourté. Il avait peut-être vu nos plaques GE. De toute façon, il établissait avec nous cette complicité qui est celle de la langue, la connivence de ceux qui habitent la même maison où ils sont heureux. Et c’est de cela que voudraient nous priver les mondialistes.

    Nos nations sont donc les maisons qui nous sont familières et que nous ne voulons pas quitter pour une vie de sans-abri privé de l’affection des nôtres. Ce qui serait le cas si nous devenions européens. L’Europe est une entité abstraite. On ne peut pas aimer l’Europe. C’est d’ailleurs voulu, nous devons devenir des citoyens au patriotisme refoulé, soumis à la dictature du patronariat, celui des grandes entreprises qui nous demandent de consommer pour être heureux.

    En revanche on peut éprouver affection et admiration pour les habitants des pays qui la forment. On aimera l’italien Verdi, l’espagnol Albéniz, le russe Moussorgski, le français Ravel, le franco-polonais Chopin, ça oui ! Sans parler de Linné, de Volta, de Mendeleïev, de Darwin, de Humboldt, de Pasteur dont on n’a jamais dit qu’ils étaient des savants européens.

    Je me permets de citer mon propre cas. Né de mère allemande, j’ai pour ce pays le sentiment d’une seconde patrie, surtout pour le pays de Bade, cette région souriante et paisible qui produit en plus d’excellents vins. Mais j’ai aussi fait un semestre à Cologne, une ville rigolote et qui a gardé son dialecte très éloigné du Hochdeutsch, une façon de se garder une autarcie linguistique, donc patriotique. Exemple : he kut huk, il vient aujourd’hui.

    Ensuite, en phase avec mon métier de prof, j’ai fait trois séjours d’un an en Angleterre et j’ai pour ce pays à la fois amitié et admiration. J’y ai tissé des liens faits de tolérance et d’humour. Fortifiés par cette langue qui empruntait sans vergogne au latin, à l’allemand, au français, aux langues de l’Inde pour devenir à la fois internationale par la facilité qu’on a à l’apprendre (pas de déclinaisons aux terminaisons multiples, une conjugaison simplifiée) et nationale comme d’ailleurs elles le sont toutes et qui permet les petits jeux de mots, les approximations, les facéties qui conduisent à l’humour interne connu des seuls autochtones. Une sorte de patriotisme langagier.

    Enfin, le hasard des rencontres m’a fait connaître la Pologne. Là, pas d’enthousiasme pour la langue, quoique ! Le polonais ne saurait aspirer à devenir une langue internationale, il est trop compliqué, des déclinaisons à n’en plus finir, une conjugaison perfide. Cependant curieux des langues, j’ai saisi l’occasion de connaître de l’intérieur le système slave, ses constructions, ses sonorités. J’ai même pu tenir un temps une conversation en polonais avec mes excellents amis qui s’il me manquait me dépannaient soit en français, soit en allemand, langues qu’un Polonais maîtrise avec brio.

    Voilà donc mon ‘vivre ensemble’ avec des ethnies européennes proches ou moins proches. J’en garde un souvenir très vif. Et pour ma coda, c’est merci dans les trois langues citées.
    Vielen dank Thank you very much Djiękuję bardzo.

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  • O TEMPORA, O MORES (Cicéron)

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    C’est du latin. Je vais traduire :
    O tempora : on vit une drôle d’époque.
    O mores : la morale n’est plus ce qu’elle était.

    Des agités pseudo universitaires américains (qui d’autre ?) sans doute munis d’opulents curriculum, mais des pauperes spiritu ont décidé motu proprio de supprimer le grec et le latin des programmes d’études. Et avec ces deux langues les littératures dont elles sont porteuses. On ne lira plus Horace, Virgile, ni Platon ou Homère (c’est qui ces mecs ?).

    On ne peut qu’opposer un veto unguibus et rostro à cet ukase imbécile dont la motivation est claire, ils l’avouent d’ailleurs eux-mêmes : il s’agit de faciliter l’accès aux études aux classes défavorisées, lisez les Noirs américains, dont on pense que des langues mortes ils n’en ont rien à foutre. Les maintenir serait margaritas ante porcos. On ne saurait être plus méprisant.

    Ces ignoramus suppriment donc des pans entiers de notre culture, de ce passé dont la connaissance nous permet de comprendre le présent et a fortiori envisager l’avenir. Cela fait partie de la grande offensive de destruction du système éducatif traditionnel visant à éliminer l’ignorance et rendre les étudiants intelligents dès le début, ab ovo donc. Ils ont compris que l’intelligence rend critique et ceux qui la pratiquent vont se mettre à penser ‘démocratie’ et se mettre à critiquer le système, ce qu’il faut éviter à tout prix. Floreat stultitia !

    Vous aviez peut-être cher lecteur (dois-je ajouter lectrice ?) des a priori concernant l’étude du latin. J’espère vous avoir convaincu de son utilité.

    Vale.


    Addendum ou coda: après cet effort, je vais m’en jeter un, car nunc est bibendum.

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  • UN GRAND OUF !

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    Nous voilà de nouveau tranquilles pendant quelque temps après les excès et les guignoleries de cette Coupe d’Europe de foot. Les excès déjà dans le vocabulaire. Dans la presse : l’Italie crucifie l’Angleterre. Les Anglais abattus. On se calme ; il y a une chose que les sportifs et ceux qui commentent leur activité n’arrivent pas à comprendre, c’est que dans une compétition, il y en a un qui gagne et l’autre qui perd. Un humoriste demandait que tous le matches se terminent par un résultat nul, pour éviter les déprimes. C’était bien vu.

    Vae victis. Malheur aux vaincus. Ce que les entraîneurs de l’équipe perdante doivent entendre. Celui des Français s’est vu reprocher sa tactique et c’est vrai que les Suisses dont ils ne devaient faire qu’une bouchée ont quand même envoyé le ballon dans les filets français par trois fois. Les Suisses, ouais, en fait des joueurs balkaniques qui ont fait la différence. Mais au moins ils étaient blancs de peau.

    Pas comme ces tireurs anglais qui ont raté par trois fois leur objectif et qui étaient d’origine africaine. Là, les propos racistes n’ont pas manqué. Mais des joueurs leucodermes auraient-ils fait mieux ? Parce que les tirs au but, c’est un truc coton, il y a ce maudit gardien adverse, ce salaud s’obstine à vouloir arrêter le ballon. Et le fair-play, gardien !

    À entendre ces critiques, je veux bien croire qu’il existe des tactiques de jeu, mais mon œil peu exercé me fait apparaître le foot comme un mystérieux jeu de hasard. Si dans telle phase du jeu vous demandez au joueur A de passer au joueur B, et tout devrait bien se passer, mais voilà-t-il pas qu’un joueur adverse ne l’entend pas de cette oreille et se place entre les deux, intercepte la passe et se précipite dans l’autre direction. Si cela devait se passer selon les directives de l’entraîneur, il n’y aurait évidemment pas de match, alors un peu d’imprévu ne nuit pas à l’intérêt, bien au contraire.

    Ce qui est critiquable en revanche, c’est l’attitude hystérique du pays vainqueur et l’abattement du vaincu. C’est à peine si l’Angleterre n’allait pas décréter un deuil national de trois jours. Quant à l’Italie, un avenir radieux s’ouvre devant elle, une industrie qui redémarre, plus de chômage, plus d’attentats, plus de virus, que du bonheur. Par la grâce d’une victoire.

    Tout cela est orchestré par des médias qui y trouvent leur profit. Un championnat, ça fait vendre l’Équipe et la Gazetta dello sport. C’est tout bénef. Et cela se fait avec la connivence des gouvernements, un peu de pain et beaucoup de circenses maintient le peuple dans l’obéissance. On oublie un peu cette donnée.

    À part ça, on attend toujours la décision des footeux de boycotter ce championnat qui doit se dérouler dans l’État esclavagiste du Qatar.

    Ce qui m’amène à ma coda et cette définition :
    Le football est un jeu de gentlemen joué par des voyous,
    Le rugby est un jeu de voyous joué par des gentlemen.

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