L’ÉCATION NATIONALE

Imprimer

J’avais en son temps signalé la prononciation précipitée de la ‘Rélution française’. Et ça continue, j’ai aussi entendu ‘la xinationbligatoire’. On entend ces horreurs sur les radios françaises, France inter et France info. Vous me direz que je n’ai qu’à pas les écouter mais il se trouve que ce qui se passe dans ce pays voisin en pleine guerre civile ne m’est pas indifférent. J’ai peur que la Suisse pour le moment encore debout ne soit contaminée.

Où en étais-je ? Les prononciations délirantes. Ceux qui avalent les syllabes et qui ne tiennent pas compte de la compréhension de ce qu’ils profèrent commettent deux impolitesses, d’abord à l’égard des auditeurs qui aimeraient bien savoir de quoi ça parle, ensuite à l’égard de la langue française qu’ils massacrent. Les Français savent nous dire que leur langue est belle, dans leurs oreilles la plus belle de toutes. Mais ça n’est pas acceptable. Il n’y a pas de langue qui serait plus belle qu’une autre, il n’y a que de bons et de mauvais locuteurs.

Or, les Français qui parlent ainsi à toute vapeur massacrent justement leur langue dont ils nous disent le plus grand bien. Même si on arrive quelquefois à les comprendre, leur débit est désagréable à l’oreille. Ce qu’ils n’accepteraient pas au théâtre ne doit pas se pratiquer à la radio. Accepterait-on sur une scène ceci :

Carauxâmesbiennéeslavaleurnattendpaslenombredesannées

Ou encore :

Cestvenustoutentièreasaproieattachée

L’acteur se ferait huer.

Qu’on comprenne bien ceci : il n’est demandé à personne de parler lentement mais de parler normalement comme on fait dans une conversation entre amis. J’ai rencontré un jour un de ces énergumènes et je lui ai demandé s’il parlait toujours comme ça, il avait l’air de ne pas comprendre le sens de ma question. La fameuse phrase péjorative ‘il s’écoute parler’ pourrait devenir le moyen d’une amélioration du débit de ces messieurs-dames : écoute-toi parler l’ami et vois, ou plutôt entends ce que tu fais faux.
Je ne me fais évidemment pas d’illusions, il n’est pas pensable que les blogs de la Tribune soient lus par ceux qui sont concernés ici. On va donc continuer à les entendre débouler leurs textes. Mais j’aurai essayé.

Pour ma coda, je vous demande ceci : lisez à haute voix et normalement ces deux vers de Baudelaire :

Et dont l’unique soin était d’approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir.


Alors là oui, la langue française est fichtrement belle.

Lien permanent 6 commentaires

Commentaires

  • Institutionnalisés le bredouillage et le bafouillage sont devenus les piliers de la république du show-biz et des médias. Ne parlons pas de la chansonnette – vu le texte généralement, ce n’est pas bien grave, les feuilletons et séries téloches où ça murmure et susurre ferme. Il semble que les cours de diction et d’articulation soient devenus des parents pauvres, les oubliés de la formation.

    Ma compagne prétend que je devenu dur de la feuille, que nenni, je m’insurge contre cette assertion mensongère, limite calomnieuse : même à la Comédie-Française, ça marmonne ou alors ça gueule à vous dérégler vos sonotones…

  • Il n'y a pas que la prononciation, il y a aussi le contenu:
    https://enremontantlefleuve.blog.tdg.ch/archive/2021/08/11/agit-prop-316771.html

  • Pour voir à quel point on à touché le fond, il suffit d'écouter ça: On ne fait plus la différence entre la prononciation du futur (je ferai) et du condionnel (je ferais):

    https://www.youtube.com/watch?v=OxqYBhUw5YA

    et aussi

    https://www.projet-voltaire.fr/regles-orthographe/je-ferai-ou-je-ferais/

  • Au fait, cher Professeur Thomann, pour relever le niveau de nos médias, je vous conseille vivement de signer, faire signer et partager autant que possible l'initiative suivante:

    https://medias-controles-non.ch/

    Vous apprécierez aussi cet article:

    https://bit.ly/3yFe33d

    Bien à vous et merci

  • «Une langue qui faiblit, c'est un pays qui vacille» (Kongfuzi)

  • En revanche, si certains avalent les syllabes, d'autres accentuent les consonnes. Combien de fois entend-on "Bonjour e" dans la bouche de certains ou certaines téléphonistes-réceptionnistes ? Combien de fois n'ai-je pas entendu "Où e" ? Par ailleurs, prêtez l'oreille aux conversations entre individus, et vous constaterez que l'expression "Du coup" revient bien trop souvent et est utilisée à tort et à travers. Bon dimanche

Les commentaires sont fermés.