LES GRANDS VINS

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Je honnis cet adjectif. Un vin n’est pas à être grand, il a à être bon. Point à la ligne. L’adjectif grand est une astuce de marketing pour le vendre cher. Et ceux qui se croient connaisseurs y vont de leur pognon. Un des hommes de France très riches car il dispose de l’argent du contribuable, le président de la République n’a dans sa cave de l’Élysée que des crus célèbres, les grands noms de la Bourgogne et les étiquettes prestigieuses du Bordelais qui vont coûter bonbon.

Quand on peut être amené à recevoir à sa table la reine d’Angleterre ou tel potentat africain (non musulman) il faut servir le nec plus ultra. On imagine mal un président qui dirait : Majesté, pour l’apéritif, foin de champagne ! j’ai prévu un joli riesling d’Alsace qui ira aussi avec le poisson, et pour le plat principal, j’ai un syrah qu’on fait venir de Nîmes et dont vous me direz des nouvelles. On boira modérément, même si c’est pas vous qui conduisez en rentrant.

Il y a un snobisme des grands vins qui est je crois répandu en France. Je lisais il y a peu le commentaire d’un Français sur les vins du Languedoc. Il en disait pis que pendre. Je ne me souviens pas de son vocabulaire mais c’était obscène. Il est vrai que les vins du Midi on eu pendant longtemps une mauvaise réputation. C’étaient ce qu’on appelait des vins teinturiers d’un beau rouge qu’on destinait à donner de la couleur à des bourgognes un peu pâlots.

Mais maintenant. J’ai dans ma cave un Sainte Eulalie, un vin du Minervois (entre Carcassonne et Béziers, je suis sûr que Ménard, maire de Béziers en boit) que je ne donnerais pas pour le plus prestigieux des bordelais. Les vignerons du Languedoc peuvent désormais se mesurer avec les ‘grands’.

Il y a aussi cette ignorance des vins étrangers. Le vin sera français ou ne sera pas. Il y a pourtant de la magie dans certains plants italiens ou des saveurs de premier ordre dans les bons riojas. Sans parler des rieslings de la Moselle allemande.

Et les vins suisses, per Bacco ! Je me souviens d’un repas qui réunissait le conseil d’administration de la Société suisse des Auteurs et nos homologues français. Notre président se faisait un point d’honneur de servir des vins suisses. Tel soir, ce fut un humagne. Je vois encore nos Parisiens qui n’en revenaient pas : qu’un tel vin puisse être produit en dehors de l’Hexagone ! (J’ouvre une parenthèse ; si vous êtes confrontés à une bouteille d’humagne, n’hésitez pas, ouvrez et buvez, ce rouge est un des fleurons de la viticulture valaisanne. Il existe aussi en blanc mais je ne le connais pas).

Ces bons vins ne se font pas tout seuls. Il y faut des vignerons talentueux, j’allais dire ‘grands’ et qui maîtrisent leurs deux métiers, celui de jardinier d’une part, qui s’occupe de la vigne et d’autre part celui de caviste qui s’occupe du vin. C’est beaucoup de travail. Fait dans la bonne humeur, pour ceux que je connais.

Dans sa cave, le vigneron se mue en artiste. Il sculpte son vin comme Rodin a sculpté son Penseur. Son marbre, sa matière brute, c’est ce raisin. Il le veut solide et charmeur. Il cherche et n’est satisfait que quand il a trouvé la bonne formule. Le résultat toujours superbe est dans mon verre que je lève à sa santé (et à la mienne par la même occasion).

Pour ma coda : je connais un de ces artistes, sur demande je vous fournis son identité et son adresse. C’est tout près d’ici.

P.-S. Hors sujet du jour : il paraît qu’il va y avoir ce mercredi une manif contre la venue de Zemmour. J’espère que la police va intervenir matraque en main. Il s’agit de protéger l’hôtel où doit se tenir la causerie.

Par curiosité malsaine, j’aimerais savoir qui des manifestants a déjà lu un livre de Zemmour ou qui l’a entendu parler.

Lien permanent 3 commentaires

Commentaires

  • "J’espère que la police va intervenir matraque en main." J'espère pour ma part que des poursuites vont être engagés sur ceux qui profèrent des menaces à long terme sur l'établissement qui accueillera cette conférence. Nouvelle donnée ce matin au journal de la RTS, sans autre, comme si c'était parfaitement normal que les antifas se réservent le droit de brûler, demain ou dans six mois, l'hôtel qui a eu le culot de recevoir Zemmour...

  • Au risque de contredire l’ami Thomann, je pense qu’il y a de grands vins comme il y a de grands livres. Et il y a de mauvais vins comme il y a de mauvais livres. Savoir les apprécier et les distinguer est une affaire d’éducation œnologique et littéraire, et ça prend du temps.

    Le goût étant affaire subjective, chacun a sa mesure: on peut aimer un bon polar et le prendre pour ce qu’il est, on peut aussi se plonger dans Proust ou Shakespeare, mais on n’est alors pas dans les mêmes catégories.

    De même, j’adore un bon gamay bien frais l’été sur ma terrasse (par exemple celui de l’ami Laurent Villars à Anières), mais dans une autre catégorie je bois avec un plaisir égal un Chambolle-Musigny d’une profondeur sans pareille. Simplement, le gamay serait mon vin quotidien, et le grand Chambolle celui d’une exception.

    Un grand vin jaune d’Arbois est unique en son genre. C’est un vin dont l’élaboration est compliquée et longue, d’où son juste prix. On ne s’en sort pas à moins de 50 chf la bouteille, et ça peut monter à 200 chf pour un vieux millésime, mais quelle joie de le déguster lentement avec du comté et quelques noix. Heureusement, ce grand vin reste confidentiel: ce n’est pas un vin de snobs, et je parie que les incultes riches à millions qui massacrent des bordeaux à 500 chf la bouteille n’en connaissent même pas l’existence.

  • Je n'ôte rien ni ne rajoute au commentaire de Macherel Christian avec lequel je suis en phase. Nous avons un œnologue dans la famille et caviste. Le vin est une affaire de goût personnel avant tout. Nous avons goûté d'excellents crus d'Auxerre, (pour moi les meilleurs) mais, les Bordeaux ont un avantage, la qualité permet la quantité sans aller trop loin bien sur. Je retiens ce vin suisse l'humagne nom qui est inconnu en Suisse puisqu'il est souligné en rouge dans le commentaire, ce qui en dit long sur l'informatique en matière de dégustation d'un grand vin.

    Concernant Zemmour, les fascistes ne pourront l'interdire de parler et d'écrire, donc pas de problème.

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