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  • PALSAMBLEU

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    Quand nous étions gamins, le mot nous plaisait bien. Nous avions lu tôt les Trois Mousquetaires où il apparaissait souvent. Ces messieurs l’employaient à la place d’une expression plus drue qui les auraient fait blasphémer.

    De nos jours encore, il s’agit de ne pas blasphémer. Même le Conseil fédéral y veille. Il nous enjoint de ne pas dire du mal des religions, histoire, comme il est dit, de maintenir la paix et de ne pas provoquer les croyants qui pourraient se sentir offensés. Et un croyant offensé, surtout celui auquel je pense (et vous aussi !) est capable du pire.

    Il faut cependant préciser ceci : le blasphème n’est possible qu’à l’intérieur d’une religion. Un musulman qui déclarerait qu’Allah est un moins que rien qui n’a même pas réussi à se trouver une épouse, un catholique qui proclamerait que Jésus était un petit criseux qui se fâchait pour un rien et était incapable de tendre l’autre joue, un juif qui se taperait une escalope aux morilles à la crème, ces trois messieurs seraient coupables de blasphème. Ils seraient punis selon les règles de leur religion, coups de fouet, lapidation, excommunication.

    Et surtout l’enfer à perpète, pas de libération anticipée pour bonne conduite, en tous cas dans la version coranique.

    En revanche, si moi, qui n’appartiens à aucun de ces monothéismes sulfureux, je profère ces mêmes choses affreuses, je ne saurais blasphémer, tout au plus peut-on me critiquer (et punir) pour avoir... critiqué ce qui est au-dessus de toute critique, la religion.

    Or, la foi, la religion, c’est d’abord une opinion. Vous êtes de l’opinion que Dieu existe, je suis de l’opinion contraire. Vous êtes de l’opinion que Jésus est ressuscité, que le Coran a été dicté par Allah. Vous êtes de l’opinion qu’il faut séparer le laiteux du viandeux. Je n’en crois pas un mot. Je ne vous empêche pas de persister dans vos croyances invérifiables mais vous voudrez bien admettre que je les trouve fausses et que je le dise. Et même que je dise que votre prétention à l’hégémonie (c’est pas moi qui le dit, c’est le Coran) et qu’il serait souhaitable que le monde entier devienne musulman me fait peur.

    C’est un peu facile de déclarer que la foi est sacrée et échappe ainsi à tout jugement. Alors pourquoi pas le communisme tel qu’il était pratiqué sous Staline, pourquoi pas le véganisme, pourquoi pas l’astrologie ? Quelle différence entre manger des légumes crus, s’abstenir de vin et de spiritueux, croire que selon votre date de naissance Jupiter va vous être défavorable dans la semaine qui vient, et servir du poisson le vendredi. Ce sont de pitoyables superstitions et le monde se porterait mieux si elles disparaissaient. Mais on serait là dans une sagesse généralisée et j’ai bien peur que ça ne sera pas pour demain.

     


    Pourvu que je ne parle en mes écrits, ni de l'autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l'opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l'inspection de deux ou trois censeurs. (Beaumarchais, bien sûr).

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