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  • UNE BLANCHE VAUT DEUX NOIRES

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    Faut arrêter, Thomann avec vos titres provocants et somme toute vulgairement racistes. Nous n’en voulons plus, compris ?

    Moi provocant, moi raciste ? Moi qui vous parle de solfège, qui est bien la théorie la moins controversée qu’on puisse imaginer. Tous les musiciens de toutes origines, toutes races, toutes religions y adhèrent sans polémique aucune. Ils vont jusqu’à dire qu’une ronde vaut quatre noires sans penser à une femelle blanche grassouillette supérieure à des Africaines décharnées. Il y a encore, sans anicroches, des croches qui se dédoublent et plus si entente. Un Beethoven a fait de ces données le meilleur usage.

    Si polémique il y a, elle ne vient pas de moi. Les instigateurs en sont quelques attardés de la culture et surtout agitateurs-nés qui ont trouvé ceci : la musique classique est trop blanche. Et c’est vrai, Ravel était blanc, Moussorgski, Verdi, Albeniz, Mozart, tous blancs, pour ne prendre qu’un exemple dans les pays gros fournisseurs de musique.

    En plus, il y a les facteurs : monsieur Pleyel, mister Steinway, die herren Bösendörfer und Bechstein, san Yamaha (un japonais, mais on lui pardonne) et les luthiers, i signori Guarneri et Stradivarius.

    La musique a commencé lorsqu’un homme a soufflé dans un roseau et en a tiré des sons variés et pas désagréables. Cela a débouché bien plus tard sur la clarinette, la trompette et le saxo. D’autres ont découvert que si on frottait ou tapait sur une tige, métal ou autre, un son se produisait. Ce qui aboutit aux instruments à cordes, violon et piano. Tout ça est le fait d’artistes et d’artisans ‘blancs’ auxquels nous sommes redevables et reconnaissants.

    D’ailleurs tous n’ont pas cette réaction imbécile. Je regardais une ‘neuvième’ par l’Orchestre Symphonique de Chicago, eh bien un des solistes était un Afro-Américain dont la voix magnifique causait une réelle émotion. Et ce qui lui importait, c’est la beauté de l’oeuvre qu’il chantait, pas la ‘race’ du compositeur.

    Et puis, il y a ces instrumentistes extrêmes-orientales, japonaises, chinoises, coréennes (j’ai de la peine à les distinguer) qui viennent dans les orchestres qui acceptent les dames, se colleter avec cette nom de dieu de musique classique et qui semblent y prendre le même plaisir que leurs voisins et voisines de pupitre leucodermes.

    Qui d’autre encore ? Ah oui, les chefs, Karajan, hiératique, Dudamel excité mais excellent et entre ces deux extrêmes toute une série de conducteurs de travaux beethovéniens, schumanniens, mozartiens, ravéliens et toute une quantité (tutti quanti pour ceux qui savent l’italien). L’un deux m’a frappé par cet air heureux et souriant qu’il montre en dirigeant, c’est Zubin Mehta, un Indien, natif de Bombay et qui vient nous convaincre que la musique n’a pas de couleur, qu’elle est universelle et se rit des origines des interprètes. Il faut le voir dans un programme Johann Strauss où sa complicité avec le compositeur, et avec ses musiciens, fait plaisir à voir, plus viennois tu meurs.

    La musique n’a pas besoin de polémique ni non plus d’interdiction musulmane, elle est inoffensive et ne sert qu’à notre plaisir et à nos émotions. Qu’on arrête de s’en servir dans des buts mesquins et coupables.

    Pas de coda mais un conseil : mettez-vous dans le conduit auditif une valse de Strauss ou mieux l’inventive ouverture de la Chauve-Souris. Peut-être juste avant d'aller dormir. Vous ferez de beaux rêves.

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  • EN CHERCHANT BIEN

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    Il ne faut jamais se moquer du malheur d’autrui. Mais j’ai enfreint cette règle en me marrant de voir un gars qui déboulonnait une statue et la recevant sur la crâne. Je riais parce qu’un fanatique était puni pour une mauvaise action et c’est toujours bon à prendre. J’appelle fanatique celui qui suit un mouvement sans réfléchir à ce qu’il peut avoir de néfaste. Ou qui suit une mode.

    Un fanatique aide à brûler des livres. Il suit les instructions d’un mouvement totalitaire sans penser aux conséquences. Une mode récente demande qu’on déboulonne des statues, au cri ‘du passé faisons table rase’. C’est d’une sottise sans nom. Car comment comprendre le présent et envisager l’avenir (ce qu’il adviendra) si on ignore ce qui s’est passé avant pour notre instruction. Il faut savoir que l’histoire repasse bel et bien les plats et qu’il y en a qui sont immangeables, on devrait si possible éviter de les resservir.

    J’ai repéré pas très loin d’ici un de ces caïds qui entend juger les hommes du passé selon les critères d’aujourd’hui. Si on lui emboîtait le pas, on ferait disparaître Calvin du Mur des Réformateurs, vu qu’il faisait assassiner ou poursuivre de sa vindicte ceux qui s’opposaient à sa doctrine. Bon, il n’était pas esclavagiste, mais tout de même.

    Notre fend la bise va jusqu’à inclure René-Louis Piachaud dans le massacre. Motif : Il était l’ami de Georges Oltramare, lui un fasciste notoire. Moralité : si vous êtes l’ami d’un fasciste, vous êtes un fasciste. Je rappellerais à notre superman cette belle remarque : un ami est quelqu’un qui connaît vos défauts mais qui reste votre ami.

    Si on va par là, il faudrait aussi brûler les livres de Piachaud, une des activités favorites des dictatures. Mais alors il faudrait demander son avis à l’éditeur Slatkine qui a édité fameusement (beau papier, belle reliure) ses œuvres complètes. Pas sûr qu’il soit d’accord.

    Pour le coup, j’ai relu quelques pages de Piachaud qui m’ont confirmé qu’il était un poète considérable et que son Poème paternel est un indiscutable chef-d’œuvre. Notre petit caïd en a-t-il seulement lu une ligne avant de décider sa mise à mort ?

    En cherchant bien, ne pourrait-on pas trouver aussi quelque faille au général Dufour, qui fut un des fondateurs de la CROIX rouge. Alors que tout le monde sait qu’il ne s’agit pas d’une croix mais d’un CROISSANT. Allons, qu’on déboulonne ce mécréant dont la statue ‘équestre dis donc’ défigurait la Place neuve. En plus, c’était un militaire.


    Alors pour ma coda, et mon bon caïd sera d’accord :
    Moi y en a déclarer Buddha pas bon, moi y en a dynamiter statue Buddha.

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